Santé mentale

La parole aux lecteurs

Québec examinera la possibilité de mettre sur pied une commission spéciale d’enquête sur les soins en santé mentale dans la foulée d’une demande formulée dans La Presse par une centaine de familles endeuillées par le suicide d’un proche. La ministre de la Santé, Danielle McCann, s’est dite «  très ouverte à l’idée  ». Notre dossier sur les failles du réseau publié jeudi a suscité de très nombreux commentaires de la part de nos lecteurs. Vous avez été des dizaines à nous faire part de votre expérience. Voici quelques-uns des messages reçus.

« Je suis la mère endeuillée d’un fils schizophrène qui s’est suicidé en 2015. À son diagnostic en 1999, je l’ai accompagné pendant 16 ans dans l’impuissance la plus totale. Aujourd’hui je serais prête à me battre pour les soins en santé mentale qui sont désuets et inadéquats la plupart du temps. Si je peux être utile… Les proches doivent se battre et s’usent à tenter d’avoir du support en santé mentale. » 

— Marie Élise Durand, à la mémoire de Simon

« Ma sœur s’est enlevé la vie. Le système a misérablement failli. Elle avait tout pour que le système de santé prenne son cas au sérieux.

« Une opération récente au cerveau.

« Nous, qui leur répétions qu’elle les manipulerait, que son idée était clairement établie.

« Une dépression qui s’installait et qu’elle ne voulait pas revivre – elle en avait déjà fait une.

« Elle venait d’entrer en psychiatre suite à une première tentative ratée.

« Elle était dans une impasse économique majeure.

« On leur a répété de poursuivre leur travail. Aucun contact possible avec les psychiatres. On n’arrivait à parler qu’aux infirmières. Seule réponse : nous suivons le protocole. Sans nous aviser, ils l’ont laissé sortir. Elle a été retrouvée [morte] le lendemain matin. C’était il y a cinq ans. Nous en sommes toujours traumatisés. »  — Dany Desbiens

« Je souffre du trouble d’anxiété généralisé et je suis médicamentée depuis plusieurs années. Lorsque je prends ma médication, je vais très bien. L’an dernier, en raison d’une grossesse, j’ai arrêté ma médication. Plusieurs facteurs m’ont menée au bout du rouleau, jusqu’à des idées suicidaires. Ce qui m’empêchait de passer à l’acte était que je ne voulais pas tuer mon bébé. Je me suis rendue à l’urgence où j’ai malheureusement rencontré un médecin peu empathique qui m’a vue à peine trois minutes. Je suis repartie avec une prescription pour m’aider à dormir. Heureusement, j’avais encore la force de vouloir m’en sortir et d’aller par moi-même voir une psychologue au privé (je suis chanceuse d’avoir les capacités financières de le faire). Elle a tout de suite vu que ça n’allait pas, elle a appelé un membre de ma famille pour qu’il m’accompagne et lui a suggéré de se rendre au bureau de mon médecin de famille. Le médecin a fait preuve de beaucoup d’écoute et d’un professionnalisme hors du commun. Il m’a accompagnée en psychiatrie, où j’ai été gardée cinq jours. J’ai vu des travailleurs sociaux qui m’ont grandement outillée, des infirmiers qui venaient me jaser entre deux patients pour savoir comment était ma journée, un psychiatre humain qui a pris le temps de me rassurer et le médecin qui prenait une bonne heure à chaque garde pour suivre mon évolution. Lorsque j’ai quitté, une travailleuse sociale m’a visitée 72 h après le départ et une autre m’a appelée chaque deux semaines jusqu’à mon accouchement. Après avoir eu mon bébé, j’ai eu une visite où l’on m’a laissé les coordonnées de plusieurs des personnes que j’avais rencontrées en cas de rechute. J’espère que cette histoire donnera espoir à des gens qui sont en situation difficile. » 

— Catherine Simard

« En espérant que cette fois ça va bouger. Mon fils s’est suicidé en 2015, il avait 27 ans. Il venait juste de sortir d’une semaine de réhabilitation pour consommation de drogues. Comme il n’avait pas d’aide du système, il revenait souvent à la drogue de rue. Il souffrait du trouble de personnalité limite. » 

— Marie Andree Leavens

« Je vis une situation avec mon fils qui a eu 40 ans récemment et qui est suicidaire. Je me sens impuissante et sans ressource pour apporter l’aide médicale dont il aurait besoin. Ça a commencé en 2014 lorsqu’il est retourné aux études. Il m’a appelée en me disant s’être retrouvé par terre, plus capable de respirer. Au bout de quelques mois, il a dû abandonner ses études, n’étant plus capable de fonctionner. Il dit souffrir d’une maladie grave qui lui occasionne des douleurs dans tout le corps et surtout l’empêche de respirer. Il a subi des tests physiques sans aucun résultat concluant à une maladie grave. Depuis quelques mois il me dit entendre des voix. […] Il s’est présenté à l’hôpital à quelques reprises et c’est toujours la même routine, prise de sang et d’urine et on ne trouve rien. On lui dit que « c’est de l’anxiété et de retournez chez [lui] ». J’ai fait faire deux ordres de cour afin que mon fils soit évalué en psychiatrie et les deux fois, on l’a retourné chez nous en moins de 24 heures. Ça fait 5 ans qu’on tourne en rond. Maintenant il est totalement déprimé et me dit qu’il ne recevra jamais d’aide et qu’il a peur. Il me dit rêver de vivre, respirer, marcher, manger et se sentir bien pour travailler à nouveau, avoir une blonde, un appart. […] Il me dit n’être plus capable de vivre ça et je le comprends et me sens vraiment impuissante. »  — Lise Soucy

Besoin d’aide ?

Si vous avez besoin de soutien, si avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, contactez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures/24, 7 jours/7.

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