Alex Barré-Boulet

Un pari gagnant-gagnant

Il y a un an, le Lightning de Tampa Bay semait la consternation parmi les amateurs de hockey québécois en embauchant Alex Barré-Boulet, champion compteur de la LHJMQ. Un autre joueur d’ici qui échappe au Canadien de Montréal, déploraient plusieurs d’entre eux.

Il faudra attendre encore quelques années avant de savoir avec certitude si l’opinion publique a réagi avec trop de vigueur. Mais disons que Barré-Boulet a plutôt réussi sa rentrée chez les professionnels. Ignoré à ses deux années d’admissibilité au repêchage, l’attaquant est en train de démontrer que sa petite taille est tout sauf un handicap.

Barré-Boulet et le Crunch de Syracuse affrontent le Rocket, ce soir à Laval. Le jeune homme foulera la patinoire de la Place Bell à titre de deuxième recrue de la Ligue américaine, avec 54 points (28 buts et 26 aides) en 59 matchs. Parmi les joueurs de première année, seul Drake Batherson – un autre ancien de la LHJMQ – le devance, avec 55 points en 46 sorties chez les Senators de Belleville.

Le Crunch a d’ailleurs fièrement tweeté, lundi, que Barré-Boulet détenait le record d’équipe de points en une saison pour une recrue depuis que le Lightning a son club-école à Syracuse, soit depuis 2012. Un esprit malin y verrait une tentative du Crunch de « troller » le Canadien et le Rocket. Enfin…

Alors, Benoît Groulx, Barré-Boulet a-t-il dépassé les attentes ?

« Sans l’ombre d’un doute, rétorque l’entraîneur-chef du Crunch, en entrevue avec La Presse, hier, à la Place Bell. En début de saison, quand on a fait nos projections, on attendait Mitchell Stephens, Mathieu Joseph, Kevin Lynch parmi nos meilleurs attaquants. Alex faisait partie de nos jeunes, on se disait qu’on verrait comment il allait se débrouiller. Il a profité des blessures. Les malheurs des uns font le bonheur des autres. Comme les autres, il a eu sa chance et lui, ça a cliqué. »

Ces malheurs des uns, ce sont des blessures à Stephens et à Lynch, dès le camp. Joseph, lui, a également excédé les attentes, au point où il s’est taillé un poste avec le grand club et n’a plus jamais été revu en Ligue américaine.

Jeune homme mature

« Il va faire un joueur de hockey. »

Combien de fois a-t-on entendu Marc Bergevin prononcer cette phrase ? Dès ses premiers repêchages, c’est ainsi qu’il justifiait certains de ses choix. Curieusement, on entend la même phrase quand on s’informe de Barré-Boulet. Et encore plus curieusement, ce trait de caractère n’était visiblement pas assez fort pour convaincre le Tricolore de lui soumettre une offre de contrat à deux volets (ce que le Lightning a fait) plutôt qu’une simple offre pour la Ligue américaine.

« Faire un joueur de hockey », c’est généralement une façon de décrire le sérieux et la détermination d’un joueur. Dans les mots de Groulx, ça donne ceci : « Il n’accepte pas les demi-mesures pour lui-même. J’aime beaucoup les joueurs qui, quand ils jouent mal, sont choqués envers eux-mêmes et non pas envers le coach ! Il fait partie de cette catégorie-là. »

C’est un jeune homme sûr de lui qui se présente en entrevue, qui dégage une belle assurance pour un joueur de 21 ans qui n’a pas encore une saison complète chez les professionnels derrière la cravate. Barré-Boulet est bien conscient que le destin lui a ouvert la voie.

« Il nous manque encore de bons joueurs. S’ils reviennent et qu’ils reprennent leur place, je vais juste travailler plus fort et il arrivera ce qui arrivera. »

— Alex Barré-Boulet

Et la perspective d’un rappel ? Barré-Boulet est encore jeune pour recevoir l’appel tant attendu. Et de toute façon, la question ne s’est pas encore posée, puisque les attaquants du Lightning affichent un bilan médical enviable cette saison. L’équipe a seulement employé 15 avants jusqu’ici !

« Honnêtement, je ne pense pas trop à ça. En ce moment, je joue pour le Crunch, pas le Lightning. C’est sûr que je regarde ce qui se passe en haut, parce que je connais les joueurs. Mais si j’y pense trop, je vais commencer à mal jouer. »

La roue qui tourne

Sur ce dernier point, Groulx est clair : un rappel n’est pas pour tout de suite.

« Est-ce qu’il va jouer dans la LNH dans un mois ? Je ne le crois pas. Mais il est devenu un beau prospect. Il va devoir améliorer sa vitesse, sa rapidité et sa force physique. Un jour, tout ça va se mettre en place. Il aura la chance qu’il aura méritée à ce moment-là.

« Le trafic ne l’effraie pas. Il va devant le but pour marquer, il va dans les coins pour gagner la rondelle. Il a la confiance, le calme et le talent pour se démarquer dans ces situations. C’est une belle signature que le Lightning a faite. »

« Je n’ai aucun regret, je suis très heureux ici, assure Barré-Boulet. Le Lightning et le Crunch sont des organisations A+. Dans le développement des joueurs, la façon qu’ils nous traitent, le staff : je ne pouvais pas demander mieux pour ma première saison pro. »

Si Barré-Boulet s’établit dans la LNH, il faudra inscrire son nom dans la lignée des joueurs jamais repêchés que la formation floridienne a développés. Dans l’effectif actuel, Tyler Johnson et Yanni Gourde sont les meilleurs exemples et, comme Barré-Boulet, ils y sont parvenus en dépit d’un petit gabarit.

On pourrait y ajouter Jonathan Marchessault, dont la moitié de saison 2015-2016 à Tampa a constitué un tremplin vers un rôle à temps plein dans la LNH.

Crunch de Syracuse c. Rocket, ce soir (19 h 30) à Laval

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