À suivre cette semaine

Ralentissement passager ou fin de cycle ?

Chaque lundi, La Presse Affaires invite un professionnel du secteur des placements à discuter de ses principales préoccupations concernant l’économie et les marchés financiers. Notre invité cette semaine : Martin Roberge, analyste et stratège de marché, actions nord-américaines, au bureau de Montréal de Canaccord Genuity. Cette firme d’origine torontoise effectue du financement d’entreprise et de la gestion de patrimoine, avec 59 milliards en actifs sous gestion.

Que surveillez-vous le plus ces jours-ci ?

C’est difficile de faire abstraction des réactions à court terme des marchés financiers aux annonces de l’administration Trump à Washington (tarifs d’importation sur l’acier et l’aluminium, menaces de guerre commerciale, démission du principal conseiller économique Gary Cohn).

Toutefois, j’y porte attention surtout pour identifier des changements de sentiment des investisseurs envers la continuité d’un cycle économique encore favorable en Bourse.

Entre-temps, mes priorités de surveillance concernent les mises à jour des indicateurs économiques aux États-Unis et dans les autres économies d’importance dans le monde. Afin de bien mesurer l’ampleur et la durée du ralentissement de croissance qui se manifeste depuis le début de l’année.

En fait, la plupart des principaux indicateurs économiques mis à jour récemment aux États-Unis, même encore en croissance, se sont avérés inférieurs aux attentes.

Pour le moment, ce ralentissement de croissance suggère que l’économie américaine s’ajuste aux récentes hausses de taux d’intérêt, alors que les secteurs les plus sensibles (vente de maisons neuves et existantes, vente de véhicules automobiles) sont tous en baisse annualisée.

Aussi, ce n’est pas inhabituel que surviennent de « petits cycles » de ralentissement lors de longs cycles de croissance de l’économie, comme ce que nous avons depuis quelques années.

Mais si ce « petit cycle » au ralenti devait perdurer, et que l’inflation s’accentuait encore aux États-Unis, ça pourrait déclencher dans les marchés financiers un autre épisode turbulent de remise en question du scénario attendu des prochaines hausses de taux – trois ou quatre en cours d’année ? – auprès de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Et ce, alors que les marchés financiers viennent tout juste de s’ajuster, au début de février, à un scénario de hausses de taux devancées. (NDLR : Correction de 10 % en Bourse, taux obligataire 10 ans rehaussé autour de 2,9 %.)

Quel est l’impact sur les perspectives de placement ?

D’abord, dans un tel contexte de nébulosité passagère ou croissante dans l’économie nord-américaine, et d’une Bourse américaine déjà fortement valorisée, c’est encore plus important pour les investisseurs de maximiser la diversification de leurs placements hors de l’Amérique du Nord.

Parce que les autres économies d’importance, en Europe et au Japon, notamment, sont moins avancées dans leur cycle économique et boursier, et donc à meilleur potentiel de rendement à moyen terme.

D’ailleurs, ce message de diversification de placements hors de l’Amérique du Nord est visible ces jours-ci dans le marché des devises, qui reflète le sentiment parmi les investisseurs internationaux. Ce n’est pas pour rien que les dollars canadien et américain se déprécient face à des monnaies d’importance, en particulier l’euro.

Par ailleurs, les principaux pays d’économies émergentes, encore en croissance pour l’avenir prévisible, seront moins affectés par les événements d’ordre tarifaire, budgétaire et monétaire qui se bousculent dans l’économie nord-américaine.

Et les Bourses nord-américaines ?

Sur la Bourse américaine, si l’épisode de croissance ralentie de l’économie devait s’accentuer à court terme, je n’écarte pas le risque que les principaux indices redescendent vers les creux de février au cours des prochaines semaines.

Ils pourraient se redresser ensuite jusqu’à la fin de cycle d’ici quelques trimestres, mais sans réaliser les attentes de rendement encore un peu élevées parmi nombre d’investisseurs.

Du côté de la Bourse canadienne, je m’attends à ce que la méfiance des investisseurs internationaux envers le surendettement des consommateurs et des entreprises au Canada demeure telle que l’indice S&P/TSX devrait continuer de traîner de l’arrière par rapport à ses homologues mondiaux.

DANS L’ACTUALITÉ BOURSIÈRE CETTE SEMAINE 

Résultats trimestriels : 

(échantillon d’entreprises en vue)

EN BOURSE CANADIENNE

Mercredi : Empire (supermarchés IGA, Sobeys), Québecor, Stella-Jones

Jeudi : Transat AT (voyagiste), WSP Global (ingénierie)

Indicateurs économiques : 

AU CANADA 

Vendredi : ventes des manufacturiers (fév.)

AUX ÉTATS-UNIS 

Mardi : indice des prix à la consommation (CPI, fév.)

Sources : Thomson Reuters, billets d’économistes bancaires

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