Westmount

Indignation autour d’une maison patrimoniale en chantier

Au grand dam du voisinage, une maison à haute valeur patrimoniale dans un lieu historique national, qui appartenait autrefois à la famille Bronfman, a été partiellement démolie dans Westmount. Les travaux bien entamés prévoient la démolition de la façade, une nouvelle aile dans ce qui était autrefois un verger et l’aménagement d’une piscine creusée, ce qui a nécessité l’abattage d’arbres matures et l’installation d’un poteau électrique.

Le nouveau propriétaire a obtenu en bonne et due forme tous les permis de la Ville de Westmount, en conformité avec de vieilles règles de zonage délimitant en deux lots la propriété datant de 1904. Ces règles n’interdisent pas de réduire l’espace vert.

Mais, dans la rue voisine, c’est l’indignation chez les propriétaires dont la cour arrière donne directement sur la propriété bourgeoise située au 475, rue Roslyn, mise en vente au coût de 3,5 millions en 2013. Jusqu’à tout récemment, une rangée de feuillus gigantesques délimitait leurs maisons de la propriété de style colonial néerlandais d’une superficie de 9000 pi2, qui comprend neuf chambres et six salles de bains.

Judy Clark, qui vit depuis 40 ans dans le quartier, rue Lansdowne, songe à mettre sa maison en vente. « Je n’arrive pas à comprendre comment les élus ont pu permettre de tels travaux. Le quartier est dénaturé, c’est un non-sens. »

« Il ne s’agit pas ici d’une simple chicane de voisins, mais plutôt de l’impact d’une utilisation rétrograde d’un espace vert cautionnée par la Ville de Westmount. La maison était déjà assez grande, surtout dans le contexte d’un vieux quartier dense et résidentiel. »

— Éric Sutton, propriétaire d’un bungalow voisin

Joint par La Presse, le propriétaire de la maison, l’homme d’affaires Richard Benjamin Yufe, ancien militant en faveur d’un statut de cité-État pour Montréal, parle de quelques voisins récalcitrants. « Il s’agit d’une propriété privée, je ne comprends pas l’intérêt public », a-t-il insisté, précisant qu’une partie du voisinage s’était montrée favorable et qu’il avait un plan de reboisement comprenant des cèdres.

La Ville impuissante

À la Ville de Westmount, la mairesse Christina M. Smith, élue aux dernières élections, a transmis le dossier à son directeur de l’aménagement urbain. Ce dernier, l’urbaniste Tom Flies, a précisé que des inspecteurs visitaient trois fois par semaine le chantier dont les travaux doivent s’échelonner sur 18 mois.

M. Flies explique qu’avant d’être approuvé, le projet de transformation sur le terrain d’une superficie de 12 000 pi2 a été soumis dans les règles de l’art au comité consultatif d’urbanisme (CCU) de la Ville de Westmount. À la lecture des procès-verbaux des assemblées, il appert que le projet est conforme – il respecte le règlement de démolition (1317), le règlement sur les permis et certificats (1300) et ceux concernant le zonage, l’implantation, l’intégration architecturale et la construction.

« À Westmount, on a probablement l’une des meilleures expertises architecturales au Canada sur notre CCU. Même si on avait voulu, on n’aurait pas pu changer le zonage pour préserver l’espace vert. Les demandes de permis étaient déjà déposées. »

— Tom Flies, directeur de l’aménagement urbain à la Ville de Westmount

« Il faut comprendre que le zonage existant permet une construction au sol sur 40 % du lot où il y avait un parc. Le nouveau bâtiment n’occupe même pas 38 % du terrain », poursuit-il.

Rien d’anecdotique

Défenseur et promoteur du patrimoine bâti, urbain et paysager, le directeur des politiques chez Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, est allé s’enquérir de la portée des travaux dans le quartier historique national. Selon lui, il n’y a rien d’« anecdotique » dans cette transformation.

M. Bumbaru estime que ces travaux devraient servir d’exemple dans la réforme prévue des outils d’urbanisme à Montréal. Il rappelle qu’il est souhaitable de garder un grand jardin dans une zone urbaine. Qu’il y a lieu de se demander comment garder une faible densité dans le contexte actuel immobilier.

« La question se pose dans d’autres secteurs, notamment dans Outremont, sur la Côte-Sainte-Catherine aussi. On ne parle pas de la même valeur bâtie, mais on peut tracer un parallèle avec ce qu’on appelle les maisons “shoebox” et les demandes de démolition. »

Cela dit, le défenseur du patrimoine bâti parle d’un ajout « fignolé » en matière de travaux.

« On pourrait sûrement en débattre, mais il y a une bonne distribution des volumes, un certain soin dans le choix des matériaux. On a vu pire à Montréal. »

En ce qui concerne la nuisance causée par les travaux, le directeur de l’aménagement de Westmount estime que c’est un problème partout. « Il n’y a pas un endroit où on ne tente pas d’ajouter des étages au bâti existant ou d’agrandir à Montréal. Nous sommes débordés. Il y a matière à une vaste réflexion », estime M. Flies.

Les arbres

La Politique de l’arbre de Montréal sert de référence dans la région métropolitaine. Selon ses règles et critères, tout citoyen, toute entreprise ou toute institution désirant abattre un arbre situé dans la cour avant d’un terrain construit ou sur un terrain vacant devra obtenir un permis ou un certificat d’autorisation de son arrondissement.

Le 475, rue Roslyn

Cette résidence bourgeoise a été construite en 1904 pour le propriétaire John Cassils Hodgson. Elle se démarque de ses voisines par sa volumétrie peu commune. À l’origine, son toit était plat. L’ajout d’un toit mansardé et des cheminées lui ont donné un nouveau caractère. La présence de pilastres corinthiens encastrés dans l’oriel lui donne sa propre signature.

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