Région métropolitaine

Transports en commun, mais pas trop

Une taxe sur l’immatriculation pour augmenter l’offre de transports en commun sur les banlieues nord et sud de Montréal ? L’idée aura vécu à peine 24 heures avant d’être rejetée par la nouvelle ministre déléguée aux Transports. Il est regrettable qu’on ait ainsi coupé court au débat.

« Il faut développer le transport collectif ! » Ce cri du cœur, ce n’est pas tant des Montréalais qu’on l’a entendu en cette année électorale, mais des municipalités des banlieues nord et sud. Les bouchons, apparemment, ont fait plus de chemin que le prix du carburant ou le souci de l’environnement. Mais où trouver les fonds suffisants pour ajouter des services ? Pas dans la poche des usagers, puisque les tarifs doivent demeurer acceptables. Ni dans les budgets des municipalités, qui seraient obligées de gonfler les avis d’imposition, ce qui n’est pas plus acceptable.

Il faut trouver autre chose – c’est la commande que la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a passée à sa commission du transport en début de semaine. Le rapport est attendu en février. Oui, c’est court, mais la commission ne part pas de zéro puisqu’elle avait déjà livré une analyse détaillée en 2012. C’est pourquoi on a tout de suite pensé à la taxe sur l’immatriculation1, qui était l’une des deux principales recommandations de 20122.

« Nous, de prime abord, ce n’est pas ce qu’on souhaite, taxer davantage les Québécois. Au contraire, on veut remettre de l’argent pour les familles », a objecté la ministre Chantal Rouleau mercredi.

L’intervention est cohérente avec le positionnement de la CAQ. Le moment choisi, par contre, laisse perplexe.

La commission venant à peine de recevoir son mandat, on ne peut pas présumer de ses recommandations.

Et surtout, il n’a jamais été question qu’un gouvernement de la CAQ impose une telle taxe : il s’agit d’un pouvoir de la CMM ! Et pour que la CMM aille de l’avant, il faudrait que les deux tiers de son conseil, soit 19 membres sur 28, votent en sa faveur. C’est loin d’être fait.

La question ne se pose pas sur l’île puisqu’une somme de 45 $ est déjà exigée sur la facture d’immatriculation envoyée par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), et ce, depuis plus de sept ans. Mais combien de maires du reste de la CMM vont appuyer publiquement l’idée d’une surtaxe sur les véhicules de promenade de leurs électeurs ? Même le président de la commission du transport, tout en donnant l’assurance de sa neutralité, a admis qu’en tant que maire de Vaudreuil-Dorion, il était contre.

Mme Rouleau a beau dire que son gouvernement attendra de voir les propositions de la commission, et n’ira pas à l’encontre de l’autonomie de la CMM, sa sortie hâtive envoie la même mise en garde qu’un panneau orange portant l’inscription « rue barrée » : si vous vous aventurez là, vous devrez faire demi-tour.

On recule huit ans en arrière, quand le maire Gérald Tremblay tentait, en vain, de convaincre les banlieues de miser elles aussi sur l’immatriculation pour financer les transports collectifs. Les Montréalais, évidemment, n’avaient pas sauté de joie, mais ils sont rapidement passés à autre chose. À preuve, l’augmentation de 5 $ annoncée l’an dernier n’a pas fait de vagues – pas plus que son annulation confirmée hier, d’ailleurs.

Le problème du financement de services supplémentaires à court terme pour les banlieues, comme l’achat d’autobus et l’aménagement de voies réservées, reste donc entier. Les couronnes ont peut-être fait l’économie d’une taxe impopulaire, mais pas d’un débat. Leurs automobilistes, en effet, sont les premiers concernés par les transports collectifs.

Il y a ceux qui seraient tout disposés à l’utiliser, s’il y en avait. Ceux-là ont tout intérêt à ce que le service se développe. Et il y a ceux qui tiennent à se déplacer dans leur véhicule personnel. Ils ont tout autant intérêt à ce que les transports en commun se développent, afin qu’un maximum d’automobilistes désireux de se retirer du trafic puissent le faire.

Le bénéfice étant on ne peut plus collectif, le financement devrait l’être aussi.

Heureusement, la ministre Rouleau, qui était auparavant mairesse d’arrondissement, se dit « extrêmement consciente » du besoin de diversifier les sources de financement des municipalités. Elle a donné l’exemple du point de TVQ, que les quatre principaux partis, CAQ incluse, avaient promis de transférer aux municipalités durant la campagne.

Une taxe sur l’immatriculation dans l’ensemble de la CMM aurait amené près de 100 millions de dollars par an. C’est ce que le gouvernement devra compenser à même le budget du Québec. Ce sera peut-être moins apparent, mais tout aussi collectif.

1 À ne pas confondre avec la contribution pour les transports en commun de 30 $, qui est déjà appliquée dans la région métropolitaine et dans cinq autres régions du Québec.

2 L’autre recommandation à la CMM était d’augmenter sa taxe régionale sur l’essence, qui est déjà à 3 cents le litre.

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