Planète bleue, idées vertes

Et si on faisait le plein de lave-glace… à la pompe ?

Que diriez-vous de remplir votre réservoir de lave-glace à la pompe ? Cette idée, pas saugrenue pour deux sous et beaucoup plus écolo que l’achat de bidons de plastique, existe déjà. Elle est sortie de la tête de Pierre Néron en 2016, mais peine à s’imposer. 

Comment ça marche ? Simple. Vous vous rendez dans une station-service dotée d’une station de lave-glace et vous remplissez votre réservoir avec une pompe comme vous faites pour l’essence. Prix : 1 $ le litre (+ taxes).

Ce concept, unique en Amérique du Nord, a été breveté au Canada, et il est en instance de brevet aux États-Unis. L’appareil conçu par M. Néron a été certifié par Mesures Canada pour la revente du liquide de lave-glace au millilitre.

« Je suis 100 % convaincu de mon affaire », dit le propriétaire, qui travaillait dans le milieu des imprimeries avant de se lancer en affaires. « C’est plus long que prévu, mais c’est sûr que ça va marcher. »

Combien y a-t-il de stations de lave-glace au Québec ? Réponse : 23. Ce chiffre passera à 28 d’ici la fin du mois avec l’ajout de 5 stations au Saguenay. Et il sera de 32 avant la fin du printemps. À Montréal, le seul endroit où on peut s’en procurer pour le moment est dans le stationnement sous-terrain du Complexe Desjardins.

Mais si la demande augmente depuis 2016, les choses ne vont pas aussi vite que ce qu’espérait Pierre Néron quand il a lancé son entreprise, après quelques années de recherche et de développement. Le problème, explique-t-il, c’est que le modèle d’affaires repose sur la vente des appareils de distribution de lave-glace aux pétrolières. Or, ces dernières hésitent à mettre la main dans leur poche. D’autant plus que ce n’est pas donné : la machine, développée dans l’atelier de M. Néron, à Saint-Bruno, coûte de 9000 $ à 10 000 $.

« Cette idée fait l’affaire de tout le monde, mais personne ne veut dépenser. C’est un long processus qui exige beaucoup de patience. »

— Pierre Néron

Pourtant, les avantages sont bien réels : moins de bidons de plastique à usage unique en circulation, moins de vols de lave-glace dans les stations-service, paiement à la pompe pour le consommateur, réduction de l’empreinte écologique, concept clés en main…

« C’est une mesure de réduction à la source », explique Claude Villeneuve, directeur de la Chaire en éco-conseil au département des sciences fondamentales de l’Université du Québec à Chicoutimi, que La Presse a consulté.

« Nous jetons plusieurs millions de contenants de lave-glace vides chaque année. Une minorité est correctement recyclée ou incinérée avec récupération de chaleur. En raison de l’exportation des matières recyclables vers les pays d’Asie du Sud-Est et d’Afrique, cela contribue au grand problème des “continents de plastique” dans les océans. »

« Finalement, chaque bidon provoque, dans le processus de fabrication, l’émission de 400 à 500 g de CO2. Les impacts comparatifs d’une station d’approvisionnement sont infiniment moindres. Quant à l’énergie consommée par la pompe, elle vient de l’hydroélectricité et a un impact dérisoire en comparaison avec les bidons. »

5000 appareils

Selon M. Néron, les automobilistes québécois utilisent 22 millions de bidons de lave-glace par année (4 en moyenne par voiture, sur une période de 12 mois). À la seule station de la Porte du Nord, sur l’autoroute 15, « il se vend 20 palettes de 208 bidons durant les deux semaines du temps des Fêtes », assure-t-il. Faites le calcul : ça fait 4160 bidons envolés en 15 jours.

C’est donc beaucoup de plastique qui finit dans la poubelle des stations d’essence. Et très peu dans les bacs de recyclage.

Au Saguenay, une pétition circule pour exiger des stations de remplissage de lave-glace et mettre fin à la vente de bidons.

L’objectif de M. Néron est d’installer 5000 appareils de lave-glace au Québec au cours des prochaines années. « Ça prendra le temps que ça prendra », dit-il, philosophe. Son entreprise réalise déjà de 4000 à 5000 achats de lave-glace par mois. Depuis le 1er octobre dernier, les ventes dépassent les 65 000 L.

Une fois l’appareil de remplissage de lave-glace installé, le propriétaire qui en a fait l’acquisition n’a plus qu’à empocher les profits sur la vente du liquide fabriqué à base de méthanol, un produit très toxique. L’entreprise de M. Néron, elle, touche 10 cents par litre vendu et assure la gestion de la station : remplissage, nettoyage, réparation.

« Mon but n’est pas de me faire acheter, mais, éventuellement, je crois que ça va passer par là », dit-il.

Sur l’écran radar

Une « Banque européenne du climat » pour financer la transition écologique ?

Le président français a appelé la semaine dernière l’Union européenne (UE) à prendre « la tête du combat écologique » en proposant la création d’une « Banque européenne du climat » pour financer la transition écologique. Emmanuel Macron a fait cette proposition à trois mois des élections européennes, dans une tribune publiée dans les 28 pays membres de l’UE, qu’il a aussi appelés à atteindre la carboneutralité en 2050 et à diviser par deux l’utilisation des pesticides d’ici 2025.

— Agence France-Presse

50 %

Augmentation du nombre de jours de canicule marine depuis le milieu du XXe siècle. Ces phénomènes, imperceptibles pour l’humain, sont mortels pour la vie océanique et devraient à l’avenir s’avérer encore plus destructeurs, selon une étude publiée la semaine dernière dans la revue Nature Climate Change. Une canicule marine est définie par des températures qui restent proches, pendant cinq jours, des records enregistrés dans une zone donnée.

— Agence France-Presse

Nouvelle aire marine protégée en Gaspésie

Ottawa et Québec ont annoncé l’établissement de la zone de protection marine du Banc-des-Américains, au large de la Gaspésie. Située à la rencontre des courants de la baie de Gaspé et de la baie des Chaleurs, cette aire de quelque 1000 km2 est un « carrefour biologique » très important pour de nombreuses espèces, dont certaines en voie de disparition, a écrit Pêches et Océans Canada dans un communiqué. La pêche commerciale, les activités pétrolières et gazières et le rejet d’eaux usées et grises y sont désormais interdits. La Société pour la nature et les parcs a salué cette annonce, évoquant l’« important potentiel » du Banc-des-Américains comme refuge pour plusieurs populations de « poissons d’intérêt économique », comme la morue.

— Jean-Thomas Léveillé, La Presse

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