politique

Tour d’horizon des nouvelles qui ont retenu l’attention à Ottawa hier.

ÉLECTION PARTIELLE DANS CHICOUTIMI–LE FJORD

Les chefs sautent dans l’arène

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau ne croisera pas le fer avec le chef du Parti conservateur Andrew Scheer à la Chambre des communes aujourd’hui, malgré les nombreux dossiers d’importance nationale qui alimentent les discussions dans les chaumières du pays alors que la session parlementaire tire à sa fin. Mais les deux leaders vont quand même s’affronter ailleurs, sur le terrain électoral, puisqu’ils seront tous les deux à Saguenay afin de donner un coup de pouce à leur candidat respectif en prévision de l’élection partielle qui doit avoir lieu lundi dans la circonscription de Chicoutimi–Le Fjord.

De mémoire d’homme, jamais un premier ministre et un chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes n’ont fait campagne le même jour, au même endroit, participant au même événement, dans le cadre d’une élection partielle.

Ce sera bel et bien le cas aujourd’hui, à Saguenay, Justin Trudeau et Andrew Scheer ayant annoncé hier leur présence au départ du Grand défi Pierre Lavoie, à l’heure du midi. Ne voulant pas être en reste, le chef du NPD, Jagmeet Singh, qui n’a toujours pas de siège aux Communes, participera aussi au même événement.

Pour l’occasion, le premier ministre sera accompagné de sa femme Sophie Grégoire Trudeau, et de la candidate libérale Lina Boivin. Pour sa part, le chef conservateur Andrew Scheer se rendra à l’événement en compagnie du candidat conservateur Richard Martel, de son lieutenant politique au Québec Alain Rayes et de l’ancien chef du Bloc québécois Michel Gauthier, qui a rejoint les rangs du Parti conservateur le mois dernier et qui multiplie les sorties pour aider la cause des troupes conservatrices au Québec.

Dans le cas de Justin Trudeau, il s’agira de sa deuxième visite en une semaine, puisqu’il a fait un arrêt à Saguenay pendant quelques heures jeudi dernier avant de se rendre à La Malbaie pour accueillir les dirigeants des pays du G7.

UN PRÉLUDE À 2019

À voir le déploiement des meilleurs atouts des trois formations politiques, la bataille de Chicoutimi–Le Fjord – une circonscription qui a basculé dans le camp libéral au scrutin de 2015 et qui est vacante depuis novembre dernier à la suite de la démission surprise du député libéral Denis Lemieux – est considérée comme le prélude des hostilités à venir durant la campagne électorale de 2019.

Un sondage mené par la firme Segma Recherche pour le compte du Quotidien et de Radio-Canada auprès de 402 répondants révélait hier que le Parti conservateur pourrait causer une surprise lundi en arrachant cette circonscription nationaliste aux libéraux de Justin Trudeau.

Selon ce sondage, mené du 7 au 12 juin, le candidat conservateur Richard Martel obtiendrait 36,3 % des intentions de vote, loin devant la candidate libérale Lina Boivin (20 %), la candidate du Bloc québécois Catherine B.-Tremblay (8,7 %) et le candidat du NPD Éric Dubois (6,2 %). En répartissant les 25,2 % d’indécis, l’appui au candidat conservateur bondit à 48,5 %, tandis que celui de la candidate libérale franchit les 26,7 %.

Ce coup de sonde montre que le Parti conservateur est le principal bénéficiaire de la bisbille qui a ébranlé le Bloc québécois au cours des derniers mois et de l’effondrement des appuis au NPD, du moins dans cette région du Québec.

En octobre dernier, le Parti libéral du Canada avait asséné un dur coup au Parti conservateur en remportant la victoire dans la circonscription avoisinante de Lac-Saint-Jean, détenue auparavant pendant une décennie par l’ancien ministre conservateur Denis Lebel. Depuis lors, les stratèges conservateurs déploient des efforts herculéens pour rendre la monnaie de leur pièce aux libéraux en mettant la main sur Chicoutimi–Le Fjord.

UN SYMBOLE

Pour Yan Plante, qui a été chef de cabinet de Denis Lebel et ancien conseiller politique de l’ex-ministre Jean-Pierre Blackburn – deux députés et ministres de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans le gouvernement Harper –, la décision des chefs de consacrer autant de temps à une élection partielle illustre le symbole que représente une victoire dans Chicoutimi–Le Fjord.

« Ça démontre certainement que les deux chefs ont des préoccupations face à l’élection partielle, a analysé M. Plante, aujourd’hui vice-président et directeur général du bureau d’Ottawa chez Argyle TACT Affaires publiques. L’un craint peut-être de perdre un siège et l’autre espère pouvoir faire un gain. »

« Mais encore une fois, rien n’est joué, il reste encore du temps au cadran. […] Chaque vote est important et peut faire une différence. »

— Yan Plante, ancien chef de cabinet de Denis Lebel

Dans les rangs libéraux, on convient depuis une semaine que les résultats seront fort serrés lundi. « La bataille, c’est entre nous et les conservateurs. Et c’est très serré », a confié un député libéral du Québec sous le couvert de l’anonymat.

À l’heure actuelle, les libéraux de Justin Trudeau détiennent 40 des 78 sièges que compte le Québec à la Chambre des communes. Le NPD compte 16 sièges, le Parti conservateur 11 sièges, le Bloc québécois cinq sièges, et le Groupe parlementaire Québec debout en compte cinq aussi.

Depuis leur arrivée au pouvoir en 2015, les stratèges libéraux ont souvent fait valoir dans les coulisses qu’un deuxième mandat majoritaire passait par des gains au Québec aux prochaines élections fédérales, prévues en octobre 2019. Ces gains doivent permettre de compenser la perte de sièges attendue dans les provinces atlantiques – une région où le Parti libéral détient la totalité des 32 sièges – ainsi que dans les provinces de l’Ouest, où la taxe sur le carbone et l’achat du pipeline Trans Mountain ont fait perdre des appuis aux libéraux. Mais les résultats de l’élection partielle de lundi dans Chicoutimi–Le Fjord pourraient contraindre les stratèges libéraux à revoir leur stratégie à environ 16 mois des élections fédérales.

« Une éventuelle victoire conservatrice au cœur du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une région très symbolique sur le plan électoral, aurait pour effet de galvaniser leurs troupes sur le terrain, d’une part, mais surtout de confirmer une polarisation de plus en plus évidente de l’électorat vers une course à deux entre les libéraux et les conservateurs pour 2019 », a souligné Yan Plante.

Il reste à voir si la popularité de Justin Trudeau peut encore faire pencher la balance en faveur de la candidate libérale Lina Boivin et si les récentes attaques du président des États-Unis Donald Trump contre le premier ministre auront une influence sur les électeurs.

relations canado-américaines

Ralph Goodale tente de calmer la grogne en entrevue à Fox

Le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale a tenté de calmer la grogne diplomatique entre le Canada et les États-Unis, hier, en félicitant Donald Trump pour sa rencontre avec Kim Jong-un et en laissant la porte ouverte à une baisse de certains tarifs au Canada.

Dans une entrevue accordée à Fox – le réseau préféré du président américain –, M. Goodale a martelé une série de « faits » en vue de démontrer les avantages du commerce avec le Canada pour les Américains.

« Quand on regarde la relation entre le Canada et les États-Unis, cette frontière entre nos deux pays est la plus longue, la plus ouverte et la plus fructueuse frontière non militarisée dans l’histoire du monde », a-t-il fait valoir.

Le ministre a rappelé que 400 000 personnes et pour 2,5 milliards de dollars de marchandises franchissent chaque jour la frontière, ce qui se traduit par une balance commerciale « pratiquement équilibrée » entre les deux pays.

Contrôle des dégâts

Cette entrevue à Fox s’inscrit dans une vaste offensive de contrôle des dégâts lancée par le gouvernement Trudeau, à la suite de la débâcle du Sommet du G7 de Charlevoix.

Piqué au vif par un commentaire de Justin Trudeau sur les tarifs imposés aux exportateurs canadiens d’acier et d’aluminium, Donald Trump a renié samedi soir le communiqué final du G7, quelques heures à peine après l’avoir ratifié.

M. Trump a aussi déversé une pluie d’insultes sur le premier ministre canadien, le qualifiant entre autres de « faible » et « malhonnête ».

Justin Trudeau a fait l’objet d’attaques encore plus personnelles, le lendemain, de la part des deux principaux conseillers économiques de la Maison-Blanche, Peter Navarro et Larry Kudlow.

Dans ce contexte acrimonieux, le ministre Ralph Goodale estime que son gouvernement doit « rester calme, garder le cap, poursuivre les efforts, bâtir la relation et s’assurer de défendre les droits et intérêts des Canadiens ».

Gestion de l’offre et « branche d’olivier »

Talonné par l’animateur de Fox pour savoir si le Canada pourrait assouplir certains tarifs sur les produits agricoles américains – l’une des principales demandes de l’administration Trump –, Ralph Goodale a montré une ouverture prudente.

« Dans la négociation globale par rapport à l’ALENA, le Canada a été très proactif en déposant des propositions constructives à la table de négociation. »

— Ralph Goodale, ministre de la Sécurité publique

Ralph Goodale n’a pas précisément affirmé que son gouvernement pourrait s’attaquer à la gestion de l’offre dans le domaine agricole.

Mardi, Justin Trudeau a garanti aux producteurs laitiers canadiens qu’il ne comptait pas ouvrir de brèches dans ce système dans le cadre de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Les producteurs agricoles tiennent mordicus à conserver ce système tel quel au Canada, une demande aussi formulée par tous les partis de l’opposition à Ottawa.

Ralph Goodale a insisté pour conclure son entrevue à Fox avec un commentaire positif à l’endroit de Donald Trump.

Il a fait valoir que la rencontre organisée à Singapour mardi avec le leader nord-coréen Kim Jong-un représentait « un important potentiel pour la paix et la sécurité dans le monde » et que « le président Trump devrait bien sûr être félicité pour avoir franchi cette étape ».

L’animateur a qualifié cette déclaration de « branche d’olivier » tendue par le Canada aux États-Unis.

D’autres ministres à la rescousse

Plusieurs ministres clés du gouvernement Trudeau se rendront aux États-Unis au cours des prochains jours en vue de porter le message pro-libre-échange du Canada, et de tenter de rebâtir les ponts avec une administration ouvertement hostile.

Chrystia Freeland (Affaires étrangères) et Bill Morneau (Finances) sont actuellement à Washington. Mme Freeland a rencontré hier les membres de l’influent Comité des affaires étrangères du Sénat, avec qui elle dit avoir eu un échange « cordial » et « très direct ».

« Nous, au Canada, avons le plus grand respect pour la législature américaine, c’est toujours un grand plaisir de pouvoir leur parler directement. »

— La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland pendant une mêlée de presse à Capitol Hill

Mme Freeland a réitéré que le Canada imposerait à partir du 1er juillet des mesures de représailles « parfaitement réciproques », totalisant 16,6 milliards de dollars, en réponse aux surtaxes décrétées par le gouvernement américain sur l’aluminium et l’acier.

Elle a rappelé que l’Union européenne et le Mexique – eux aussi visés par les tarifs – ont entrepris une démarche similaire.

« La réponse est claire : les États-Unis doivent retirer ces mesures illégales et injustes », a-t-elle lancé.

La diplomate a répété à quel point la relation entre les deux pays était importante, et à quel point le Canada demeurait « le plus proche allié » des États-Unis malgré la controverse récente.

Chrystia Freeland rencontrera aujourd’hui son homologue Robert Lighthizer, représentant au Commerce des États-Unis, à Washington.

Les ministres François-Philippe Champagne (Commerce international) et Amarjeet Sohi (Infrastructures), notamment, visiteront quant à eux d’autres régions des États-Unis au cours des prochains jours pour parler d’acier, d’aluminium et de l’industrie automobile.

Cannabis

Ottawa n’a pas l’intention de reculer sur la culture à domicile

Le gouvernement Trudeau fait la sourde oreille à la demande du Québec, relayée par une majorité de sénateurs, de permettre aux provinces de prohiber la culture du cannabis à domicile sur leur territoire. La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a confirmé hier que le gouvernement fédéral rejette catégoriquement un amendement en ce sens proposé par le Sénat au projet de loi C-45 visant la consommation du cannabis à des fins récréatives, ouvrant toute grande la voie à une confrontation juridique entre Ottawa et le Québec sur cette question à moins de 16 mois des prochaines élections fédérales. Le Manitoba réclamait aussi un tel amendement. Ce faisant, la ministre de la Santé s’est défendue de pratiquer un fédéralisme centralisateur, comme l’ont soutenu certains sénateurs, dont le sénateur indépendant André Pratte, affirmant qu’une province conserve toujours le droit de limiter la culture à un seul plant de marijuana à domicile si tel est son souhait. Mme Petitpas Taylor a affirmé que la clause permettant la culture à domicile de quatre plants de marijuana au moins fait partie de la stratégie fédérale visant à écarter le crime organisé du marché illicite du cannabis, évalué à 6 milliards de dollars par année.

— Joël-Denis Bellavance et Hugo Pilon-Larose, La Presse

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