Sur la trajectoire de Florence

Charleston Caroline du Sud

Les quelque 130 000 habitants de Charleston sont habitués aux inondations. Fondée au XVIIe siècle, la ville historique s’élève sur une péninsule bordée de plusieurs cours d’eau et donnant sur l’océan Atlantique. Avec humour et flegme, ils les attendent d’ordinaire en prévoyant des « fêtes-tempêtes ». Mais cette fois, c’est toute la force de l’ouragan Florence qui menace de frapper ses bâtisses coloniales, rues pavées et dizaines de bars et cafés bohèmes qui font le délice de plus de cinq millions de touristes visitant la région chaque année. Toute la population est sous le coup d’un ordre d’évacuation depuis mardi. 

— Agence France-Presse

Outer Banks Caroline du Nord

Archipel long de plus de 300 kilomètres, les Outer Banks déroulent une fine langue de plages vierges entre l’immensité de l’Atlantique et la côte de la Caroline du Nord. C’est sur l’une de ces îles, Roanoke, qu’avaient tenté de s’installer les premiers colons anglais arrivés autour de 1585. Leur sort reste depuis enveloppé de mystère. L’un des colons, rentré en Europe pour plusieurs années, n’avait retrouvé personne à son retour, avec les seules lettres « Croatoan », le nom d’une tribu indienne, gravées sur un arbre.

— Agence France-Presse

Myrtle Beach et Virginia Beach

Grandes étendues de sable fin bordées de milliers de grands hôtels, restaurants et promenades, Myrtle Beach, en Caroline du Sud, et Virginia Beach, plus au nord en Virginie, sont particulièrement vulnérables avec leurs dizaines de kilomètres de plages ouvertes à la force de l’océan. Attirés par un temps doux jusque tard dans la saison, des millions de touristes s’y rendent chaque année. Un ordre d’évacuation a été lancé dès lundi.

— Agence France-Presse

Washington D.C.

Du Capitole à la Maison-Blanche en passant par ses nombreux musées, la capitale fédérale américaine et ses célèbres monuments pourraient aussi être frappés par la tempête. La mairesse de la ville fondée sur un marais a déclaré l’état d’urgence mardi afin de mobiliser plus de moyens pour les préparatifs. Déjà arrosée par des pluies abondantes depuis plusieurs jours, la région pourrait souffrir d’inondations. Dans la ville historique voisine d’Alexandria, en Virginie, les autorités distribuent des sacs de sable depuis lundi, alors que des tronçons de rues du centre sont déjà sous les eaux. 

— Agence France-Presse

Ouragan Florence

Une « menace mortelle » aux portes de la côte est

Même s’il a perdu en intensité hier, l’ouragan Florence, qui doit s’abattre sur la côte est américaine à compter d’aujourd’hui, a pris de l’ampleur, faisant craindre le pire aux autorités alors que des inondations catastrophiques sont attendues. Le Centre national des ouragans a insisté sur la « menace mortelle » que représente l’onde de tempête. Survol.

Conditions extrêmes

L’ouragan Florence a été rétrogradé à la catégorie 2 sur l’échelle de Saffir-Simpson après avoir vu ses vents faiblir à 180 km/h. « Florence est toujours considéré comme un ouragan majeur qui sera extrêmement dangereux » quand il approchera des côtes de la Caroline du Sud, de la Caroline du Nord et de la Virginie, a indiqué le Centre national des ouragans (NHC).

Le volume des vents que le cyclone charrie a augmenté et ceux-ci devraient balayer une plus vaste superficie terrestre que prévu. Les premières bourrasques violentes sont attendues aujourd’hui, mais le phénomène doit s’aggraver demain et samedi.

Florence doit aussi entraîner des précipitations extrêmes, notamment en Caroline du Nord, où l’on s’attend à en recevoir entre 50 et 75 centimètres, et même jusqu’à un mètre à certains endroits.

Vacanciers de retour au pays

Environ 1,7 million de personnes ont été sommées de se mettre à l’abri loin de la rive en Caroline du Nord, en Caroline du Sud et en Virginie. Edyta Wolska profitait de vacances sur une plage près de Wilmington lorsque la menace de Florence a été annoncée. « La nature était d’un calme, la mer était belle, il n’y avait pas de vent. C’était dur d’y croire », a confié la Montréalaise à La Presse hier alors qu’elle venait d’atterrir à Toronto.

Elle et son conjoint se sont d’abord réfugiés chez des parents à Greenville, un peu plus à l’intérieur des terres. « On se préparait. Sur la route, les stations d’essence, surtout dans les petites villes, étaient à sec. Dans les épiceries, les gens étaient calmes. J’ai dû trouver des bouteilles d’eau à l’unité ici et là pour faire des provisions », relate-t-elle.

Mais les prévisions devenant de plus en plus alarmantes, le couple a finalement choisi de rentrer au pays. « Je suis énormément soulagée », a admis Mme Wolska.

Des Québécois sur le qui-vive

D’autres Québécois, qui résident de façon permanente en Caroline du Nord, étaient sur le qui-vive à l’approche de Florence. Isabelle Kretz habite à Raleigh, à plusieurs kilomètres du littoral. La ville est visée par une alerte de tempête tropicale puisque l’ouragan doit perdre en intensité avant de l’atteindre. « Je prends ça au sérieux, a confié la Québécoise. J’étais là en 1996 [ouragan Fran], on devait ne rien recevoir et ç’a été catastrophique. »

Mme Kretz dit avoir fait des provisions d’eau embouteillée et de piles. « J’habite près d’une rivière, il faut être prudent avec les risques d’inondation. » Patrick Salois, lui, vivra son premier ouragan. Il vit à Concord, près de Charlotte, depuis mai dernier. « J’ai certaines appréhensions, on ne sait pas à quoi s’attendre, a-t-il indiqué à La Presse. Nous avons pris des précautions de base : on a fait des provisions, on a rangé nos biens extérieurs. L’ouragan est énorme. C’est certain que tout le monde ne parle que de ça. »

Ouragan « Mike Tyson »

L’incertitude sur la trajectoire de l’ouragan ajoutait à la fébrilité des habitants. Florence va « être comme un direct de Mike Tyson sur la côte » des Carolines, a affirmé Jeff Byard, responsable de l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence (FEMA).

De nombreux centres d’accueil, pourvus en eau et en nourriture, ont également été mis en place dans les trois États. « Les refuges se remplissent, mais il y a encore de la place et nous encourageons les gens à venir », a dit Ruth Smith, porte-parole du comté de New Hanover, qui englobe Wilmington.

L’ouragan pourrait aussi priver de courant 75 % de la clientèle en Caroline du Nord et en Caroline du Sud, estime Duke Energy, principal fournisseur d’énergie de la région. Le rétablissement de l’électricité pourrait « prendre des semaines » et toucher plus de trois millions d’Américains. Au Québec, Hydro-Québec a confirmé « suivre de près l’évolution de Florence » et être « prête à intervenir » au besoin.

Destinations à éviter

Affaires mondiales Canada a rappelé aux voyageurs hier d’éviter de se rendre en Caroline du Sud et en Caroline du Nord, où il y a des ordres d’évacuation dans certains comtés. Les Canadiens devraient également éviter tout voyage non essentiel en Dominique, en Guadeloupe et en Martinique en raison de la tempête tropicale Isaac et éviter les îles Babuyan aux Philippines où le puissant typhon Mangkhut est attendu. Affaires mondiales Canada rappelle aux Canadiens qui se rendent à l’étranger de s’enregistrer auprès du Ministère pour qu’il puisse les joindre en cas de catastrophe naturelle.

Quelques centaines de touristes canadiens s’étaient retrouvés en détresse l’an dernier après le passage des ouragans Irma et José dans les Antilles. Irma avait notamment ravagé l’île de Saint-Martin. Des vols de secours avaient finalement été organisés pour les rapatrier.

— Avec La Presse canadienne et l’Agence France-Presse

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