Grande entrevue François Dion, PDG de Levio

Au cœur de la transformation numérique

16 500 % de croissance en cinq ans, et ça continue !

François Dion travaillait depuis 15 ans dans la succursale de Québec de LGS, une division d’IBM, lorsqu’il s’est fait offrir la présidence du groupe informatique pour l’ensemble du Québec.

Convaincu du fort potentiel de la révolution numérique, il a plutôt décidé de fonder Levio, une entreprise spécialisée dans la transformation numérique des organisations. Il n’avait pas tort. Levio vient de se classer au deuxième rang des 500 entreprises canadiennes qui affichent la plus forte croissance sur cinq ans avec rien de moins qu’une progression de 16 500 % de ses revenus.

Comment fait-on pour générer une croissance de 16 500 % sur cinq ans ? D’où partiez-vous et où êtes-vous rendu aujourd’hui ?

J’ai débuté Levio en 2014 en obtenant un mandat important de Desjardins. Il fallait intégrer de façon numérique les activités canadiennes de la compagnie d’assurance américaine State Farm. Il s’agissait de la plus grosse transaction de l’histoire de Desjardins.

J’ai débuté les activités de Levio avec deux personnes à mes côtés. Desjardins m’a prêté des ressources et j’ai travaillé avec des gens de CGI. On a réussi à faire l’intégration de toutes les activités de State Farm à celles de Desjardins. Ça nous a lancés.

J’ai terminé la première année de Levio avec des revenus d’un peu plus de 200 000 $. L’an dernier, notre chiffre d’affaires a été de 50 millions, et il atteindra 100 millions l’an prochain. On est passés de deux ou trois employés à 630 aujourd’hui.

Pourquoi Desjardins Assurances vous a-t-elle retenu ? La société avait des ressources à l’interne et faisait déjà affaire avec des firmes établies.

J’étais connu à Québec. J’étais directeur du Groupe LGS qui comptait 1000 consultants. On venait de m’offrir la présidence de LGS, mais j’ai décidé de fonder Levio parce que je voyais que la quatrième révolution industrielle allait générer des besoins immenses.

Je suis un gestionnaire de programme de transformation, et on m’a demandé de devenir le leader de l’intégration de State Farm. J’ai rassemblé les ressources nécessaires et on a réalisé le mandat.

Comment avez-vous orchestré la suite des choses ?

On a décroché d’autres mandats en nous spécialisant dans la transformation numérique des organisations. On est bien implantés à Québec dans le secteur de l’assurance et au gouvernement.

On vient de se diversifier géographiquement en ouvrant des bureaux à Sherbrooke et à Montréal à la suite de deux acquisitions. Mais avant cela, toute notre croissance s’est faite de façon organique.

À Montréal, on fait maintenant affaire avec Desjardins, la Banque Nationale, Bell, la Caisse de dépôt, Hydro-Québec, la Ville de Montréal.

On a présentement 100 employés à Montréal et on veut rapidement passer à 200 dans les prochaines semaines. Je prévois qu’on va être bientôt 1000 à Montréal. Je viens d’ailleurs d’y emménager en mars dernier.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres firmes de TI ? Pourquoi faire appel à Levio quand il y a déjà des firmes reconnues comme CGI ou Alythia ?

Parce qu’on a développé une approche unique. On est là pour faire évoluer le modèle d’affaires des entreprises en leur permettant d’intégrer les nouvelles technologies : l’intelligence artificielle, l’apprentissage-machine, les processus d’automatisation…

On n’est pas une agence de placement de spécialistes en TI. On accompagne nos clients et on veut opérer le changement avec eux. On diffère des autres firmes parce qu’on est même prêts à partager le risque des projets d’implantation de nouvelles technologies.

Comment arrivez-vous à combler vos besoins de main-d’œuvre alors qu’on vit une grande pénurie dans le domaine des TI ?

On a recours systématiquement aux missions de recrutement à l’étranger. On en fait six par année : en France, au Brésil, dans le Maghreb et en Europe de l’Est. On embauche de 100 à 150 spécialistes en TI par année.

Mais là, nos besoins à Montréal vont exploser. On va devoir recruter sur place pour répondre à la demande.

Comment entrevoyez-vous le développement du marché des technologies de l’information au cours des prochaines années ?

Le mouvement de transformation des organisations va se poursuivre, et de façon accélérée. La demande va facilement doubler au cours des prochaines années. L’arrivée à maturité des nouvelles technologies se réalise de façon beaucoup plus rapide.

En fait, on est à l’ère de la transformation continue et notre rôle est d’accompagner les entreprises à conjuguer affaires et technologies, à rendre leurs activités le plus fluides possible pour mieux répondre aux besoins de leur clientèle.

Est-ce que vous envisagez de déployer votre présence à l’étranger ?

On a commencé. On vient d’ouvrir un bureau à Chicago parce qu’on a décroché un mandat important avec une société d’assurance de l’Arizona qui veut réaliser sa transformation numérique.

Un projet qui va nécessiter l’embauche de 60 spécialistes des TI : des ingénieurs et des architectes de systèmes, des programmateurs, des gestionnaires de changement…

Comment avez-vous réussi à décrocher pareil contrat alors que personne ne vous connaît aux États-Unis ?

Comme cela arrive souvent, on a été référés par un de nos partenaires tels que Microsoft, Oracle ou Metrix. Dans ce cas, c’est l’EIS Group qui nous a guidés vers ce mandat et on a terminé premiers, devant Accenture, qui est l’autre finaliste de l’appel d’offres.

On vient aussi d’ouvrir un bureau à Rabat, au Maroc, où on va pouvoir réaliser des projets en délocalisation, ce que plusieurs de nos clients nous demandaient. Cette nouvelle antenne va aussi nous servir d’antenne pour explorer le marché du Moyen-Orient.

Quelle est la structure de propriété de Levio ? Êtes-vous le seul actionnaire ?

On compte un peu plus de 50 actionnaires dans Levio. Je suis toujours majoritaire, mais on a décidé d’aligner l’intérêt de nos leaders à celui de l’entreprise.

On a toujours financé notre expansion à partir de nos profits et de nos liquidités, mais c’est fort possible qu’on s’associe à des investisseurs institutionnels pour réaliser des acquisitions qui vont nous permettre de réaliser notre objectif, qui est de devenir un leader en transformation numérique en Amérique du Nord.

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