Sexualité
Derrière la porte

Jasmin a un je-ne-sais-quoi

Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.

CETTE SEMAINE : JASMIN*, MI-QUARANTAINE

Jasmin est célibataire depuis 14 ans. Depuis, il a rencontré des femmes par dizaines. Probablement quelques centaines. Dans des bars. Dans la rue. Sur l’internet. Il les a ramenées chez lui, il est allé chez elles. Les rencontres ont duré une nuit. Deux semaines. Maximum quelques mois. Jamais plus. Lui veut une relation, une vraie. Les femmes rencontrées : non. Pourquoi ?

« Ma question, nous a-t-il écrit : pourquoi les femmes se mettent sur des sites de rencontres si elles ne sont pas prêtes à rencontrer ? » Attablé dans le fond d’une brasserie artisanale de Saint-Jean-sur-Richelieu, coiffé d’un estival chapeau de paille, en plein mois de février, le chic quadragénaire au look mi-travaillé, mi-négligé nous raconte son histoire, preuves, photos, textos, même poèmes à l’appui.

Pas de doute, confirme Jasmin, l’air entendu et coquin : il « pogne ». Il ne le cache pas. Depuis le secondaire, de surcroît. « Je faisais de l’haltérophilie. Alors c’est sûr, quand t’es un athlète… Disons que j’ai eu beaucoup de filles au secondaire. » Combien ? Là aussi, il a arrêté de compter. « Ado, tu te promènes un peu partout. Tu t’en fous. »

Jasmin a eu sa première relation sexuelle vers 14 ans (avec une voisine), puis rencontré sa première (et unique) blonde « sérieuse » à 18 ans. Ensemble, ils ont passé environ 10 ans. « Je me suis promené. C’était un amour d’adolescence. On s’est laissés. On est revenus. On se croisait dans des partys. On était faits pour aller ensemble. Et puis on s’est séparés… la veille de mes 30 ans. » Ils ont eu deux enfants, aujourd’hui grands.

« Ç’a été ma première blonde sérieuse. Par la suite, je n’ai jamais rien eu de sérieux… »

— Jasmin, mi-quarantaine

Il avoue au passage que les dernières années, ça allait plus ou moins. Pourquoi ? Elle avait pris du poids, dit-il, sans filtre. « Moi, je fais du sport. Je m’entraîne. Je mange bien. Elle, elle ne faisait pas de sport. Et moi, les rondes, j’aime plus ou moins ça. […] Oui, oui, oui, on couchait quand même ensemble, c’est juste qu’il n’y avait pas de désir. »

Il se souvient encore de sa première année de célibat. « J’étais allé au Lovers de Laval. Et j’ai rencontré une fille de Montréal. » Celle-là, c’est lui qui l’a laissée. Une des rares. Elle habitait dans un miteux appartement de la rue Ontario, les enfants de Jasmin y mangeaient par terre, bref, « ce n’était pas pour [lui] ».

Entre deux gorgées de bière, il enchaîne avec le récit de plusieurs aventures plus ou moins mémorables, entre Calgary (« pas vargeux, [la fille] ne faisait pas de pipes »), les bars de Saint-Jean-sur-Richelieu, ou Mon Classeur, Badoo et Tinder. Pas du tout avare d’anecdotes, il rit en racontant cette pipe reçue sur le bord de l’autoroute, par une fille croisée dans un bar (« je ne la connaissais pas du tout ! »), ou cette autre, femme fontaine, avec qui, « sexuellement, c’était vraiment la totale ». Il énumère les femmes qui aimaient ça « rough », ou alors « moins rough ». Et répète que lui, à travers tout ça, il s’adapte. « Moi, je suis ben open ! Si la fille veut ça hard, on fait ça hard. Si elle veut ça smooth, on fait ça smooth. Mettons que je suis ben équipé… » Il rit, s’exclame, et se raconte encore. « Oups, je parle peut-être un peu fort ! », réalise-t-il tout à coup.

À deux reprises, il dit aussi s’être embarqué avec des femmes au passé « non réglé », comme on dit, plus ou moins en couple, plus ou moins séparées. Les deux fois, ça n’a évidemment pas duré. 

Depuis quelques années, poursuit-il, Jasmin s’est « calmé ». Finies les rencontres dans les bars (ou presque).

« Moi, je veux quelque chose de sérieux. »

— Jasmin

C’est qu’il a été des années avec la mère de ses enfants. Ses parents sont ensemble depuis plus de 40 ans. « J’ai de bons modèles », dit-il. Pourtant, sans trop comprendre pourquoi, lui, depuis 10 ans, ça ne dure pas. Jamais. Il accumule les aventures à (trop) court terme, les premiers rendez-vous (ou « entrevues », comme il dit, dans un lapsus révélateur), passe parfois des heures à parler au téléphone, à échanger un nombre incalculable de textos. « Ça clique avec toutes les filles ! » Et puis ? Rien. « Je ne suis pas prête », « ça n’a rien à voir avec toi » ou « je te reviens plus tard » (mais sans jamais revenir) : il multiplie les histoires ainsi avortées. Certaines femmes se confient énormément, lui envoient carrément des photos (avec leurs enfants !), voire des gifs, d’abord tendres, puis carrément érotiques. Ensuite ? Toujours rien…

« C’est lassant… », laisse-t-il enfin tomber, avant d’ajouter ne plus rien comprendre aux femmes. « Les femmes, c’est le plus grand mystère que Dieu ait mis sur Terre », se plaît-il aussi à répéter, trois fois plutôt qu’une. Parce que si elles ne veulent pas « embarquer », comme elles disent, « pourquoi vont-elles sur des sites de rencontres » ? Il a sa petite hypothèse… « Elles magasinent… »

« Je dois avoir un problème, conclut-il. Je m’entraîne, je mange bien, je suis responsable, j’ai un appart, un char, deux grands enfants, je suis un gars quand même allumé, cultivé, je compose des poèmes, j’écris des chansons. Mais ça ne dure pas. Le pourquoi ? Je ne le sais pas… »

D’ailleurs, ajoute-t-il en souriant : « J’ai un titre pour ta chronique : “Jasmin a un je-ne-sais-quoi”… »

* Prénom fictif, pour se confier en toute liberté.

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