Croisières

Gros tonnage… de carbone

À bord des géants des mers, les vacanciers profitent à plein de tout ce que les séjours sur l’eau peuvent offrir. Dans l’abondance, voire parfois l’excès, ils consomment souvent sans compter. Or, l’empreinte écologique d’une croisière est énorme. Qu’en est-il des efforts que les croisiéristes mettent en œuvre pour rendre leur industrie plus verte ?

Depuis quelques années, les entreprises de croisières tentent de limiter l’impact de leurs activités sur l’environnement. Formation des employés, approvisionnement en produits locaux en cours de trajet, éclairage intelligent, recyclage des huiles de cuisson, détergents et produits nettoyants biodégradables, etc. Inévitablement, elles font aussi la guerre aux plastiques et aux objets à usage unique comme les pailles, les verres jetables et les produits de toilette que l’on retrouve dans les cabines.

Impliquer les voyageurs

Sachant que les déchets sont incinérés à bord, recyclés, déposés à quai ou jetés à la mer (lorsqu’il s’agit de nourriture), de réels efforts doivent être faits pour en limiter la quantité. « Pour ça, il faut avoir plus de publicité sur les bateaux pour éduquer la clientèle quant à la gestion et au tri des déchets. Et il faut aussi sensibiliser au gaspillage, surtout lorsqu’il y a des buffets à volonté. On doit amener les vacanciers à profiter de la croisière tout en limitant l’impact sur l’environnement », croit Shirley Bu, gérante de Voyage Vasco Centre-Ville. Il y a donc une responsabilité partagée entre les entreprises et les vacanciers pour arriver à réduire la consommation à bord et améliorer la gestion des déchets.

Le carburant : le réel enjeu

Toutefois, pour Claude Villeneuve, professeur titulaire au département des sciences fondamentales et directeur de la Chaire en écoconseil à l’Université du Québec à Chicoutimi, ces efforts sont nettement insuffisants. De son propre aveu, l’industrie maritime est très peu réglementée à l’échelle mondiale et cette réalité n’encourage certainement pas la mise en place de pratiques qui visent à limiter son empreinte écologique. « Le gros impact des bateaux, c’est essentiellement le carburant, et il y a peu de technologies de rechange. En croisière, on parle de 100 à 400 L de mazout par jour par personne, calcule M. Villeneuve. C’est la qualité du carburant qui détermine les émissions atmosphériques et c’est la quantité de carburant qui détermine les émissions de gaz à effet de serre. »

Des moteurs hybrides

La quantité et la qualité du carburant sont donc les deux paramètres sur lesquels les armateurs doivent concentrer leurs efforts. En ce sens, le gaz naturel fait lentement son entrée sur les petits navires, quoiqu’il ne soit pas adapté aux grands paquebots. Pour sa part, l’entreprise norvégienne Hurtigruten se prépare à mettre en circulation les deux premiers navires de croisière propulsés par des moteurs hybrides : le MS Roald Amundsen et le MS Fridtjof Nansen, tous deux capables d’accueillir à leur bord 530 passagers. Les premiers voyages sont planifiés pour 2019 et 2020, respectivement. Un troisième navire hybride s’ajoutera à la flotte en 2021. Cette technologie reste toutefois plutôt marginale.

Des croisières carboneutres ?

« On parle souvent de compensation de gaz à effet de serre pour les vols en avion, mais je n’ai jamais vu de croisières carboneutres. Or, c’est une industrie qui est en croissance et qui pourrait très bien, avec une clientèle captive, jouer un rôle d’éducation, de responsabilisation et de sensibilisation à l’environnement », explique M. Villeneuve, qui a aussi créé le projet de recherche Carbone Boréal, qui vise à faire du sociofinancement de la recherche en permettant aux gens de compenser leurs émissions de gaz à effet de serre sur une base scientifiquement fondée.

Selon sa durée, une croisière génère entre 1,5 tonne et 6 tonnes de CO2 par passager. À titre comparatif, 4,31 tonnes de CO2 équivalent à une distance de 10 000 km parcourue avec un VUS qui consomme 15,7 L de diesel par 100 km. Le site Carbone Boréal établit que pour compenser ces émissions, il faudrait planter 31 arbres et qu’une somme de 121 $ est nécessaire pour y arriver.

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