LIVRE LE PETIT LIVRE VERT DU CANNABIS

EXTRAIT
Un guide de survie

Désormais légal au Canada, le cannabis sort de l’ombre pour devenir un produit dont on peut et doit discuter. Ce petit guide vise à explorer les aspects pratiques, scientifiques et économiques du cannabis.

Des transactions effectuées à la sauvette derrière des stations de métro. Des revendeurs qu’on avise par téléavertisseur et qui débarquent à la maison avec des sachets de pot cachés dans leurs bas. Des contacts pour du « bon stock » qui s’échangent plus ou moins ouvertement. Des bad trips provoqués par de la drogue dont rien n’annonçait la puissance.

Dans quelques années, ceux qui n’ont jamais connu l’époque où la simple possession de cannabis pouvait vous valoir un dossier criminel écouteront sans doute avec ahurissement les histoires de pot de leurs aînés.

Habitués aux conseils des budtenders formés par l’État, capables de parler des arômes des différents terpènes et sachant régler la température de leur vaporisateur au degré près, ces consommateurs considéreront le passé tel qu’on s’imagine aujourd’hui la prohibition de l’alcool – un monde interlope et un peu mythique truffé de figures louches et de produits frelatés. Un monde, aussi, sans doute rendu plus dangereux par l’intolérance et l’intransigeance face à un phénomène pourtant répandu, mais incompris par plusieurs.

Cette analogie avec l’alcool n’est pas anecdotique. C’est celle employée par le premier ministre Justin Trudeau lui-même pour justifier sa décision de légaliser le cannabis.

« Nous devons traiter la [marijuana] comme l’alcool, la réguler, la contrôler et nous assurer de sa qualité et de sa provenance pour que les consommateurs sachent ce qu’ils achètent », a-t-il déclaré.

Pour certains, cette comparaison est rassurante. L’alcool est effectivement un produit régulé dont plusieurs tirent un plaisir certain, et qui engrange en plus des revenus substantiels pour l’État. Pour d’autres, le parallèle est plutôt source d’inquiétude. L’alcool est aujourd’hui si répandu qu’il s’est infiltré dans un grand nombre de rituels sociaux. Banalisé, il cause d’importants problèmes de santé publique et continue de détruire des vies.

Dans le cas de la légalisation du cannabis, les avantages supplanteront-ils les inconvénients ? L’avenir le dira.

Les nombreux Canadiens qui fument déjà du pot – 45 % d’entre eux l’ont fait dans leur vie et 12 % au cours du dernier mois – sont en tout cas mieux protégés. Ils ne sont plus condamnés à consommer des produits à la puissance imprévisible, potentiellement truffés de pesticides dangereux et de moisissures. Et leur argent servira à alimenter les campagnes de prévention de l’État plutôt que d’aller dans les poches du crime organisé.

Comparativement à ce qui s’est fait dans les États américains qui nous ont précédés sur cette voie, l’approche canadienne semble également marquée par la prudence. Pour l’instant, l’idée d’un Canada dysfonctionnel, gelé en permanence comme la toundra au nord du 55e parallèle à cause de la légalisation, apparaît alarmiste.

Il faut toutefois admettre que les choses bougent très rapidement au Canada et que plusieurs citoyens ont de bonnes raisons d’être déboussolés. Cela semble bien loin aujourd’hui, mais il y a quelques années à peine, l’ancien premier ministre Stephen Harper défendait toujours les peines de prison obligatoires pour plusieurs infractions liées à la drogue (des lois qui ont fini par être invalidées par les tribunaux).

Il est aussi vrai que la légalisation est loin de régler tous les problèmes entourant la consommation de pot et qu’elle soulève des préoccupations légitimes. Les précautions actuelles incluses dans les projets de loi, par exemple, finiront-elles par s’estomper graduellement au fil des ans, sans qu’on s’en rende trop compte ? L’argent qui sonne dans les coffres de l’État et les pressions de l’industrie pousseront-ils les gouvernements à réduire la réglementation et même à encourager la consommation par des publicités et des promotions ? Cela s’est vu avec d’autres vices que l’État a pris en charge pour les soustraire au joug du crime organisé (jeux de hasard, alcool) et la vigilance est de mise.

En attendant, une priorité devrait nous animer : profiter de la légalisation pour multiplier les études et mieux comprendre les effets du cannabis.

Les conséquences sur les cerveaux des adolescents, plus vulnérables, devraient faire l’objet d’une attention particulière. Le pot, qu’il soit légal ou pas, exerce un attrait important qu’il ne sert à rien de nier. Il est urgent de mieux connaître cette substance si populaire sur laquelle chacun a son mot à dire et qui, parions-le, n’a pas fini de faire jaser autant les ados et leurs parents que les profs, les experts de santé publique et nos élus.

Le petit livre vert du cannabis — Un guide de survie

Tristan Péloquin et Philippe Mercure

Éditions Québec Amérique

171 pages

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