République démocratique du Congo

Branle-bas de combat contre l’Ebola

Hier, une semaine après que la République démocratique du Congo (RDC) a déclaré une nouvelle épidémie d’Ebola sur son territoire, l’Organisation mondiale de la santé annonçait la présence du virus en zone urbaine. Ce cas confirmé fait craindre une propagation rapide de la maladie hautement létale. Explications en cinq questions et réponses.

Que sait-on sur cette nouvelle épidémie ?

Les premiers symptômes de la maladie sont apparus le 22 avril dans le territoire de Bikoro, une zone rurale très difficile d’accès dans la province de l’Équateur, en République démocratique du Congo. Le pays a déclaré une épidémie le 9 mai. En date du 15 mai, les autorités sanitaires se penchaient sur 44 cas d’infection (trois confirmés d’Ebola grâce à des tests de laboratoire, 20 probables et 21 possibles), qui ont causé la mort de 23 patients. Hier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé qu’un premier cas confirmé avait été découvert à Mbandaka, une ville de plus de 1 million d’habitants, aussi située dans la province de l’Équateur, à 150 km de Bikoro.

Est-ce la première fois que la RDC doit faire face à cette maladie ?

Non, c’est la neuvième fois. C’est d’ailleurs dans ce grand pays situé en plein cœur de l’Afrique subsaharienne qu’a été découvert le virus en 1976. Une des premières flambées a eu lieu à Yambuku, une ville située près de la rivière Ebola, qui a donné son nom au virus. Les scientifiques estiment qu’une espèce de chauve-souris frugivore est à l’origine du virus. Selon l’OMS, la transmission à l’être humain se fait par un « contact étroit avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques d’animaux infectés  ». Ensuite, le virus se propage d’un être humain à un autre par des fluides corporels contaminés ou par des surfaces contaminées par ces mêmes liquides. Les symptômes apparaissent de 2 à 21 jours après la transmission. Parmi ces symptômes, on relève des douleurs musculaires, des maux de tête et de gorge, des vomissements, ainsi que la fièvre hémorragique, une des conséquences les plus graves de la maladie. Le taux de mortalité est très élevé, il varie de 25 % à 90 %, selon l’éclosion.

Pourquoi le cas détecté en ville inquiète-t-il davantage les autorités sanitaires que les cas en région éloignée ?

Pour contenir la maladie, les autorités sanitaires tentent d’isoler les patients et d’établir une liste des autres personnes avec qui elles ont eu des contacts. Dans une zone urbaine plus densément peuplée, il est beaucoup plus difficile de garder le fil de la propagation. « C’est un développement inquiétant, mais nous avons de meilleurs outils que nous n’en avons jamais eu pour combattre l’Ebola », a dit hier le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, en annonçant que l’agence onusienne avait décidé de déployer 30 experts dans la région pour prêter main-forte aux autorités congolaises. L’organisation Médecins sans frontières (MSF), qui a joué un rôle central pour contenir l’épidémie d’Ebola et traiter les patients en Afrique de l’Ouest en 2014, est aussi déjà présente sur le terrain dans la région de Bikoro et à Mbandaka. Hier, Joanne Liu, présidente de MSF international, a confirmé que 40 travailleurs humanitaires étaient en voie d’être déployés dans la région touchée. «  On est déjà sur place, ça change la donne », a-t-elle dit à La Presse.

De quels nouveaux « outils » disposons-nous aujourd’hui pour combattre cette épidémie  ?

La grande épidémie d’Ebola qui a sévi en Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016, faisant près de 11  300 morts en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia, a secoué la communauté internationale, qui a reconnu avoir mis beaucoup trop de temps avant de passer à l’action. Cette crise, qui a fait plus de morts que toutes les épidémies précédentes réunies, a notamment incité les scientifiques à travailler d’arrache-pied à l’élaboration d’un vaccin, aujourd’hui offert, même s’il est toujours expérimental. Plus de 5400 doses du vaccin rVSV-ZEBOV, élaboré en partie au Canada, sont en route vers la RDC.

Les organisations onusiennes et humanitaires ont-elles aussi tiré des leçons des ratés de la crise en Afrique de l’Ouest ?

Si, en 2014 et 2015, Médecins sans frontières était presque seule au front, cette fois, plusieurs organisations sont prêtes à se déployer. « C’est bien que les gens répondent présent, dit Joanne Liu. Il va falloir voir comment ça va se traduire en gestes concrets. On va montrer une vraie maturité en se mettant d’accord rapidement sur une collaboration efficiente. Les patients et les populations affectées doivent être au cœur de la réponse. Si les gens ont l’impression qu’ils vont dans des centres d’Ebola pour mourir entourés de cosmonautes et loin des leurs, ils ne viendront tout simplement pas  », expose la pédiatre montréalaise qui est à la tête de l’organisation humanitaire depuis 2013. Elle compte se rendre rapidement sur le terrain.

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