LA PÉDIATRE RÉPOND

Faites un pied de nez à l’herbe à poux

La première semaine d’école tire à sa fin. Vous êtes tout à fait ravi que votre petit Simon, 8 ans, se retrouve cette année dans la classe de Mme Hélène, professeure d’expérience appréciée de tous. À la sortie de la cour, elle vous salue et vous dit discrètement : « Ce ne serait pas une mauvaise idée de donner à Simon une autre boîte de mouchoirs, ses allergies sont venues à bout de la première ! » Ses allergies ?

À bien y penser, Simon vous présente le copié-collé de ce scénario, à plus ou moins la même époque, depuis maintenant trois ans : un nez qui coule comme un robinet, des éternuements en abondance et des yeux rougis, légèrement bouffis, suggérant à tort un petit bonhomme qui arrive de reculons aux premiers jours de classe. Vous vous disiez que le complot du gros rhume semblait s’acharner sur votre champion à chaque rentrée scolaire… mais peut-être bien que Mme Hélène a ici une piste !

C’est vrai que les symptômes d’une rhinite allergique ressemblent à s’y méprendre à ceux d’une infection virale comme le rhume. Toutes deux entraînent un écoulement et une congestion nasaux, des éternuements répétés et parfois une légère toux. Il est donc parfois difficile de faire la part des choses.

Cependant, ce qui vend indiscutablement la mèche, ce sont ces pénibles démangeaisons qui rendent votre Simon si misérable. Non seulement le petit nez allergique pique, mais il s’accompagne bien souvent aussi d’une gorge qui pique, d’un palais qui pique et, comme vous avez pu le constater, d’yeux qui piquent, larmoient, gonflent et rougissent. D’où le triste minois cerné de votre coco et la franche compassion de Mme Hélène. À noter, de plus, les allergies respiratoires n’occasionnent aucune fièvre et ne sont pas contagieuses, contrairement à nos charmants amis viraux qui ne se privent pas.

Bon, de toute évidence, Simon coche toutes les cases du fameux rhume des foins. Mais pourquoi lui et pas sa grande sœur Madeleine ?

Une allergie se produit lorsque notre système immunitaire se défend vigoureusement contre un allergène perçu un peu injustement comme un ennemi.

Je m’explique : le pollen qui atteint les narines de Madeleine n’est pas perçu par son système immunitaire comme pouvant être nuisible à sa santé. Cette rencontre n’engendre donc pas de réaction particulière, car le pollen est « toléré » par ses mécanismes de défense. Dans le nez de Simon, c’est une tout autre histoire : le même pollen, complètement inoffensif chez Madeleine, déclenche une attaque de son système immunitaire qui le perçoit comme un agresseur. S’ensuit toute une cascade de libération de substances responsables du « ça coule » et « ça pique », dont la grande vedette est l’histamine.

Plusieurs allergènes peuvent jouer le rôle de déclencheur : 

• les pollens, comme pour Simon. Il peut ici s’agir de pollens d’arbres (érables, bouleaux, chênes, frênes, hêtres, peupliers, ormes) de mars à juin, de pollens de gazon (graminées) de mai à août ou de pollens d’herbe à poux d’août à octobre ;

• les squames (pellicules) de pitou, minou et compagnie ;

• les moisissures ;

• les acariens, de minuscules insectes présents dans la poussière et dans les endroits chauds et humides comme le matelas et se nourrissant de particules de peau morte.

Visiblement, c’est ici l’herbe à poux qui donne du fil à retordre à votre grand garçon, mais parfois, l’enquête se révèle moins concluante. Il peut même s’agir, comme dans un examen à choix multiples, du coupable A, B, C, D… ou – misère – de plusieurs ou de toutes ces réponses. Heureusement, des tests cutanés peuvent nous aider à trouver les allergènes en cause : on dépose sur la peau des gouttelettes qu’on effleure ensuite à l’aide d’une minuscule aiguille, afin que l’allergène testé puisse y pénétrer légèrement. Une réaction immédiate sous forme de boursouflure permet alors de distinguer les responsables des innocents.

POUR AIDER SIMON

Maintenant, aidons Simon à respirer le bonheur. Évidemment, l’idéal serait que les pollens de l’herbe à poux se tiennent bien loin de son système respiratoire. Le casque de Neil Armstrong serait parfait, mais je doute que votre champion soit d’accord. On peut tout de même ne pas tourner le fer dans la plaie en fermant, si possible, les fenêtres durant les périodes de forte concentration des pollens dans l’air. Informez-vous de ces indices sur les sites de prévisions météorologiques de votre région. Dans la même optique, préférez la sécheuse à la corde à linge extérieure durant cette période. Simon fait partie de l’équipe de soccer de votre quartier… et il menace de vous renier si vous l’empêchez de participer à ses matchs ? Faites un compromis, demandez-lui de ne pas mettre le nez dehors avant l’après-midi afin de limiter l’exposition. Des lunettes de soleil peuvent aussi lui donner un petit coup de pouce.

Mais encore ? Votre première ligne d’intervention médicamenteuse s’adresse au chef de file de la réaction allergique, l’histamine. Toute une gamme d’antihistaminiques est offerte en vente libre : consultez votre pharmacien qui pourra vous guider entre sirops, comprimés, effet 6, 12 ou 24 heures, avec ou sans somnolence, et les multiples parfums. Il existe aussi des gouttes optiques aux propriétés antihistaminiques, histoire de rendre à Simon ses yeux rieurs.

Peuvent s’ajouter ensuite à l’arsenal thérapeutique les corticostéroïdes en inhalation (Nasonex, Nasacort, Flonase, Avamys, etc.). Le terme « stéroïdes » a l’habitude de freiner les ardeurs, mais, bien utilisées, ces substances s’avèrent non seulement très efficaces, mais aussi tout à fait sûres. Discutez avec votre médecin de la pertinence de les ajouter au traitement de votre coco, car vous avez ici besoin d’une ordonnance.

Dans l’éventualité où vous pensez sérieusement à appeler à la NASA pour un casque, une désensibilisation peut être une solution envisageable. Un protocole, établi avec l’aide d’un allergologue, exposera Simon à des doses croissantes d’allergènes afin de le rendre graduellement tolérant aux pollens malfaiteurs. Cependant, pas de fausses promesses : même cette approche thérapeutique ne garantit pas à tout jamais un mois d’août sans boîte de mouchoirs.

Finalement, le premier gel a ses bons côtés !

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