Chronique

Finale forte pour Fanny la fugueuse

C’était l’épisode de télé le plus attendu de la saison d’hiver : la grande finale de Fugueuse à TVA, qui a fermé hier soir le clapet du rappeur crâneur Damien Stone, alias Antoine Tremblay (Jean-François Ruel).

Évidemment, l’alerte au divulgâcheur s’active ici comme l’auto-tune dans une chanson de Bone. Cette heure de télé bien tassée et riche en émotions fortes a attaché tous les fils scénaristiques qui pendaient. Fanny Couture (Ludivine Reding) a retrouvé sa belle tignasse blonde et a témoigné contre son proxénète à visière levée pour, en quelque sorte, protéger sa petite sœur Anabel (Mayssa Resendes). Go Fanny, fais-le payer ! avait-on presque le goût de crier dans nos salons.

Ça faisait longtemps qu’une série québécoise avait suscité autant de passion et d’engouement, notamment chez les consommateurs qui ne jurent que par les productions de Netflix. En 10 semaines à l’antenne, Fugueuse a ramené bien des déserteurs vers la télé traditionnelle avec son histoire forte, ses acteurs chevronnés et son propos actuel.

La scène où Mylène (Lynda Johnson), Laurent (Claude Legault) et Manon (Danielle Proulx) se tenaient la main au palais de justice pendant que Fanny racontait sa descente aux enfers a été bouleversante. 

Tout se passait dans le regard humide des acteurs. Vraiment, ça sent les Gémeaux pour toute l’équipe de Fugueuse.

Comment ne pas avoir le cœur broyé après la mort atroce de la belle Ariane (Laurence Latreille), retrouvée sous un viaduc en minijupe et talons hauts ? La réaction de sa mère Sylvie (Geneviève Rochette) a assurément secoué jusqu’au trognon le plus blasé des téléspectateurs. Résultat de l’autopsie d’Ariane : surdose de fentanyl.

Bien aimé aussi la confrontation entre la recruteuse Natacha (Kimberly Laferrière) et Fanny au centre commercial. Pendant quelques secondes, nous avons voulu croire à la sincérité et à la bienveillance de Nat. Puis, dès que Fanny a eu le dos tourné, la voilà repartie à la chasse à la prochaine proie, jolie et naïve, de préférence.

Le passage de Fanny à Toronto, où elle a été vendue au violent et visqueux Vlad, avait de quoi faire paniquer tous les parents d’ados du Québec. L’esclavagisme sexuel, ça ne se passe pas toujours au bout du monde. Il y en a ici, dans des motels anonymes, des hôtels chics et des condos miteux.

Au départ, la série Fugueuse de Michelle Allen a été conçue pour ne durer qu’une saison. Les dernières secondes bouclent d’ailleurs très bien le destin de Fanny et de son entourage.

Avec le succès retentissant de l’émission, TVA a commandé une suite à Fugueuse, et je me demande si c’est une bonne idée.

Comprenez-moi bien. Je pourrais vous parler pendant des heures du Liquid Gold, du bungalow de la famille Couture à Boucherville, de la grand-mère détective du web, de la tenace Jessica (Camille Felton) ou du fameux clip de Damien qu’il voulait tourner à Miami. J’ai adoré Fugueuse.

Maintenant, comment l’auteure arrivera-t-elle à nous accrocher aussi solidement pour un deuxième tour de piste ? Car les parcours des fugueuses, comme on peut le voir dans le très bon documentaire Ma fille n’est pas à vendre d’Anaïs Barbeau-Lavalette, se ressemblent tous.

D’abord, il y a la phase lune de miel – ou « t’es ma queen » – avec les manteaux à 800 $ et l’avalanche de cadeaux. Puis, il faut rembourser les dettes. On casse les plus récalcitrantes par un viol collectif. On envoie les plus jeunes en Ontario ou à Calgary. À la toute fin du cauchemar, après un séjour au centre jeunesse, rares sont les filles qui acceptent de se rendre jusqu’en cour pour faire condamner leur ancien amoureux/pimp.

Les témoignages bien réels des quatre mères interviewées dans Ma fille n’est pas à vendre, toujours offert sur le site web de Télé-Québec, se collent quasiment mot à mot à la fiction de Fugueuse. C’est hallucinant.

Michelle Allen ne peut pas réécrire l’histoire de Fanny deux fois. La pression sur la scénariste est forte pour ne pas décevoir les milliers de fans qu’elle a rendus accros à son œuvre.

Petit dimanche

Est-ce le changement d’heure qui a affecté les audiences du dimanche soir ? Toujours est-il que ce fut plutôt tranquille dans la bataille des cotes d’écoute. La voix (1 805 000) est demeurée en tête du palmarès, suivie de La vraie nature (1 012 000), de Tout le monde en parle (935 000) et de Vlog (924 000).

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