Lolë

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Derrière la porte

Le désert

Pause vous propose chaque samedi un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. 

CETTE SEMAINE : René*, début soixantaine

Le « désert ». C’est le mot précis qu’il emploie pour décrire sa vie de couple, depuis plusieurs années déjà. Et parce que son histoire a quelque chose de tristement « courant », il a aussi accepté de se raconter.

René*, début soixantaine, nous a donc donné rendez-vous un petit lundi midi pluvieux, au cœur du centre-ville. À son sourire franc et à sa poignée de main ferme, on devine tout de suite qu’on a affaire à un bon vivant.

Il se confie d’ailleurs sans gêne, franchement, généreusement. Surprenant, d’ailleurs, pour quelqu’un qui croyait n’avoir ici rien à nous raconter.

« Le désert ? Ça veut dire rien : aucune relation sexuelle ; aucune caresse ; aucun baiser ; aucun attouchement. On ne peut même pas se coller. Si je me colle, elle me dit : “Décolle”, ça vous donne une idée… »

— René, début soixantaine

Évidemment, ça ne le rend pas très heureux. « Ça me frustre au plus haut point. J’ai des besoins d’interaction. » Leur dernière « interaction », justement, a eu lieu il y a plus de trois mois. Et la précédente ? Ça remontait à plus d’un an. « On est rendus là. Aujourd’hui, ça m’attriste, dit-il. Mais est-ce que je serais plus heureux ailleurs ? Je ne suis pas si malheureux non plus… »

Pourtant, rien ne laissait présager un tel revirement dans leur relation. Quand ils se sont connus, se souvient-il, elle était plutôt portée sur la chose. Au point où c’est lui qui, à leurs débuts, avait peur de ne pas pouvoir « répondre à la demande ». « Je me cachais dans la garde-robe, illustre-t-il à la blague. C’était matin et soir. Au chalet. Tout partout. Mais pas dans des endroits saugrenus. On a roulé comme ça huit ans. Puis est arrivé notre premier enfant. »

Précision : oui, elle en redemandait à l’époque sans cesse, mais elle était par ailleurs « très conservatrice », confie-t-il. « Une seule position. C’est elle qui mène le bal. Elle qui détermine quand c’est terminé. Et il faut que ça se passe vite. » Quant à savoir si elle prenait son pied, « ça fait tellement longtemps, répond-il, mais je présume que oui ». Fin de la précision.

Une fois le premier enfant né, tout a changé.

« On était des parents. On n’était plus un couple. »

— René

Le petit a eu des soucis de santé à la naissance, et sa mère s’est sentie ici investie d’une « mission ». « Et c’est correct, précise René. Parce que sans ça, on n’aurait pas eu l’enfant qu’on a aujourd’hui. »

Quelques années plus tard, leur deuxième enfant est né. Et la situation a « dégénéré », dit-il, même s’il se reprend parce qu’il n’aime visiblement pas le mot. « Non, pas dégénéré. Mais disons que la situation, avec 30 ans de recul, a évolué avec le temps. » Dans les faits, les « rapports se sont espacés de façon régulière, sans qu’on se demande pourquoi »…

De son côté, René dit avoir tenté par différents moyens d’encourager les rapprochements. Mais qu’il s’agisse de se donner rendez-vous au resto, au cinéma, même carrément à l’hôtel, peu de succès. « Rien ne se passe, rien ne se crée, résume-t-il avec un certain détachement (résignation ?). Au resto, on discute des enfants. C’est la norme. Et c’est correct aussi, répète-t-il à nouveau, on doit le faire. » Mais à l’hôtel ? « Elle se couchait et dormait. Et comme je veux qu’on respecte mon sommeil, je respecte celui des autres… »

René a aussi tenté de suggérer une thérapie. À nouveau, sans grand succès. « Ce n’est pas moi qui ai un problème, c’est toi, lui répond-elle. T’inquiète pas, ça va revenir… »

Oui, mais quand ?

« Le temps passe et c’est irrémédiable. »

— René

René fonde toutefois beaucoup d’espoirs sur leurs prochaines vacances. Des vacances en duo. Les premières sans enfant, en plus de 30 ans de vie commune. « Ça va déterminer la suite des choses », croit-il.

Parce qu’il n’est pas fou. Les enfants sont maintenant grands. L’aîné vient d’ailleurs de partir en appartement. Le second a déjà la vingtaine entamée.

« On est à un threshold (un seuil). Le voyage arrive à point. Je suis conscient que ça peut amener quelque chose de positif. J’ai l’espoir que ça se peut. Il faut vraiment aimer sa conjointe pour voir ça positif de même, hein ? »

Si vous vous posez la question, non, il n’a jamais pensé la tromper. Parce qu’il est un homme de parole. « C’est la mère de mes enfants, résume-t-il, j’ai donné ma parole et il faut être conséquent. »

« Mais si ça ne fonctionne plus après que les enfants seront rendus autonomes, là, il y aura une autre discussion plus sérieuse. »

— René

Cela fait plus d’une heure qu’il se raconte. On a fait le tour du sujet. L’avenir dira si le voyage a porté des fruits. Ou pas. D’ici là : « Est-ce que je suis malheureux ? J’ai réussi à mettre sur terre deux enfants heureux, intelligents, qui réussissent très bien, conclut-il. Ça, c’est un autre problème… »

René nous quitte en souriant. Visiblement, il demeure confiant. « Je donne la chance au coureur, glisse-t-il en nous laissant. Je suis un drôle de moineau, hein ? »

* Prénom fictif, pour lui permettre de se confier en toute liberté et protéger son anonymat.

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