Révolution

L’émission qui donne envie de danser

Le populaire concours télévisé Révolution n’influence pas seulement la carrière des finalistes et des participants les plus en vue de chaque saison. L’émission diffusée sur les ondes de TVA a contribué à faire exploser la popularité des cours de danse contemporaine, de hip-hop et de ballet dans de nombreuses écoles de la province.

À l’Académie de danse Scream, à Montréal, l’effet Révolution s’est fait sentir depuis un an. « Spécialement pour les jeunes, affirme sa directrice, Lynsey Billing. Plusieurs d’entre eux regardent l’émission et leurs parents nous appellent pour les inscrire en disant qu’ils veulent faire comme certains danseurs de l’émission. Je vois aussi des gens qui avaient arrêté de danser durant des années et d’autres qui ont toujours rêvé d’essayer. »

Il faut préciser que l’école compte parmi ses « élèves » l’un des quatre finalistes de la première saison, Yoherlandy. « Quand il vient à l’école, tout le monde est en pâmoison, dit Mme Billing. C’est génial pour eux de voir un homme aussi fort qui vient suivre une classe humblement, en étant très concentré, sans se soucier de ce que pensent les autres. Il est très inspirant. »

Aux studios des Grands Ballets canadiens, dont plusieurs classes sont pensées pour le grand public, un autre finaliste de Révolution a généré une affluence accrue. « Quelques personnes se sont inscrites aux cours de contemporain [initiation et débutant] pour avoir Charles-Alexis Desgagnés comme enseignant et pour découvrir ce style de danse avec lui », révèle Jonathan Heredia de la Cruz, responsable des loisirs aux studios.

Les studios des Grands Ballets canadiens, qui accueillent les répétitions des danseurs de l’émission dans leurs locaux, ont aussi bénéficié de la popularité de Révolution. « L’émission a inspiré des gens de tous les âges à danser et à s’inscrire chez nous. »

Trois fois plus populaire

Il n’est toutefois pas nécessaire d’avoir un finaliste de l’émission entre ses murs pour attirer les aspirants danseurs. En août dernier, l’Académie de danse du Saguenay a senti un boom de popularité lors de la période d’inscription. « C’était généralisé, tant chez les jeunes que chez les moins jeunes, affirme sa directrice pédagogique, Roselle Simard. On a triplé notre clientèle adulte ! »

L’école a d’ailleurs décidé d’adapter son offre à la demande. « Ce qui pogne le plus, ce sont les ateliers chorégraphiques dans lesquels les adultes abordent des notions techniques comme l’alignement, la posture et plusieurs principes de base et qui comptent une portion dansée permettant d’essayer différents styles comme le jazz, le country ou le lyrique. »

Si le hip-hop était en croissance depuis des années, son attrait a continué de grandir depuis la diffusion de la première saison de Révolution. Le ballet a lui aussi connu un regain de popularité.

« On est dans une ère de changement face au ballet classique, précise Roselle Simard. Les jeunes réalisent qu’il faut une forte technique. Tous les danseurs de contemporain à Révolution ont de solides bases en classique. »

L’influence des juges

L’émission alimente la réflexion et les discussions au lendemain de chaque épisode. « Le lundi matin, les jeunes n’ont que ça en bouche, dit Mme Simard. Ils parlent de l’émission et on sent qu’ils développent leur esprit critique. Ils sont capables de voir l’importance de la maîtrise technique, mais aussi du concept, du propos, des costumes et de la chimie entre les danseurs. »

Elle ajoute que certaines notions techniques font leur chemin grâce aux juges.

« Quand un élève entend un commentaire que je fais depuis deux ans dans la bouche d’un maître, il l’intègre un peu plus. Les juges sont géniaux ! Leurs commentaires ne sont pas gratuits. C’est très valable. »

— Roselle Simard, directrice pédagogique de l’Académie de danse du Saguenay

Avec So You Think You Can Dance, Dancing With the Stars et Danser pour gagner, Révolution fait des petits jusque dans les écoles secondaires, dont certaines offrent maintenant des programmes de danse. Cela permet à de nombreux jeunes de sortir de leur coquille, note Lynsey Billing.

« La danse met les gens dans une position de vulnérabilité qui leur permet de s’exprimer, que ce soit à travers l’improvisation ou l’interprétation d’une chorégraphie. Les gens sont plus à l’aise qu’avant de montrer qui ils sont et comment ils se sentent, et la danse aide souvent ceux qui n’ont pas les mots pour le faire. »

La danse au masculin

De telles émissions aident aussi à démocratiser la danse chez les garçons. « C’est très positif pour les petits gars de voir des hommes qui n’ont pas peur de danser du contemporain ou du ballet sur scène, ajoute la directrice de l’Académie de danse Scream. Ça demande tellement de force ! »

Roselle Simard croit elle aussi que les gars ont besoin de modèles dans certaines disciplines. « Quelques styles de danse comme le hip-hop sont approuvés en société pour les gars, mais, en ballet classique, ce n’est pas très facile. »

Elle note cependant une augmentation récente de la popularité des cours de danse chez les garçons de 3 ou 4 ans. « Les parents sont touchés par ce qu’ils voient à Révolution et ils veulent initier leurs enfants. C’est un pas énorme ! Si on veut faire changer la société, c’est par les parents qu’il faut commencer. »

La finale de Révolution sera diffusée dimanche soir, à 19 h, sur les ondes de TVA.

L’effet sur les quatre finalistes de l’an dernier

Team White

Sacrés vainqueurs de la première saison, Alexandre et Katherine Leblanc ont depuis joué le rôle de chorégraphes pour le spectacle Rebel du Cirque du Soleil. Ils ont aussi chorégraphié le numéro d’ouverture du gala Artis 2019 et travaillé à titre de consultants pour la deuxième saison de Révolution. En 2020, ils seront à la fois danseurs et chorégraphes lors de la tournée réunissant les cinq finalistes de la deuxième saison.

Charles-Alexis Desgagnés

Le danseur contemporain s’est vu offrir un rôle dans le spectacle hommage à Serge Fiori lorsque les dirigeants du Cirque Éloize l’ont vu danser à Révolution. Depuis, des dizaines de milliers de spectateurs et la critique ont remarqué son talent dans Seul ensemble. Il a aussi présenté son premier spectacle solo, Mue érable, au festival Quartiers danses.

C4

La troupe de hip-hop a participé à un numéro spécial du gala Artis au printemps 2019, en plus d’être sollicitée pour plusieurs contrats d’entreprises dans tout le Québec. Les fans de la formation seront heureux d’apprendre que les filles travaillent à un spectacle qui débutera au printemps 2020.

Yoherlandy

Cet automne, Yoherlandy Garcia et Rahmane Belkebiche, qui avaient été réunis à l’étape des duos à Révolution, ont ému les juges de La France a un incroyable talent à Paris. Yoherlandy accompagne également Véronic DiCaire en tournée européenne.

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