Éducation

Il y a le cadre scolaire, puis il y a tout ce qu’on doit apprendre autour pour être un bon humain. Et si l’on combinait l’éducation et l’intime ? C’est l’approche de nos nommés, qui tentent respectivement de développer l’esprit critique des jeunes, d’éduquer pour mieux détruire les préjugés, d’injecter de l’art dans le divertissement et de l’éducation sexuelle dans le quotidien. Parce que l’apprentissage ne devrait jamais s’arrêter à l’attribution d’un diplôme…

Jeff Yates et Ève Beaudin

LES AVENTURIERS DE LA VÉRITÉ PERDUE

Jeff Yates — aka l’Inspecteur viral — et Ève Beaudin, responsable de la rubrique « Le détecteur de rumeurs » à l’Agence Science-Presse, sont les ennemis jurés des fake news. Ils sont depuis cette année responsables du projet 30 secondes avant d’y croire, véritable croisade anti-désinformation chez les jeunes. Ils forment des journalistes bénévoles, qui sont ensuite envoyés dans les écoles secondaires de la province pour aider les élèves à forger leur sens critique. Grace à eux, il y a déjà 2 800 jeunes qui risquent moins de croire que Melania Trump emploie un sosie à la Maison-Blanche.

« Durant la formation, on passe au peigne fin les fausses nouvelles qui ont marqué les Québécois. Certains avoueront être tombés dans le panneau et avoir cru à la nouvelle des clowns méchants qui se promenaient à Saint-Jérôme, une publication qui a été partagée plus de 63 000 fois. » — Ève Beaudin

Audrey Genois

Jouer avec l’art contemporain

Jeune historienne de l’art et muséologue, Audrey Genois est directrice de Momenta, biennale de l’image contemporaine, un évènement d’envergure internationale dont la prochaine édition aura lieu en 2019. D’ici là, elle se prépare à lancer un jeu vidéo destiné aux jeunes de 10 et 11 ans. Celui-ci mettra en vedette des oeuvres d’artistes québécois contemporains. Un outil de diffusion qui manquait cruellement dans l’enseignement des arts (très axé sur des classiques étrangers), et qui contribuera certainement à la définition de notre culture, de notre identité.

« Je me plais à imaginer un monde où tous et toutes seraient, dès leur plus jeune âge, baigné.e.s dans une culture où l’art joue un rôle primordial, reconnu et dont la crédibilité pour le bien-être politique et social ne serait pas à défendre. »

Jérémie McEwen

Quand hip-hop flirte avec philo

Dans ses cours au cégep Montmorency, dans ses essais, comme dans ses chroniques radio, Jérémie McEwen aime stimuler la réflexion en s’appuyant sur les expériences personnelles. C’est aussi sur ce principe qu’il a créé le cours « philosophie du hip-hop », dans lequel il fait un lien entre cette culture et les grands courants philosophiques classiques. Parce que oui, on peut être intellectuel et faire rimer Cardi B avec « éthique du care ».

« On a beaucoup tendance à sous-estimer la capacité des artistes hip-hop à créer de la pensée philosophique. Pourtant, ne pensons qu’à Tupac Shakur; c’est bien connu, cet artiste-là lisait beaucoup de philosophie, sa mère était membre du Black Panther Party… Bref, il avait quelque chose à dire. »

Sarah G et Sara H

Scouts du cul

Sara et Sarah se sont donné pour mission d’éduquer et de libérer le monde. Elles coaniment Les Préliminettes, à CISM, émission qui aborde avec audace les différentes formes que peuvent prendre les relations amoureuses et sexuelles. Elles sont aussi à l’origine de Caresses Magiques, une série de recueils qui rassemblent des témoignages intimes de femmes. Cette année, elles aimeraient en publier un troisième tome, cette fois avec des intervenants masculins, mais toujours un même objectif : faire de notre sexualité un monde meilleur.

« On pense qu’une version masculine de Caresses magiques pourrait contribuer à défaire des mythes qui nuisent à l’épanouissement sexuel de tous, par exemple l’idée selon laquelle les hommes ont plus de libido que les femmes ou encore qu’ils devraient savoir quoi faire au lit s’ils sont amoureux de leur partenaire… »

Léah Snider

Se réapproprier la haine

Léah Snider est doctorante en éducation artistique à l’Université Concordia. Parmi les questions qui la turlupinent, il y a la privatisation de l’espace public, l’art politique et la propagation des discours haineux. D’ailleurs, elle se plonge présentement dans le dark side du web pour comprendre le climat toxique qui y règne et se réapproprier les propos haineux. Son but : les exposer autrement, par l’art, pour qu’on arrive à en rire plutôt qu’à en pleurer.

« Le regain de crimes antisémites est réel. L’autre jour, j’étais dans un café à Sherbrooke, un café super trendy. J’ouvre mon laptop, j’allume le wifi. Mes choix de wifi, c’est quoi ? Fascist brotherhood, Fuck me if you can et The Jews own the media. J’étais atterrée. »

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