Analyse

Kovalchuk et l’espoir qui renaît

À l’époque, pas si lointaine, où ils étaient coéquipiers chez les Kings de Los Angeles, Ilya Kovalchuk et Jack Campbell avaient l’habitude de rester sur la glace ensemble à la fin des entraînements.

Kovalchuk le faisait pour aider son ami gardien, à qui il offrait ses meilleures feintes et ses meilleurs tirs à des fins de bonne préparation. « C’est pour ça qu’il connaît tous mes trucs », a expliqué l’attaquant du Canadien dans le vestiaire du Centre Bell, samedi en fin de soirée.

Aujourd’hui, bien sûr, Kovalchuk est ici, et Campbell est un des gardiens des Maple Leafs de Toronto. Et pendant 60 minutes, samedi soir, c’est lui, le gardien, qui a eu l’avantage, en multipliant les arrêts importants face à son ancien coéquipier.

Puis, en prolongation, c’est l’attaquant qui a mis fin à la soirée, avec un gros but. Un autre gros but, qui a mené le Canadien à une grosse victoire, 2-1 face aux Leafs.

Après tout ça, Kovalchuk n’était aucunement pressé de partir. Dans le vestiaire, les journalistes ont dû lui parler pendant au moins 20 minutes, sans jamais qu’on voie chez lui le moindre signe d’impatience. Il a expliqué que la veille, il avait fait un tour de voiture avec ses enfants dans l’espoir de trouver une patinoire extérieure ouverte dans la tempête (il a fini par en trouver une… à Verdun !). Quand il a marqué samedi soir, il est allé sauter dans le coin de baie vitrée où trois de ses enfants étaient assis, en pointant une main triomphante dans les airs.

« J’ai parlé avec Bob Hartley avant d’arriver ici. Et c’est Bob qui m’a suggéré d’être moi-même en allant à Montréal, c’est lui qui m’a fait comprendre que cette situation allait très bien me convenir. »

— Ilya Kovalchuk

Mine de rien, l’impact de Kovalchuk sur ce club est immense. Après seulement 15 rencontres depuis qu’il s’est joint au Canadien début janvier, il se retrouve avec trois buts gagnants, et il a marqué deux autres buts gagnants en tirs de barrage. En tout, ça lui donne de 12 points. Si le Canadien est encore dans le coup à l’heure actuelle – la victoire de samedi soir vient placer le club montréalais à seulement 5 points des Leafs –, c’est pas mal grâce à lui.

Des embauches qui rapportent

Autre détail qu’on ne saurait ignorer : en plus du numéro 17, Nick Suzuki, Marco Scandella, Nate Thompson et Xavier Ouellet ont tous ajouté leur nom à la feuille de pointage en ce samedi soir festif au Centre Bell. Qu’ont en commun tous ces messieurs ? Il se trouve qu’ils ont tous été amenés ici par le directeur général Marc Bergevin, soit par transaction, soit par embauche sur le marché de l’autonomie.

Il est juste de critiquer le Canadien pour une foule de raisons, notamment les ratés avec ses premiers choix au repêchage depuis 10 ans et plus, sauf qu’il faut aussi reconnaître que le directeur général a réalisé quelques embauches qui rapportent beaucoup ces jours-ci.

Mais, comme l’aurait chanté Sinéad O’Connor si elle avait été fan de hockey, rien ne se compare à Kovalchuk, et si jamais le Canadien réussit le petit miracle de se faufiler jusqu’en séries, il faudra se rappeler que ce club était presque mort avant son arrivée. Là, au moins, il y a de la vie. « Je suis en train d’écrire un autre chapitre de mon histoire », a-t-il résumé. Un peu plus loin, vers la droite, Scandella a résumé Kovalchuk par ces mots tout simples : « Il a du fun… »

Ça commence à faire en masse de raisons de vouloir le garder.

Ils ont dit

« Je ne peux pas décrire les émotions »

« Depuis que je suis jeune, je veux compter pour Montréal contre les Maple Leafs. C’était un rêve. C’était 1-0, la fin de la troisième période. Je ne peux pas décrire les émotions. C’était incroyable. » 

— Marco Scandella, auteur du but égalisateur

« Ça ne passera pas à l’histoire comme un de mes meilleurs matchs ! Je m’attendais à ça après trois mois sans avoir joué. Je suis content de la façon dont ça a progressé pendant le match. Le timing était meilleur, mes jambes aussi. » 

— Jonathan Drouin

« Non, ça a été bien fait. Des fois, c’est ça. Mais c’était une blessure assez majeure pour que personne ne me mette de pression. C’était à moi de me sentir bien, je voulais prendre mon temps et être sûr que samedi, je serais correct. » 

— Drouin, à qui on demandait si les entraîneurs avaient fait pression sur lui pour qu’il revienne au jeu

« Ils ont été bons pour ne pas nous donner grand-chose dans leur zone. C’était un match des séries, et [dans ces matchs-là], la dernière erreur finit dans ton but. C’était une échappée devenue un deux contre un et on a marqué. » 

— Claude Julien

« On a été le chercher pour du renfort, et il donne du renfort. Encore là, personne n’est parfait. On peut regarder ses erreurs, mais aussi ses bonnes choses. Il a de l’expérience. Il a un bon lancer. Un gros but ce soir. Il est arrivé avec une bonne attitude, il est heureux d’être ici. C’est le genre de joueur qu’on veut ici. » 

— Claude Julien, au sujet de Scandella

Propos recueillis par Guillaume Lefrançois, La Presse

Hockey

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre les Maple Leafs et le Canadien

Entièrement guéri ?

Le retour au jeu de Jonathan Drouin est un dossier compliqué. On sentait Claude Julien impatient ces derniers jours, à voir le nombre de fois où il a mentionné que son attaquant était « guéri ». Mais l’était-il entièrement ? Après le match, Drouin a reconnu que les réceptions de passe étaient « la dernière étape », ce qu’on a pu constater en le voyant rater son coup sur quelques beaux relais qui lui étaient destinés. « Il y a encore un peu de douleur. En fait, ce n’est pas tellement de la douleur, c’est du soreness [sensibilité], comme on dit en anglais. Avec le temps, ça va débloquer. » Drouin n’a finalement passé que 12 minutes sur la patinoire et a terminé la soirée avec un tir et une pénalité. On ignore si c’est un effet secondaire de son retour, mais son compagnon de trio Max Domi a paru particulièrement impliqué et énergique, réussissant quelques replis cruciaux.

La gestion de l’énergie…

Mais s’ils sont en meilleure position que le Tricolore, les Maple Leafs sont eux aussi en pleine lutte pour une place en séries. Ça signifie que dans une séquence de deux matchs en deux soirs comme celle qu’ils disputaient vendredi et samedi, la gestion de l’énergie est plutôt secondaire. Sheldon Keefe a donc donné les deux départs au gardien Jack Campbell, et a concentré les minutes de jeu pour ses meilleurs éléments. Les attaquants Auston Matthews et Mitch Marner ont donc chacun joué 24 minutes samedi, après en avoir joué à peu près autant vendredi, et John Tavares s’est farci deux soirées de 22 minutes de suite. Ce sont des chiffres très élevés pour des avants. En défense, Justin Holl, Jake Muzzin et Tyson Barrie ont tous dépassé les 24 minutes dans les deux duels. Cela dit, tous ces joueurs sont âgés de 30 ans ou moins, et les Leafs ne reprendront l’action que mardi. Deux facteurs qui peuvent inciter à étirer l’élastique.

Efficace

À son deuxième match dans la LNH, Jake Evans a été limité à 12 présences. Une situation tout à fait normale pour une recrue plongée dans un match avec un gros enjeu dans le cadre d’une rivalité haute en émotion. Mais l’attaquant du Canadien a dû faire quelque chose de bien, puisqu’il s’est démarqué à plusieurs reprises malgré son utilisation limitée. En deuxième période, pendant qu’Artturi Lehkonen soignait sa main au vestiaire, Evans a effectué deux présences en désavantage numérique. Les deux fois, il a désamorcé des attaques et effectué un dégagement. Il s’est aussi offert deux tirs de qualité : l’un arrêté par Campbell, l’autre bloqué par un défenseur. C’est sans oublier une présence en milieu de match, tout de suite après un avantage numérique du CH, où lui et Nate Thompson ont embouteillé le premier trio des Leafs, qui tentaient de reprendre de l’élan après le succès de leur infériorité numérique. Deux tests réussis pour Evans.

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