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Les produits de beauté véganes ont la cote

Depuis quelques années, les cosmétiques sans ingrédient d’origine animale se démocratisent. Autrefois réservés aux enseignes spécialisées, on les trouve désormais jusque dans les grandes surfaces, à des prix très abordables.

Marie-Noël Gingras est devenue végétarienne à l’adolescence. À 27 ans, cette Montréalaise a décidé d’être végane. « Au départ, on se dit que ça va modifier notre alimentation, mais ça va bien au-delà : on modifie ses produits d’entretien, ses vêtements, ses cosmétiques… » Depuis, elle n’achète aucun cosmétique fait à partir d’ingrédients d’origine animale.

Elle se tourne vers les produits avec des certifications véganes : le lapin du label « Cruelty Free and Vegan » de PETA, le tournesol du label « vegan » de la Vegan Society et le cœur de « Certified Vegan » de la Vegan Awareness Foundation. Cependant, « beaucoup de marques proposent des produits conformes au cahier des charges végane sans le revendiquer, ou n’ont pas de certificat », explique Lionel Ripoll, professeur en cosmétologie à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Alors, Marie-Noël Gingras s’échine à déchiffrer les étiquettes, pour s’assurer qu’il n’y ait pas de carmin, de cire d’abeille, de collagène, de gélatine, de kératine, de lanoline, de shellac, de scalène animal… « En dehors de la cire d’abeille, du miel et de la lanoline, il est aujourd’hui assez rare de trouver des composants d’origine animale, indique Lionel Ripoll. Cela fait longtemps que l’industrie privilégie les ingrédients d’origine végétale tels que les huiles ou des ingrédients de synthèse, plus stables dans le temps. De par leurs formulations, certains produits comme les déodorants, les gels douche, les shampoings, les vernis à ongles ou les colorations ont peu de chance d’avoir des ingrédients d’origine animale dans leur composition. » Il précise que végane n’est pas toujours synonyme de bio, et que certains produits peuvent être véganes mais « contenir des ingrédients de synthèse tels que des parabènes, des silicones… ».

UN MARCHÉ QUI S’ÉLARGIT

« Quand je suis devenue végane, il y six ans, il y avait peu d’options véganes dans les grandes surfaces, se rappelle Marie-Noël Gingras. Je devais me tourner vers des magasins de maquillage spécialisés ou vers des enseignes de produits écologiques. Aujourd’hui, on trouve des cosmétiques véganes partout, au Winners, au Pharmaprix, au Jean Coutu… », se réjouit-elle. Florence Scanvic, vice-présidente de l’Association végétarienne de Montréal, le confirme. « Il est de plus en plus facile de trouver des cosmétiques québécois, sans produits animaux et à des prix raisonnables. »

Certaines marques sont entièrement véganes, d’autres proposent une gamme de leurs produits sans ingrédient d’origine animale. Marie-Noël Gingras sait que pour certaines d’entre elles, c’est un argument marketing. Mais qu’importe.

« C’est dans l’air du temps. Les marques ont une approche très pragmatique. Ce qui compte au bout, c’est que ces cosmétiques soient accessibles au plus grand nombre. J’espère que finalement, les cosmétiques véganes deviendront la norme. »

— Marie-Noël Gingras

ET LES TESTS SUR LES ANIMAUX ?

Marie-Noël Gingras préfère, logiquement, acheter des cosmétiques dont elle est sûre qu’ils n’ont pas été testés sur les animaux. Car la loi canadienne actuelle n’interdit pas les tests sur les animaux sur le territoire ni l’importation de cosmétiques qui ont été testés sur des animaux. « Cependant, la vaste majorité des cosmétiques vendus au Canada n’ont pas été testés sur des animaux », a indiqué Santé Canada à La Presse. Le Conseil canadien de protection des animaux (CCPA) dit n’être « au courant d’aucun test de ce genre au Canada ».

En juin dernier, le Sénat a approuvé le projet de loi S-214. Le texte vise à modifier la Loi sur les aliments et drogues afin d’interdire les essais de cosmétiques sur des animaux sur le territoire et la vente de cosmétiques testés sur les animaux à l’étranger. Il faut désormais que le projet de loi soit débattu à la Chambre des communes. Il n’a pas encore été décidé quand le projet de loi sera examiné en première lecture.

« Pourquoi prendre un cosmétique avec des produits d’origine animale, peut-être testés sur des animaux, quand on peut utiliser un substitut ? demande Marie-Noël Gingras. On n’a pas besoin d’être végane pour faire, au quotidien, des petits gestes qui peuvent faire changer les choses. » Et pour aider ceux qui auraient un peu de mal à s’y retrouver, elle a sorti un livre plus tôt cette année, La beauté sans cruauté, un guide pratique pour mener une vie exempte de cruauté animale.

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