États-Unis

Les annonceurs de Fox News au cœur d’un bras de fer

NEW YORK — Les annonceurs de Fox News n’ont pas eu à faire un grand effort hier pour entendre un autre son de cloche. Ils n’ont eu qu’à regarder par les grandes fenêtres du siège de la chaîne à Manhattan, où les bonzes de la maison les avaient convoqués à une « réunion d’urgence ».

Sur une grande esplanade située entre l’immeuble et la 6e Avenue, des dizaines de manifestants brandissaient des pancartes traitant Fox News de chaîne « sexiste », « toxique » ou « intolérante » et scandaient un slogan sommant les annonceurs de « lâcher » la chaîne. Et une nuée de journalistes les entouraient pour rendre compte de ce énième bras de fer entre des militants de gauche et la chaîne préférée de Donald Trump.

« La question n’est pas de savoir si je suis d’accord ou non avec un point de vue politique. Le fait est que tous les mensonges que profère Fox News tout au long de sa grille horaire ont créé un environnement qui est dangereux pour l’humanité », a déclaré Lizz Winstead, une des manifestantes, qui est également cocréatrice de l’émission The Daily Show de la chaîne Comedy Central.

Reste à voir quel message les annonceurs retiendront.

Celui des dirigeants de Fox News faisait partie d’un effort pour recadrer l’image de la chaîne. 

Les annonceurs se sont fait expliquer hier que Fox News ne comptait pas seulement des conservateurs aveugles parmi son auditoire et pas seulement des partisans acharnés parmi ses animateurs et journalistes.

Cependant, les patrons de la chaîne ne pouvaient choisir pire moment pour lancer ce message. La semaine dernière, l’hebdomadaire The New Yorker a publié un long reportage accablant accusant Fox News de n’être plus qu’un organe de propagande au service de la Maison-Blanche. L’auteure de l’article, Jane Mayer, allègue notamment que la chaîne a refusé de diffuser pendant la campagne présidentielle de 2016 un reportage sur le paiement de 130 000 $ à l’actrice porno Stormy Daniels pour acheter son silence sur sa liaison présumée avec le futur président.

La journaliste muselée se serait fait dire par un supérieur de Fox News que Rupert Murdoch, propriétaire de la chaîne, « [voulait] que Trump gagne ».

Une semaine plus tard, deux animateurs de Fox News, Jeanine Pirro et Tucker Carlson, sont plongés dans des controverses qui ont incité des annonceurs à se dissocier de leurs émissions. Pirro a insinué que la décision de la représentante démocrate du Minnesota Ilhan Omar de porter le foulard islamique signifiait peut-être qu’elle donnait la préséance à la charia plutôt qu’à la Constitution des États-Unis.

Racisme et homophobie

Carlson est rattrapé pour sa part par une série de déclarations faites à la radio de 2006 à 2011 déterrées par Media Matters, instance de veille médiatique de gauche. On entend ainsi l’animateur tenir des propos racistes, misogynes et homophobes. Il rigole notamment en racontant que le présentateur du concours de beauté Miss Teen USA n’aurait pas de mal à convaincre une concurrente « stupide » de coucher avec lui. Il défend ailleurs un gourou polygame accusé d’avoir forcé une adolescente de 14 ans à épouser un cousin.

« Fox News tient aujourd’hui une réunion d’urgence parce que ses dirigeants savent que la chaîne est toxique », a déclaré Angelo Carusone, président de Media Matters, présent à la manifestation d’hier à New York. « Ils essaient aujourd’hui de vendre 75 % de leur inventaire publicitaire pour l’année prochaine. Ils ont perdu des centaines de millions de dollars en publicités l’an dernier. »

« Notre rôle est de continuer à faire pression auprès des annonceurs pour qu’ils cessent de soutenir ce que nous entendons chaque soir lors des émissions de Tucker Carlson, Laura Ingraham et Sean Hannity. »

— Angelo Carusone

Fox News s’est excusée à la suite des propos de Jeanine Pirro sur Ilhan Omar. Mais la chaîne continue à soutenir Tucker Carlson, qui est accusé par ses critiques d’être devenu la voix du nationalisme blanc sur Fox News.

« Nous ne pouvons permettre et nous ne permettrons pas que des voix comme celle de Tucker Carlson soient censurées par des campagnes d’intimidation organisées par les Moveon.org, Media Matters et Sleeping Giants », a affirmé Fox News dans un courriel.

Ménager la chèvre et le chou

Robert Thompson, professeur de communications à l’université de Syracuse, estime que Fox News ne lâchera pas Tucker Carlson tant que les circonstances ne l’y forceront pas, comme cela s’est produit avec l’une des plus grandes vedettes de l’histoire de la chaîne, Bill O’Reilly, viré pour harcèlement sexuel après des années de controverse.

« La plupart des téléspectateurs de Fox News n’ont aucun problème avec ce qu’ont dit Tucker Carlson et Jeanine Pirro », a-t-il confié lors d’un entretien téléphonique. « En fait, c’est en partie ce que dit Fox News tout au long de la journée. »

Les annonceurs, de leur côté, continueront de tenter de ménager la chèvre et le chou, selon le professeur de communications.

« Un annonceur peut publier un communiqué en annonçant qu’il répondra aux plaintes d’individus ou de groupes comme Media Matters en se dissociant de l’émission qui suscite la controverse. Mais il peut rester avec Fox News en déplaçant ses annonces vers d’autres émissions. Ce que Media Matters tente aujourd’hui d’accomplir, c’est de convaincre les annonceurs que Fox News en entier est toxique. On verra si ça marchera. »

La Californie suspend la peine de mort

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a annoncé hier un moratoire sur les exécutions qui bénéficiera aux 737 détenus dans le « couloir de la mort » de cet État, le plus grand contingent aux États-Unis. « La peine de mort est incompatible avec nos valeurs fondatrices et atteint au plus profond l’idéal que représente le fait d’être Californien », a déclaré M. Newsom, un démocrate. « Tuer une autre personne de façon intentionnelle est immoral. En tant que gouverneur, je n’autoriserai l’exécution d’aucun individu », a ajouté cet adversaire de longue date de la peine de mort, qui dirige la Californie depuis janvier. Le gouverneur a signé un décret mettant fin au protocole d’injection mortelle prévu dans l’État. L’annonce a été critiquée par Donald Trump sur Twitter.

— Agence France-Presse

À peine condamné, Manafort à nouveau inculpé

L’ancien directeur de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, n’en a pas fini avec la justice : il a été inculpé pour fraude hier à New York, le jour même de sa seconde condamnation pour des malversations débusquées dans le cadre de l’enquête russe. Une juge fédérale de Washington lui a infligé une peine de prison qui, ajoutée à une première sentence prononcée la semaine dernière en Virginie, le condamne à sept ans et demi derrière les barreaux pour diverses fraudes. Quasi simultanément, l’ancien consultant de 69 ans a été inculpé par un grand jury new-yorkais qui l’accuse d’avoir obtenu de manière frauduleuse des prêts immobiliers entre 2015 et 2017. Dans un échange avec des journalistes, le président américain s’est dit « très triste » pour Paul Manafort et n’a pas exclu de lui accorder une grâce. — Agence France-Presse

Le Pentagone ferme la porte aux personnes transgenres

Le Pentagone a annoncé hier une nouvelle politique qui limite strictement l’enrôlement de recrues transgenres aux personnes n’ayant pas médicalement changé de genre et n’ayant pas l’intention de le faire, les contraignant de facto à servir sous le genre qui leur a été attribué à la naissance. Cette nouvelle politique fait suite à une décision de la Cour suprême ayant autorisé l’administration de Donald Trump à refuser les personnes transgenres dans l’armée tant que se poursuivait la bataille juridique sur cette question éminemment politique. Désormais, seules les personnes n’ayant pas changé de genre et n’ayant pas l’intention de le faire pourront s’engager sous les drapeaux, à condition de le faire sous le genre qui leur a été attribué à la naissance, selon des documents publiés par le département de la Défense. — Agence France-Presse

Enquête pénale sur les pratiques de Facebook

Des procureurs fédéraux ont ouvert une enquête pénale autour des pratiques de Facebook, à propos du partage de données de ses utilisateurs avec d’autres entreprises à l’insu de ses usagers, a rapporté le New York Times, hier. Selon le quotidien, un grand jury à New York a exigé officiellement d’« au moins deux importants fabricants de téléphones intelligents » qu’ils fournissent leurs informations sur ce sujet. Facebook partage ou a partagé de nombreuses données personnelles avec des entreprises extérieures, dont les fabricants de téléphones intelligents, pour que ses services soient compatibles avec leurs systèmes d’exploitation ou diverses applications. La question étant notamment de savoir si cela s’est fait de façon transparente pour les utilisateurs. Facebook est soumis à un feu roulant de polémiques autour de l’usage des données personnelles de ses utilisateurs depuis le scandale Cambridge Analytica, il y a un an. — Agence France-Presse

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