policier

Le meilleur du polar

Chaque mois, notre collaborateur vous propose une sélection des meilleurs romans policiers.

Pendez-les haut et court !

Le club des pendus

Tony Parsons

Éditions de la Martinière

330 pages

****

À Londres, une bande de justiciers a décidé de rétablir la peine capitale en prenant pour modèle le bourreau Albert Pierrepoint qui a exécuté par pendaison plus de 450 criminels au siècle dernier. Ils ont décidé de punir ainsi des délinquants dangereux qui ont réussi à échapper à la justice. Toutes les pendaisons sont mises en ligne sur YouTube. C’est au détective Max Wolfe, déjà rencontré dans Des garçons bien élevés (2015) et Les anges sans visage (2016), qu’il revient d’identifier et d’arrêter ces citoyens-vengeurs que le grand public salue comme autant de héros. La conscience plus tourmentée que jamais, Wolfe s’interroge sur les dysfonctionnements graves de la justice que lui et ses collègues frustrés constatent jour après jour. L’enquête que mènent Wolfe et son équipe les conduira dans les entrailles de la ville de Londres où se jouera un dénouement pour le moins surprenant. Quoique traitant d’une thématique déjà largement présente dans le roman policier (et le roman western !), Le club des pendus, de Tony Parsons, est un thriller bien ficelé qui accroche le lecteur dès les premières lignes et interpelle nos valeurs et notre conception de la justice !

Extrait

« L’homme se griffa le cou, l’égratigna, s’arracha des lambeaux de chair. Il agita violemment les jambes, tenta désespérément de crier sans qu’aucun son ne sorte de sa bouche si ce n’est ce gargouillement horrible provoqué par l’étranglement. Mais l’ardeur avec laquelle il se débattait ne fit qu’accélérer sa mort.

Il cessa de balancer les jambes. L’écran se figea, une petite tache de sang se colla sur l’objectif.

– Ils ne pouvaient pas se contenter de le poignarder ? éclatai-je en attrapant mon téléphone. »

Le retour de Jack l’Éventreur

Oscar Wilde et les crimes de la Tamise

Gyles Brandreth

Éditions Terra Nova

370 pages

****

Président de l’Oscar Wilde Society, Gyles Brandreth est l’auteur de sept romans policiers mettant en vedette Oscar Wilde, son ami Arthur Conan Doyle et leur entourage (dont Bram Stoker, l’auteur de Dracula). L’action d’Oscar Wilde et les crimes de la Tamise se situe à Londres, en 1894. Le célèbre écrivain et son ami Conan Doyle reçoivent une curieuse proposition de Melville Macnaghten, chef du département d’enquêtes criminelles de la Police métropolitaine : rouvrir l’enquête sur les crimes de Jack l’Éventreur, car deux nouveaux meurtres de jeunes femmes ont eu lieu et le modus operandi rappelle étrangement celui de Jack. Mélangeant habilement réalité historique et fiction romanesque, Gyles Brandreth nous convie à un passionnant voyage dans le temps aux côtés d’un Oscar Wilde brillant et fantasque qui nous régale de ses aphorismes grinçants, et qui, contre toute attente, va identifier le criminel le plus connu de tous les temps. Force est de reconnaître que la solution de l’énigme proposée dans cette fiction est plus plausible que tous les délires d’une Patricia Cornwell. Le titre anglais de cet excellent polar historique est Jack the Ripper, Case Closed. Affaire résolue ? Et pourquoi pas ?

Extrait

« Oscar fit mine de protester, mais Macnaghten l’arrêta.

– Vous avez le regard d’un poète monsieur Widle, ce qui vous permet de voir les faits, puis de faire preuve de bien plus d’imagination que les laborieux policiers que nous sommes. Les inspecteurs du Département d’enquêtes criminelles de Scotland Yard ne sont pas connus pour leur acuité intellectuelle, tandis qu’on vous considère comme l’un des esprits les plus brillants de votre génération. Vous avez très tôt connu les honneurs académiques, vous avez obtenu une mention très bien dans deux disciplines à Oxford. Pas moi. (Macnaghten tendit la main droite à Oscar.) Acceptez-vous de m’aider ? »

Montréal, scène de crime…

Vague d’effroi

Peter Kirby

Éditions Linda Leith

310 pages

****

À Montréal, à la veille de Noël, un tueur énigmatique assassine des sans-abri. Responsable de l’enquête, Luc Vanier subit la pression de sa hiérarchie qui exige des résultats rapides. Dans la première partie, l’inspecteur découvre le monde étrange des sans-abri et des soupes populaires, une expérience éprouvante que Kathy Reichs a appelée « une traversée saisissante des profondeurs sombres et brutales de Montréal », alors que sévit un froid glacial. Peu à peu, alors que les langues se délient et que les meurtres se multiplient, les policiers sont amenés à se tourner plutôt vers les sphères de la haute société québécoise et de l’Église catholique, où ils vont mettre à jour des scandales de corruption, des magouilles immobilières et autres secrets sordides. Plusieurs auteurs de polars ont choisi Montréal comme scène de crime, notamment l’Américain Trevanian, Marie-Ève Bourassa, Maxime Houde, Hervé Gagnon, Jean Charbonneau ou Jacques Savoie, mais rarement la ville aura-t-elle eu une présence aussi prenante que dans Vague d’effroi, du Montréalais Peter Kirby, dont le titre anglais, The Dead of Winter, traduit mieux l’ambiance glaciale et funèbre qui imprègne cet excellent roman noir.

Extrait

« Nelson s’accroupit et se mit au travail. Il souleva les couches de couvertures. Un autre visage buriné, sillonné de rides profondes. Un homme dans la quarantaine, ou peut-être plus jeune. Les gens de la rue vieillissent vite. Vanier examina le corps et se demanda comment une personne allongée sur le ciment pouvait se garder au chaud dans la nuit glaciale de Montréal. Malgré les multiples épaisseurs, les journaux glissés contre la peau, la chemise, les pantalons, un chandail, un manteau et les couvertures sales, le froid finit par s’infiltrer jusqu’au milieu du corps. Comment un homme arrive-t-il à dormir ainsi, sans se faire réveiller par le froid ? »

Quand « Je » est une autre…

La femme secrète

Anna Ekberg

Cherche Midi

477 pages

*** 1/2

A priori, les choses sont claires, car Helen Söderberg passe aux aveux : « Oui, j’ai tué Louise Andersen ! » Affaire réglée ? Oh que non, puisque Helene est Louise, ou inversement… Mais attention, La femme secrète, d’Anna Ekberg, n’est pas une banale histoire de folie ou de dédoublement comme on en trouve trop souvent dans le polar contemporain. Avec son imagination débordante et retorse, l’auteur nous plonge au cœur d’une intrigue labyrinthique avec comme thème central une recherche d’identité des plus passionnantes. Louise Andersen vit paisiblement dans un petit village retiré sur l’île de Borholm, au Danemark, en compagnie de Joachim, un écrivain. Leur histoire d’amour est perturbée par l’arrivée d’un étranger qui prétend reconnaître Louise. Il affirme qu’elle est en fait Helene, son épouse disparue sans laisser de traces, trois ans plus tôt. Dès lors, tout bascule et la vie de cette femme, désormais en perte de repères, prend une allure cauchemardesque quand resurgit tout un passé qu’elle pensait disparu à jamais. Je ne raffole pas du polar qualifié de « noir domestique », mais cette histoire bien ficelée déjoue toutes les attentes du lecteur, malgré un dénouement que l’on qualifiera poliment de « hollywoodien » !

Extrait

« Joachim pousse un profond soupir. Sa petite incursion dans le monde de la mythologie grecque n’a pas amélioré son humeur. Il jette un regard autour de lui à l’affût d’un signe. D’une trace. De quelque chose qui pourrait lui expliquer le mystère de la femme qu’il croyait connaître. Est-elle vraiment mariée ? Appartient-elle à un autre homme ? À Edmund Söderberg ? C’est à peine croyable. Pourquoi justement un homme comme lui ? On ne trouverait pas meilleur équivalent de Ménélas dans tout le Danemark. Riche. Aussi puissant qu’un roi. Dans ce cas, qui est Joachim ? Pâris, qui a ravi Hélène à Ménélas ? Non. Il se sent plus proche d’Ulysse. »

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