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Le sextage a la cote chez les adultes

Un phénomène qui touche principalement les jeunes, le sextage ? Détrompez-vous. De nombreux adultes multiplient les photos et messages coquins pour émoustiller leur partenaire par écran interposé.

« J’ai souvent fait du sexting, dit Laurence*, 31 ans. Surtout depuis que je suis mère monoparentale. Comme je n’ai pas beaucoup d’opportunités de développer un flirt et de sortir plusieurs soirs par semaine, c’est un peu ma solution de rechange pour me sentir désirée. »

Si le sextage défraie généralement la chronique en raison de ses risques inhérents, notamment chez les adolescents, il recrute dans les coulisses un nombre important de disciples majeurs et vaccinés.

En 2015, aux États-Unis, une rare étude portant sur le sextage dans le couple évoquait une proportion de 75 % de joyeux adeptes. Ces derniers préfèrent les messages sexuellement explicites aux photos. Ils sextent aussi plus souvent dans le cadre d’une relation stable.

Entretenir la flamme

Selon Daniel, 41 ans et en couple depuis 10 ans, le sextage est un moyen privilégié pour entretenir le désir au quotidien.

« Il faut un minimum de flirt pour qu’une relation dure, dit-il. Par texte, tu as le temps de réfléchir au choix de mots. »

« Il y a des trucs qui érotisent à l’écrit, mais à l’oral, tu aurais juste l’air d’un tata ! »

— Daniel, 41 ans

Un gage de sexualité saine et épanouie, le sextage ? Possible, mais pas une panacée non plus. « Le sextage peut augmenter la satisfaction au sein du couple, à la condition que la relation se porte déjà bien, nuance Nathalie Legault, sexologue clinicienne et présidente de l’Ordre des sexologues du Québec. Ce n’est pas un sexto qui va régler un problème de libido, par exemple. La rétrospection est importante : quelles sont nos motivations ? »

Loin des yeux, proche de la caméra ?

Pour Hubert, 32 ans, le sextage est devenu un aphrodisiaque dans sa relation à distance : « Le sexting, ce n’était vraiment pas naturel pour moi. Ma blonde a initié les échanges, et c’est devenu un bon moyen de conserver une intimité malgré les kilomètres. Avec le temps, je crois que nous avons trouvé notre ton, notre approche à nous. »

Bien sûr, le sextage ne remplace pas le contact physique, mais il peut être un palliatif intéressant à court terme : « On rappelle ainsi qu’on pense toujours à l’autre, que c’est toujours lui qui occupe notre univers fantasmagorique », dit Nathalie Legault.

En théorie, le sextage est simple. On confie une inspiration fugace, une photo affriolante, et hop, la libido grimpe au plafond.

En pratique, c’est parfois plus fastidieux.

« Je passais des heures à prendre la photo idéale. Des photos esthétiques, qui en dévoilent juste assez. Je glissais parfois un clin d’œil que lui seul pouvait comprendre. Tout était mis en scène. On le savait tous les deux, on en riait ensemble. »

— Marisol, 37 ans, en fréquentation pendant un an

On filtre, on tamise, on étudie chaque allusion, chaque virgule… « Le sexting n’est pas nécessairement le reflet de la réalité », précise Nathalie Legault. À preuve, les angles renversés et les options de minutage de la caméra n’ont plus de secret pour les adeptes !

Tous ces efforts (et contorsions) en valent-ils la peine ? « J’ai adoré sexter et je recommencerais sans doute, une fois en couple, assure Marisol. Quand c’est souhaité et accueilli avec enthousiasme, c’est excellent pour l’estime ! »

Même si la relation est sécurisée, il faut tout de même se protéger des imprévus. « Des clients qui m’appellent en panique parce que leur enfant est tombé sur leur vidéo sexy en jouant sur leur téléphone, ça arrive », raconte Nathalie Legault.

À noter qu’on ne prend aucune photo explicite qui inclut aussi notre visage ou un trait distinctif et qu’on supprime tout à mesure pour éviter les mauvaises surprises. 

* Les prénoms des gens cités dans cet article ont été modifiés pour leur permettre de se confier en toute intimité. 

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