Tout le monde en parle

Meilleures que les chefs

Il y avait quelque chose de symbolique, hier soir, à voir ces quatre députées récemment élues à Tout le monde en parle, alors qu’un nombre record de femmes ont remporté leur siège à l’Assemblée nationale. Et elles étaient pas mal plus intéressantes que leurs chefs. « Il y a deux semaines, c’est pas les chefs que j’aurais dû inviter, c’est vous quatre », leur a lancé Guy A. Lepage après le segment le plus captivant de la soirée.

Sans doute la plus à l’aise du quatuor, Catherine Dorion, l’élue de Québec solidaire dans Taschereau, a voulu dissiper le « mystère Québec » et a soutenu que le centre-ville avait sa gauche depuis longtemps. « Enfin, on peut mettre notre drapeau orange et dire : “On existe !” », a-t-elle lancé avec bonheur. Elle s’est lancée en politique, « l’endroit le plus sec qu’y a pas », pour le rendre plus inspirant. Elle ne craint pas les radios privées de Québec, elle les fréquente même sans hésitation.

« Ils sont tellement habitués de se faire haïr par la gauche que juste de les regarder comme des êtres humains avec respect, ils ont moins le goût de te chier dessus. »

— Catherine Dorion

L’élue de la Coalition avenir Québec, Geneviève Guilbault, a bien sûr été questionnée sur sa déclaration à propos du congédiement des récalcitrants à la future loi sur le port des signes religieux. Apostrophée par la libérale Marwah Rizqy, elle a dû défendre l’idée du recours à la disposition de dérogation (« clause nonobstant »), « abondamment utilisée par les précédents gouvernements ». « Vous connaissez même pas l’article auquel vous faites référence, l’article 33 », lui a reproché Mme Rizqy. « C’est pas parce qu’on répète quelque chose plusieurs fois que ça devient vrai pour autant », a poursuivi la députée libérale.

Celle-ci a attribué la pire défaite de l’histoire du Parti libéral au fait qu’il a été déconnecté de la base militante. « On a oublié de faire rêver les Québécois », a-t-elle expliqué. Sur la déroute du Parti québécois, Catherine Fournier a affirmé que son parti avait fait une erreur en croyant que « la solution allait passer par une personne, par un sauveur, par un chef ». Elle ne voit pas de course à la direction avant un an ou deux.

aide aux producteurs agricoles

En début de soirée, une autre femme, celle-là du fédéral, la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, s’est engagée une fois de plus à dédommager financièrement les producteurs agricoles, désavantagés par le récent accord de libre-échange conclu avec les États-Unis et le Mexique. Elle a fait l’effort de parler français durant toute l’entrevue, même si c’était parfois laborieux ; elle oblige d’ailleurs les francophones de son équipe à s’adresser à elle dans leur langue. À propos de Donald Trump, qui a affirmé publiquement qu’il ne l’aimait pas beaucoup, elle a cité le Wall Street Journal : « “Les négociateurs canadiens, qui ont la réputation d’être intransigeants, n’ont pas capitulé.” C’est vrai et je suis très fière de ça », a-t-elle dit.

des élèves allumés

Espérons que la discussion sur 180 jours en a convaincu plusieurs d’y jeter un coup d’œil à Télé-Québec. La série documentaire tournée à l’école secondaire Gérard-Filion, un milieu très multiculturel, présente des personnalités très attachantes, autant chez le personnel que chez les élèves. « Ce n’est pas parce qu’ils viennent d’un milieu défavorisé qu’ils sont pauvres d’esprit. Nos élèves sont allumés et ont droit à la réussite », estime la directrice, Sylvie Dupuis, ancienne élève de cette école.

de la pub au piano

On a entendu la magnifique musique d’Alexandra Stréliski, qui enveloppe souvent les images de Jean-Marc Vallée, tant au cinéma qu’à la télé. L’entrevue avec la pianiste et compositrice montréalaise a bifurqué vers le burn-out qui l’a amenée à quitter le monde de la publicité pour revenir aux sources. Au plus fort de sa carrière en pub, elle composait 40 jingles par année, assez pour s’épuiser. Elle a parlé d’« un épisode très difficile », après lequel elle a décidé de se consacrer entièrement à la composition de son deuxième album, Inscape.

en anglais seulement

Frédéric Lalonde est cofondateur et PDG de l’entreprise qui produit l’application Hopper, qui conseille les voyageurs sur le meilleur moment pour acheter des billets d’avion au plus bas prix. Existant depuis trois ans mais développée depuis une dizaine d’années, Hopper n’est encore offerte qu’en anglais, une situation que même le PDG déplore. « Une mauvaise décision d’affaires », a-t-il reconnu. L’homme d’affaires s’en est pris aux crédits d’impôt accordés aux entreprises étrangères qui exploitent nos talents en multimédia. « Si une société étrangère venait s’installer pour engager un programmeur au Québec, il devrait nous payer une redevance, comme sur l’eau et l’électricité. »

Un honneur

Sympathique entrevue avec Alaclair Ensemble, sympathisant de Catherine Dorion et pour qui aller à Tout le monde en parle n’est pas mal vu dans le milieu du hip-hop. « C’est un honneur. D’ailleurs, si les radios [veulent faire jouer nos chansons], allez-y. Ça nous fait plaisir d’être diffusés », a affirmé Eman, un des membres du groupe, dont le nouvel album s’intitule Le sens des paroles. « En 2018, bien des gens n’écoutent plus les paroles, incluant nous parfois », a déploré Ogden pour expliquer ce titre. « Alaclair Ensemble, quand j’ai entendu ça, je pensais que c’était une chorale de personnes âgées », a lancé Dany au collectif. Réponse d’Ogden : « Ça va éventuellement le devenir ! »

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