Christiane Vadnais

La passion avant la vocation

Plus jeune, Christiane Vadnais avait la vocation pour entrer en médecine. Mais c’est finalement sa passion pour la littérature qui l’a emporté. Il en est toutefois resté des traces dans son premier roman, le fascinant Faunes.

Christiane Vadnais n’est pas une inconnue dans le monde du livre. Elle a, entre autres, été coordonnatrice du festival Québec en toutes lettres jusqu’à l’ouverture de la Maison de la littérature. Emploi « passionnant, mais très prenant » qu’elle a décidé de quitter pour terminer sa maîtrise et, surtout, écrire un premier livre. Un choix déchirant, mais « j’ai décidé de laisser plus de place à l’écriture dans ma vie », explique celle qui fait de la pige comme travailleuse culturelle. « Ça prenait un certain courage, mais j’ai gagné mon pari », éclate-t-elle de rire.

Énergique et pétillante, sourire franc et spontané, cheveux bruns longs et lunettes en écaille, Christiane Vadnais dégage une énergie et un enthousiasme contagieux. Qui contrastent fortement avec Faunes, livre à mi-chemin entre le recueil de nouvelles et le roman, se déroulant dans un brumeux village fictif où la nature reprend ses droits et mettant en vedette une biologiste qui mène un combat pour la survivance. Un récit en montagnes russes qui n’est pas de tout repos.

Cette structure bipartite s’est imposée dès le départ. « Je voulais créer plusieurs mondes qui se déploient et se connectent ensemble par des portes, parfois ouvertes, parfois fermées, tout en tissant des liens qui laissent beaucoup de place à l’imaginaire du lecteur. […] Il y avait aussi une volonté de décentrer la focale de l’être humain et de regarder plus largement ce qui nous entoure : les végétaux, les animaux… Les humains deviennent alors une faune comme une autre. »

Du coup, Faunes explore aussi la part d’animalité de l’homme et la grosse part de responsabilité de l’espèce dans les changements climatiques. On est loin du récit à thèse même si, avec le recul, l’auteure constate qu’il s’agit d’un thème majeur (mais diffus). « Nous ne sommes pas maîtres de la nature autant qu’on le pense. Il suffit d’une panne d’électricité… »

« Cette dureté de la nature qu’on peut ressentir dans les changements climatiques et qui nous revient dans le visage nous rappelle ce que nous sommes. Au final, je voulais montrer cette force. C’est effrayant dans le livre, mais c’est beau. Je voulais que ça suscite l’émerveillement. On ne choisit pas vraiment ce qu’on écrit. »

« Je ne me suis pas dit que j’allais écrire un livre sur les changements climatiques parce que c’est tendance. Mais on est imprégné de l’époque et de ce qui nous entoure. Ça s’est exprimé comme ça. »

— Christiane Vadnais

Les années d’études ont aussi laissé des traces. Sa fascination pour la science, en général, et la biologie, en particulier – « c’est resté comme un passe-temps » –, a fortement coloré Faunes. Autant dans ses références – « la science est une source d’inspiration infinie », admet-elle – que dans son personnage principal, Laura, une biologiste fascinée par les créatures aquatiques et témoin des métamorphoses de la nature.

Son alter ego ? « Bonne question. Oui, jusqu’à un certain point. Mais ce que j’aime dans l’écriture, c’est le dépaysement. Je ne veux pas écrire à propos de moi ou des gens qui m’entourent. Je cherche à voir le monde autrement. Je ne me souviens plus quel écrivain disait : “Les personnages sont tous une potentialité de nous-mêmes.” Laura est peut-être une potentialité de moi si j’avais suivi mon filon scientifique. »

Dans ce contexte, où l’imaginaire prime, il ne faut guère s’étonner si une bonne partie du récit se situe dans la localité glauque et lugubre de Shivering Heights (bien qu’il y ait aussi « un hameau flottant au milieu d’un lac infesté de dangers sous-marins »). Lieu mystérieux – l’auteure nous laisse dans le vague à dessein – qui pourrait se situer « dans le sud du Québec ou le nord des États-Unis ».

« J’ai travaillé les textes comme des contes. Il y a un imaginaire très contemporain du changement climatique, mais il y a aussi un aspect mythique qui vient des lieux, des personnages… Une des choses importantes du livre, c’est d’opposer notre temps très rapide d’être humain à celui tellement lent de la nature – même si là, il se met à changer rapidement. »

En résulte une œuvre décrite comme fiévreuse, séduisante et imprévisible. De la vraie littérature, en somme. Qui nous fait voyager, nous émeut et nous fait réfléchir. En 137 pages d’une écriture vive et foisonnante qu’on dévore. Ils sont rares, les premiers livres qui laissent une si forte impression.

Une chance sur mille

Alto publie en moyenne un premier roman par année, et la maison d’édition de Québec reçoit environ 1000 manuscrits… Christiane Vadnais connaît et apprécie sa chance. « C’est vraiment un honneur. Je fais partie de la première génération d’auteurs qui a été élevée avec Alto. Nikolski [de Nicolas Dickner], je l’ai étudié à l’université en littérature. Et j’ai fait ma maîtrise en partie sur Dominique Fortier. C’est vraiment impressionnant d’entrer dans ce catalogue. » Outre les conseils avisés de l’éditeur Antoine Tanguay, la jeune femme a pu bénéficier d’un coup de pouce de Karoline Georges, qui a obtenu le Prix du Gouverneur général 2018 pour son roman De synthèse. « Ça m’a vraiment permis d’aller plus loin, de renforcer l’unité du livre, de pousser plus loin dans l’étrange certaines choses… »

Faunes

Christiane Vadnais

Éditions Alto

137 pages

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