ÉLECTIONS PROVINCIALES 2018  Abitibi-Témiscamingue

100 villes 100 voix

Les Québécois éliront un nouveau gouvernement le 1er octobre prochain. D’ici là, La Presse a voulu sonder l’état d’esprit des électeurs. Nos journalistes et nos photographes ont été à leur rencontre dans 100 villes différentes dans toutes les régions du Québec. Découvrez ce que les électeurs ont à dire.

Abitibi-Témiscamingue

La région qui fait boom

En Abitibi, les mines sont partout. Dans le paysage, mais surtout dans les conversations des gens. Au café, au parc, même au détour d’une rencontre fortuite, sur le bord de la route.

C’est là que nous avons croisé Isaiah et son copain JF, qui pêchaient paisiblement au lac Tiblemont, près d’Obaska. « J’ai tellement hâte de rentrer dans la mine », nous a alors confié Isaiah Desmarais, à la fin du mois de mai.

Dans la jeune vingtaine, il terminait alors sa formation et comptait littéralement les jours qui le séparaient de cette carrière dans les mines.

Isaiah, des étoiles dans les yeux, rêve tout haut de cette nouvelle vie qui commence. Il a déjà en tête tout ce qu’il pourrait faire avec cet excellent salaire qu’on va lui verser, même à ses débuts.

L’Abitibi-Témiscamingue est la deuxième région administrative pour la valeur des livraisons minérales, après le Nord-du-Québec, selon l’Institut de la statistique du Québec.

« Ça va très bien en Abitibi », lance la jeune Samuelle Ramsay-Houle, conseillère municipale à Rouyn-Noranda. « C’est une région où tout est à faire, tout est à développer, dit-elle. Les jeunes reviennent, c’est dynamique. »

C’est palpable, il se passe quelque chose en Abitibi-Témiscamingue. Et oui, ce dynamisme est lié à la présence des sociétés minières. Ceux qui n’ont pas mis les pieds à Malartic dans la dernière décennie ne reconnaîtraient pas la ville.

Dans un joli parc, une maman s’amuse avec sa petite fille, un matin de printemps. La mine à ciel ouvert est juste à côté, mais on ne la voit pas, car elle est cachée par une colline qu’il faut monter pour avoir accès à ce paysage lunaire, surréel.

La réalité de la région est effectivement difficile à saisir de l’extérieur, convient Samuelle Ramsay-Houle. « Je suis moi-même pro-environnement, mais quand on habite en région, on voit qu’il y a des nuances à faire, dit-elle. Le milieu minier est très impliqué dans la communauté. »

Manque de main-d’œuvre

On n’a pas fini de parler de mines dans la région. Le secteur est en croissance. Au cours des 10 prochaines années, l’Abitibi-Témiscamingue aura besoin de près de 3000 nouveaux travailleurs miniers, selon une étude réalisée par la Table jamésienne de concertation minière (TJCM).

C’est une moins bonne nouvelle pour les autres employeurs qui cherchent de la main-d’œuvre. Depuis 2011, le taux de chômage en Abitibi-Témiscamingue est plus bas qu’ailleurs en province, autour de 5 %.

« Pas une journée ne passe sans qu’on entende parler des problèmes de recrutement », avoue Mariella Collini, de l’Observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. 

« On est une région aurifère, alors c’est certain qu’on est favorisé », précise Mme Collini. Il y a sept mines d’or en exploitation dans la région.

En plus des enjeux de recrutement, l’éducation est au cœur des préoccupations. « Il faut être très attentif à nos jeunes au secondaire et s’assurer qu’ils ne délaisseront pas les bancs d’école », dit cette chercheuse. « On fait partie des régions les moins scolarisées du Québec, précise-t-elle. Il faut valoriser l’éducation. »

Une région agricole

L’Abitibi-Témiscamingue est une région de mines et de forêts, mais l’agriculture y est aussi très présente. Dans l’arrière-pays se trouvent de jolies fermes.

Un peu plus du tiers de la population de l’Abitibi-Témiscamingue vit en milieu rural, précise Mariella Collini. « Nous avons des fermes à échelle humaine, dit-elle. Mais de moins en moins. Nous sommes l’une des régions du Québec où le nombre de fermes a le plus diminué. »

Sur le bord de la route 111, entre Val-d’Or et Amos, le paysage est bucolique. David Ouellet y a installé sa Miellerie de la Grande Ourse, à Saint-Marc-de-Figuery. Il s’est lancé dans le miel malgré le manque de soutien aux jeunes entreprises agricoles.

« C’est tellement dur de gagner sa vie en agriculture, ça n’a pas de bon sens », dit-il. Le manque de main-d’œuvre agricole est particulièrement criant.

« Un jeune qui ne finit pas son secondaire peut facilement gagner 125 000 $ par année ici, explique David Ouellet. Je réussis à me trouver de la main-d’œuvre parce que je travaille avec des étudiants. Mais ça prend du monde qui y croit, qui tripe et qui ne fait pas ça pour l’argent. C’est généralisé pour l’ensemble du Québec, mais j’ai l’impression que c’est pire qu’ailleurs en Abitibi. »

En plus de ses préoccupations agricoles, David en a contre le cynisme qui décourage les gens à se lancer en politique.

« Les gens passent leur temps à se plaindre du gouvernement, mais c’est nous, le gouvernement ! Nos gouvernements nous représentent. À force de dire que ce sont tous des pas bons, les bons ne veulent plus y aller. S’il y a un métier qui n’est pas valorisé, c’est bien celui de politicien, et il devrait l’être », dit l’apiculteur, passionné. 

La politique est au cœur des préoccupations de plusieurs gens du coin. Yves Gervais, qui tient boutique dans la rue principale d’Amos, est d’avis que les politiciens en place ne sont pas assez redevables.

Dans le magasin Chez Pierre, le temps s’est arrêté. Littéralement. Le commerçant de 83 ans a un stock surprenant, qui appartient à une autre époque. Si les ventes semblent rares, les jasettes, elles, sont bienvenues.

Yves adore discuter de sa vie, de sa famille, de sa ville qu’il adore et connaît comme un historien. Il conserve ses documents tel un archiviste et montre des photos d’Amos qui mériteraient une place au musée.

« Aujourd’hui, les gouvernements dépensent sans regarder, dit Yves Gervais, qui s’ennuie des politiciens de jadis, plus près des gens. Il y a trois places où tu peux jouer au millionnaire sans problème : premier ministre du Canada, premier ministre de la province ou maire d’une municipalité. »

David Ouellet

Saint-Marc-de-Figuery, 40 ans, Apiculteur

Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ?

Comme pour beaucoup d’apiculteurs, ce qui est préoccupant, ce sont les pesticides et la survie des abeilles. [Nous avons rencontré David à la fin du mois de mai, après un hiver très difficile qui a emporté 40 % de ses colonies.] L’abeille, c’est le point faible de notre écosystème. C’est un bio-indicateur. Si l’abeille ne va pas bien, l’humanité ne va pas bien. On a besoin de l’abeille, elle est essentielle pour l’humain. Donc c’est très préoccupant. Parce que c’est mon métier, mais même en tant que citoyen, c’est très préoccupant. […] L’humanité s’en va vers un suicide en ce moment et c’est triste à voir.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis de bonne humeur ?

J’ai de belles ruches, même si j’ai beaucoup de mortalité. Et quand on ouvre une belle ruche, ça rend un apiculteur heureux au printemps. C’est la nature qui se réveille, c’est beau à voir.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis en colère ?

Ce sont des problèmes personnels.

Quelle est la dernière personnalité publique dont la mort vous a ému ?

Cohen, évidemment. C’est notre artiste. C’est un poète incroyable. C’est Montréal, c’est Suzanne. Et je n’ai même pas vu l’Expo…

Si vous pouviez et vouliez vivre dans une autre ville du Québec, laquelle serait-ce, et pourquoi ?

Ça serait un village, c’est sûr ! Je ne suis pas un gars d’asphalte. J’aime la ville, j’aime y passer un petit bout de temps, mais j’ai besoin de la campagne. J’irais peut-être dans le Bas-Saint-Laurent. Je ne sais pas pourquoi, je n’y suis jamais allé, mais je suis attiré.

Si vous pouviez changer une seule chose dans votre circonscription, qu’est-ce que ce serait ?

La vitalité du tourisme. Réussir à faire bouger plus le monde, que ça soit plus vivant. L’occupation du territoire. L’agriculture ne se diversifie pas beaucoup. Elle devient de plus en plus industrialisée et elle n’amène pas le monde sur le terrain. J’aimerais ça qu’il y ait plus de fermes comme nous autres, qui attirent le monde, et des petits marchés. Ça se fait beaucoup ailleurs au Québec. Ici, c’est le balbutiement. Des fermes comme ici, avec une boutique sur place, il n’y en a presque pas en Abitibi. Au Témis, il y en a un peu.

Si vous pouviez changer une seule chose au Québec, qu’est-ce que ce serait ?

La réglementation sur les pesticides et sur les OGM [organismes génétiquement modifiés]. Étiquetage obligatoire des OGM. Ça se fait partout ailleurs dans le monde, et nous ne suivons pas.

Quel est le dernier contenu que vous avez partagé sur Facebook ?

C’est un article sur nous de Tourisme Abitibi-Témiscamingue.

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Je vais être encore ici, dans mon coin de pays. C’est mes racines, je ne bouge pas d’ici, c’est sûr. Je vois encore plus de monde qui se déplace sur le terrain ici. Je me verrais avec une petite table champêtre.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, être québécois ?

Les Québécois, c’est du monde de party. C’est du monde souriant, qui aime la vie. J’ai voyagé un peu, j’ai travaillé à l’étranger, en Finlande, et les gens n’en revenaient pas : comment ça, vous dites bonjour à tout le monde ? On est du monde chaleureux. 

Faites un vœu…

C’est quoi, la toune ? Quand les hommes vivront d’amour

Que feriez-vous si vous gagniez une grosse somme ?

J’en donnerais beaucoup et j’en placerais assez pour être capable de vivre sans stress financier. Mais je continuerais à avoir des abeilles, je continuerais à faire exactement ce que je fais maintenant. Je partirais des affaires. Ça manque au Québec. Tout le monde place son argent dans des REER qui vont à des banques. Mais tu n’as pas le droit de prendre ton REER et investir dans l’entreprise à côté de chez vous. C’est une aberration. Ça serait tellement une vitalité de territoire si je pouvais décider que l’argent de ma retraite, en attendant ma retraite, elle sert à la petite boulangerie à côté. Qu’elle serve à quelqu’un qui veut partir un projet trippant. De quoi de génial. Mais là, tout le monde place son argent à la banque qui fait 2 milliards de profit par année. Il pourrait se faire tellement de projets trippants.

Dans votre vie, ces cinq objets sont-ils positifs ou négatifs ?

Téléphone

Positif.

Ordinateur

Positif.

Carte de crédit

Négatif. Toutes les fois que quelqu’un paye avec ça ici, ça me coûte 3 % par transaction. Une partie de ma marge y passe. Les gens veulent des cartes à points pour avoir un toaster à la fin de l’année, mais leur toaster, ils l’ont payé ! Et j’en paye une partie !

Télévision

Je commence à aller vers le négatif.

Bouteille de vin ou de bière

Positif. Je ne m’en passerais pas.

Vous devenez premier ministre demain. Quelle est la première phrase de votre premier discours ?

Je crois que je traduirais Obama et je dirais : oui, on peut. Il nous a touché avec son Yes, we can.

Sonia Wylde

PikoGan, 38 ans, Enseignante

Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ?

L’eau, parce qu’on a une richesse naturelle ici (et qu’on s’en préoccupe mal).

Quelle est la dernière chose qui vous a mis de bonne humeur ?

Les enfants [nous avons rencontré Sonia à l’école, à la fin des classes].

Quelle est la dernière chose qui vous a mis en colère ?

Ce qui me met en colère, très souvent, ce sont les préjugés. Les autochtones, on est tous mis dans le même panier. Il y en a des bons et des mauvais, mais ce n’est pas tout le monde. C’est pointu, les préjugés, et ils viennent de l’extérieur.

Quelle est la dernière personnalité publique dont la mort vous a ému ?

Ulrick Chérubin, le maire d’Amos [mort en 2014]. C’était une belle personne. Il avait une bonne personnalité. C’était un bon ami de notre peuple.

Si vous pouviez et vouliez vivre dans une autre ville du Québec, laquelle serait-ce, et pourquoi ?

Je n’ai jamais pensé aller ailleurs.

Si vous pouviez changer une seule chose dans votre circonscription, qu’est-ce que ce serait ?

La superficie de notre communauté. C’est tellement petit, on est limités. Ce n’est vraiment pas gros pour développer la communauté. On ne peut pas faire ce qu’on voudrait faire parce qu’on est limités par le terrain.

Si vous pouviez changer une seule chose au Québec, qu’est-ce que ce serait ?

Les préjugés [envers les Premières Nations]. Ça me touche tout le temps quand j’en entends.

Quel est le dernier contenu que vous avez partagé sur Facebook ?

C’est un chat.

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Dans cinq ans, je me vois leader, mais je ne sais pas comment. Je veux tellement donner le plus possible aux enfants.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, être québécois ?

Je ne sais pas. Honnêtement, je ne le sais pas.

Faites un voeu…

Je souhaite que, à un moment donné, le gouvernement cède à nos demandes.

Que feriez-vous si vous gagniez une somme importante ?

Je me payerais une villa ancestrale, en dehors d’ici.

Dans votre vie, ces cinq objets sont-ils positifs ou négatifs ?

Téléphone

Positif.

Ordinateur

Neutre. Ça a du bon et du mauvais.

Carte de crédit

Positif.

Télévision

Ça a du bon et du mauvais.

Bouteille de bière ou de vin

Pour moi, c’est non. Je n’en veux pas.

Vous devenez premier ministre demain. Quelle est la première phrase de votre premier discours ?

Arrêtez donc de vous battre pour savoir ce qui appartient à qui, on est tous des êtres humains. On a une planète et on est tous sur la même planète.

Isaiah Desmarais

Val-d’Or, 21 ans, travailleur minier

Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ?

Pas grand-chose.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis de bonne humeur ?

La tranquillité, la pêche. [Nous avons rencontré Isaiah et son copain alors qu’ils pêchaient sur le bord de la route 113, au lac Tirlemont.] Ça fait trois jours de suite qu’on est ici. On a pêché du doré, du brochet et de la perchaude.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis en colère ?

Ma blonde. Elle m’a laissé.

Quelle est la dernière personnalité publique dont la mort vous a ému ?

Le chanteur Bob Bissonnette. Je l’ai bien aimé, lui. C’est bien triste son accident d’hélicoptère.

Si vous pouviez et vouliez vivre dans une autre ville du Québec, laquelle serait-ce, et pourquoi ?

Drummondville. J’ai de la famille là-bas. C’est pas mal juste là où je suis allé et je vais à la chasse dans le coin.

Si vous pouviez changer une seule chose dans votre circonscription, qu’est-ce que ce serait ?

L’asphalte. Ça brise les chars.

Si vous pouviez changer une seule chose au Québec, qu’est-ce que ce serait ?

L’asphalte.

Quel est le dernier contenu que vous avez partagé sur Facebook ?

Je n’y vais plus, sur Facebook, à cause d’elle. [Nous avons discuté avec Isaiah un mois après sa rupture, qui le préoccupait beaucoup.] Je vais recommencer à un moment donné, mais pas tout de suite.

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Je me vois avec une belle maison quelque part. Je m’en vais à la mine. Je vais être bien payé et l’argent va rentrer au poste. Ils n’ont pas le choix d’engager des Inuits, ils ne réussissent pas à combler leur pourcentage. Ils n’auront pas le choix de me garder. Je vais rentrer dans la carothèque. J’ai tellement hâte de monter là. [À la fin du mois de mai, Isaiah a terminé sa formation et entreprenait à la mi-juin sa carrière dans les mines, une carrière qu’il espère longue et prospère.]

Qu’est-ce que c’est, pour vous, être québécois ?

La paix. Être tranquille.

Faites un vœu…

J’aimerais avoir une bonne job. J’aimerais trop ça la garder.

Que feriez-vous si vous gagniez une grosse somme ?

Je m’achète un gros pick-up, pour commencer. Une grosse maison aussi, c’est sûr. Je m’installerais dans le Sud, pas ici. Je n’aime pas trop ça, Val-d’Or. J’irais plus vers Drummondville, dans ce coin-là. Les fermes, j’aime beaucoup ça. J’engagerais J-F [son copain, avec qui il pêche], qui viendrait s’occuper de ça.

Dans votre vie, ces cinq objets sont-ils positifs ou négatifs ?

Téléphone

Positif.

Ordinateur

Positif.

Carte de crédit

Négatif. Je n’en ai pas, je n’en veux pas.

Télévision

Positif.

Bouteille de vin ou de bière

Positif, mais je ne suis pas un buveur. Je suis capable de boire, mais quand il y a quelque chose. Drette de même ? Oublie ça !

Vous devenez premier ministre demain. Quelle est la première phrase de votre premier discours ?

Je remercierais le monde qui travaillerait pour moi et je saluerais le Canada ou bien le Québec.

Yves Gervais

Amos, 83 ans, commerçant

Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ?

Pas grand-chose me préoccupe. La vie, c’est au jour le jour [Yves nous a quand même avoué que le changement de stationnement dans la rue principale le préoccupait beaucoup].

Quelle est la dernière chose qui vous a mis de bonne humeur ?

Le samedi soir, je reçois mes enfants et mes petits-enfants et je fais le souper. Presque tous les samedis. La semaine passée, pour mes petits-enfants, j’ai fait un pâté chinois, parce que je sais qu’ils aiment ça. Pour moi et les autres, j’ai été acheter du poulet BBQ à l’épicerie. Mes enfants et mes petits-enfants, c’est ma priorité.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis en colère ?

Le changement de stationnement dans la ville d’Amos. C’est la seule avenue qui va de l’est à l’ouest, car on a une rivière, l’Harricana, qui était le premier nom de notre ville.

Quelle est la dernière personnalité publique dont la mort vous a ému ?

Un Amossois qui m’a marqué, c’est Réal Caouette, chef du Crédit social [mort en 1976]. Il a toujours bien répondu aux petites gens. C’est un type qui était très à l’aise [Yves en profite pour raconter plusieurs anecdotes du coin à propos de Réal Caouette, dans les moindres détails].

Si vous pouviez et vouliez vivre dans une autre ville du Québec, laquelle serait-ce, et pourquoi ?

Val-d’Or, parce que ma femme vient de là, ou Gatineau, mes deux filles sont là.

Si vous pouviez changer une seule chose dans votre circonscription, qu’est-ce que ce serait ?

Je ne changerais rien.

Si vous pouviez changer une seule chose au Québec, qu’est-ce que ce serait ?

[Yves reste un peu silencieux, puis va nous chercher un article de L’actualité de 1996 sur la fiscalité des syndicats.] La plus grosse business du Québec, c’est eux autres, et ils ne paient pas d’impôts.

Quel est le dernier contenu que vous avez partagé sur Facebook ?

Je ne m’occupe pas de ça pantoute.

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Au cimetière ! [Nous exigeons une autre réponse.] Où je me vois dans cinq ans ? J’espère que je vais encore travailler, tout dépend de ma santé.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, être québécois ?

Pour moi, c’est être fier de son pays, fier de sa province, fier de sa ville et essayer le plus possible de s’entraider entre nous.

Faites un vœu…

Pis il faut que je le dise ? Que le monde commence à s’entraider les uns les autres pour qu’on ne connaisse plus la guerre.

Que feriez-vous si vous gagniez une grosse somme ?

Premièrement, je vois à mes enfants et mes petits-enfants. Deuxièmement, je ferais un don à la Maison du Bouleau blanc. Ma femme est morte là et tu ne croirais pas que tu es dans une maison de fin de vie. C’est très, très bien. Et je ferais un don à la cathédrale Sainte-Thérèse-d’Avila d’Amos.

Dans votre vie, ces cinq objets sont-ils positifs ou négatifs ?

Téléphone

Positif.

Ordinateur

Non, négatif.

Carte de crédit

Oui. Pour les commerçants qui voyagent, c’est très pratique.

Télévision

C’est très bien.

Bouteille de bière ou vin

Positif. Hier soir, quand je suis revenu du chalet, après avoir travaillé deux heures de temps, je me suis pris le luxe d’une bière, puis après, j’ai pris une bonne petite sandwich beurre de pinotte et confiture par dessus.

Vous devenez premier ministre demain. Quelle est la première phrase de votre premier discours ?

Tabarnouche d’affaire, je ne deviendrai pas premier ministre ! Je dirais comme M. Simons : faut s’entraider, on n’a pas besoin de se séparer.

Aline Lapointe

La Reine, 65 ans, retraitée

Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ?

Moi, c’est le changement climatique et comment ils vont faire, avec les immigrants, je trouve ça triste pour eux autres. Ils ont droit à la vie, à tout ce qui est beau pour nous autres, parce que nous, on est chanceux, les Québécois, j’espère qu’ils vont faire de quoi pour mieux les accueillir.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis de bonne humeur ?

Le soleil, les gens qui aiment la vie, ce que j’écoute à la télévision, les acteurs, les actrices qu’on a. Tu pognes tellement de belles choses de la vie avec eux autres. J’apprécie ça.

Quelle est la dernière chose qui vous a mis en colère ?

Les tempêtes de neige ! [rires] Non, non, c’est une blague. Ici à La Sarre, c’est une belle ville, quoique moi, je ne vis pas à La Sarre, je vis à La Reine. Ce qui me met en colère, c’est l’injustice. Le bien-être social, ils coupent alors que les gens n’ont rien pour vivre. Là-dessus, tu ne vis pas. J’en connais, des gens, et ils ne vivent pas. Ça me met en colère qu’ils ne prennent pas plus soin de ces gens-là. Et je suis d’accord pour qu’ils les envoient travailler aussi, mais tranquillement, pas trop vite, tu ne revires pas tout à l’envers.

Quelle est la dernière personnalité publique dont la mort vous a ému ?

Moi, j’aimais bien Johnny Hallyday.

Si vous pouviez vivre dans une autre ville du Québec, laquelle serait-ce, et pourquoi ?

Présentement c’est La Reine, j’adore, mais sinon mon père est né à Mont-Laurier, ça serait là.

Si vous pouviez changer une seule chose dans votre circonscription, qu’est-ce que ce serait ?

Moi, c’est l’humain. C’est l’humain, ça juge trop. Les gens se jugent entre eux et font du mal aux autres. Les gens devraient s’entraider, s’aimer. Arrêtez cette stupidité-là…

Si vous pouviez changer une seule chose au Québec, qu’est-ce que ce serait ?

Je ne peux rien changer, ce sont les politiciens qui doivent changer les choses, d’accord ?

Quel est le dernier contenu que vous avez partagé sur Facebook ?

Je ne suis pas sur Facebook.

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Je me vois encore dans mon rang à prendre soin de mes petits animaux, mes poules, mes chiens.

Qu’est-ce que c’est, pour vous, être québécois ?

Être québécois, c’est aimer où on vit, c’est aimer la vie, c’est aimer son entourage. C’est de s’aimer. Y’a pas assez d’amour.

Faites un voeu…

Elle n’a pas répondu.

Que feriez-vous si vous gagniez une somme importante ?

Eh mon dieu… J’aurais des projets, j’en donnerais, et après je me gâterais. J’essaierais aussi d’améliorer des choses autour de moi pour les gens qui en ont besoin.

Dans votre vie, ces cinq objets sont-ils positifs ou négatifs ?

Téléphone

Je n’aime pas le téléphone. Je n’aime pas parler au téléphone, mais j’aime mieux le téléphone que les textos.

Ordinateur

Je n’aime pas ça.

Carte de crédit

Je n’en ai pas.

Télévision

J’aime regarder des bons programmes, Hubert et Fanny, les gens qui parlent de leur vie au chalet à La vraie nature, j’aime bien ça.

Bouteille de vin ou de bière

Je ne bois pas, mais je ne déteste pas un petit verre de vin de temps en temps.

Vous devenez premier ministre demain. Quelle est la première phrase de votre premier discours ?

Les femmes au pouvoir !

Abitibi-Témiscamingue

Ce qu’il faut savoir

147 909 habitants
1,8 % de la population québécoise (2017)

L’Abitibi-Témiscamingue est un vaste territoire aux ressources naturelles abondantes. Mais, avec ses 147 982 habitants, elle ne compte que pour 1,8 % de la population du Québec. Elle regroupe aussi trois communautés algonquines francophones (Pikogan, Kitcisakik et Lac-Simon). D’autres au Témiscamingue parlent anglais (Timiskaming First Nation, Winneway, Hunter’s Point).

Taux de chômage

5,1 %

contre 6,1 % pour le Québec (2017)

PIB/habitant*

46 358 $

contre 42 507 $ pour le Québec (2015)

*Niveau d’activité économique par habitant. Le produit intérieur brut (PIB) comptabilise les biens et services produits (à l’intérieur de la région, dans ce cas).

Revenu disp./hab.*

27 118 $

contre 26 857 $ pour le Québec (2015)

*Part du revenu qui reste à la disposition des particuliers pour la consommation et l’épargne, après impôts, cotisations, etc.

Répartition de la population par groupe d’âge (2016)

0-19 ans : 21,8 %

contre 20,6 % pour le Québec

20-64 ans : 60,7 %

contre 61,3 %

65 ans et plus : 17,5 %

contre 18,1 %

Scolarité (2016)

Sans diplôme : 20,9 %

contre 13,3 % pour le Québec

Universitaire : 17,4 %

contre 29,4 %

Économie

Mines, forêt, agriculture, fabrication de produits du bois, commerces. Son économie est plus orientée vers l’exploitation forestière et minière que pour l’ensemble du Québec. En fait, en 2016, la part des emplois dans le secteur primaire (12,6 %) était six fois supérieure à la moyenne provinciale. Le secteur de la fabrication regroupe une proportion moins élevée des emplois (8,6 % c. 11,9 %). Et ses activités sont en grande partie liées à la transformation des ressources naturelles. Cela dit, Val-d’Or et Rouyn-Noranda sont reconnus pour leur dynamisme entrepreneurial. Par ailleurs, même si le secteur des services est le principal employeur (72,5 %), sa part est inférieure à la moyenne québécoise (80,2 %). Depuis 2011, son taux de chômage est moins élevé que pour l’ensemble du Québec (5,1 % c. 6,1 %).

Agriculture

La part de sa population rurale (35,8 %) est deux fois plus élevée que dans l’ensemble de la province (19,1 %). En raison d’un climat plus froid, une moins grande partie de son territoire est consacrée à l’agriculture. La production bovine arrive en tête. Mais les autres activités sont aussi présentes : production laitière, culture céréalière, horticulture maraîchère, culture fourragère et pâturage.

Principales municipalités (2016) 

Rouyn-Noranda : 42 298 habitants, 27e rang au Québec

Val-d’Or : 32 887, 33e

Amos : 12 836, 88e

La Sarre : 7492, 131e

Malartic : 3273, 249e

À l’Assemblée nationale (2014)

Rouyn-Noranda–Témiscamingue

Luc Blanchette PLQ

Majorité : 1610

Taux de participation : 64,3 %

Abitibi-Est

Guy Bourgeois PLQ

Majorité : 2159

Taux de participation : 62,9 %

Abitibi-Ouest

François Gendron PQ

Majorité : 1652

Taux de participation : 63,4 %

Sources

Le Québec chiffres en main, Institut de la statistique du Québec

Panorama des régions du Québec, Édition 2017, ISQ

Portrait régional, Abitibi-Témiscamingue, hiver 2018, ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation, Québec

Portail du Québec/Abitibi-Témiscamingue

L’observatoire de l’Abitibi-Témiscamingue, Chaire Desjardins en développement des petites collectivités

Région administrative de l’Abitibi-Témiscamingue, Études régionales, novembre 2017, Desjardins

Élections Québec

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