La pédiatre répond

Le dilemme de la première bouchée

« Je ne comprends pas qu’à son âge, elle ne mange ni potage ni pablum… » Cette phrase, vous l’avez sûrement déjà entendue. Vous regardez votre petite Élodie, de presque 5 mois, qui n’a rien d’un bébé chétif et malheureux. À qui se fier pour déterminer le bon moment pour diversifier son menu ? Revue des dernières recommandations.

Vous êtes conseillés de toutes parts, de bonne foi certes, mais non sans vous laisser un peu déconcerté devant autant d’avis parfois contradictoires. Petit brin d’histoire… Au début du siècle dernier, les petits avaient droit à leur première cuillerée d’aliment « solide » uniquement après avoir soufflé leur première chandelle. Cinquante ans plus tard, rares étaient les bébés qui dépassaient 14 jours de vie sans avoir goûté à leurs premières céréales. Puis, depuis quelques années, vous craignez presque un casier judiciaire si vous osez entreprendre la diversification alimentaire avant que votre puce n’ait atteint ses 6 mois. Difficile à suivre, ces tendances… Mais, simple rumeur ou il y a encore du neuf ? Oui ! Et pour le mieux. On a enfin demandé à bébé Élodie de nous donner son point de vue !

La première question à se poser reste la même ; quel est le bon moment pour offrir plus que du lait à votre chérie ? La réponse est simple : lorsqu’elle vous fera part de ce besoin et qu’elle sera prête physiquement à franchir cette étape. Il n’y a donc pas de bonne réponse, pas de chiffre magique applicable à tous.

On sait que le système digestif de cocotte n’est certainement pas en mesure de composer avec du pâté chinois à 1 mois : d’abord, le steak-blé d’Inde-patate interférerait avec sa consommation essentielle de lait, et Élodie doit atteindre la maturité développementale nécessaire afin d’apprécier à juste titre cette aventure gastronomique.

Ce n’est donc probablement pas une coïncidence si les besoins nutritionnels de mademoiselle changent et évoluent au moment où elle démontre les aptitudes physiques lui permettant de relever ce défi, c’est-à-dire autour de 6 mois.

Alors, le temps est-il enfin venu de dévoiler la belle petite assiette reçue comme cadeau de naissance ? Pour ce faire, regardez d’abord si Élodie maîtrise bien les mouvements de sa tête et est en mesure de rester solidement en position assise dans sa chaise haute. Souvent, c’est Élodie elle-même qui vous donnera le coup d’envoi : si vous la voyez dévorer des yeux ce que vous avez dans votre assiette, suivre le trajet de votre fourchette et vous regarder d’un air « tu te moques de moi ou quoi ? » parce que vous ne lui en offrez pas, elle est prête.

Ne commencez pas trop tôt, vous risquez d’être déçu par son manque d’enthousiasme, mais pas trop tard non plus, car elle pourrait non seulement développer certaines carences nutritionnelles, mais aussi devenir trop confortablement accrochée à ses tétées.

MANGER, OUI, MAIS QUOI ?

Bon, maintenant que vous avez le feu vert, par où commencer ? Afin de pouvoir supporter sa production d’hémoglobine – et éviter l’anémie – , Élodie aura besoin d’un apport accru en fer au cours des prochains mois. Ses premiers aliments devraient donc en être riches : céréales enrichies, viande, volaille, poisson, œufs, légumineuses et tofu. C’est vrai, il est un peu contre-intuitif de passer du lait à la purée de dinde en guise d’introduction. Mais une fois cette catégorie intégrée quotidiennement à sa diète, vous pouvez y ajouter rapidement ce que bon vous semble. Pardon ? Pas de programme établi ? Eh non. De nouveau, faites confiance à votre petite voix et aux goûts manifestes de cocotte : légumes, fruits, produits laitiers, rien n’est exclu. 

Les craintes et restrictions concernant les aliments considérés comme potentiellement allergènes ont d’ailleurs été levées, ce qui vous donne champ libre !

Même liberté en ce qui concerne la fréquence et la quantité d’aliments proposés. Vous me l’avez peut-être entendu dire : vous êtes les chefs de la qualité, Élodie est la chef de la quantité. Apprenez à reconnaître les signes de satiété chez votre chérie. Si elle tourne la tête en gardant ses lèvres bien fermées, elle n’a probablement plus faim.

Dès le début, n’hésitez pas à offrir à Élodie des purées moins lisses : par exemple, une banane mûre ou des carottes bien cuites écrasées à la fourchette habitueront votre puce à diverses textures. Cela dans l’optique, bien sûr, de l’amener doucement, mais sûrement à manger grosso modo le même repas que le reste de la famille vers l’âge de 1 an. Et même si ses petits hauts le cœur occasionnels vous donnent la frousse, dites-vous que ce réflexe normal la protège des étouffements.

Ces nouvelles recommandations en accord avec celles de Santé Canada se retrouvent, entre autres, dans la toute fraîche édition 2015 du Mieux vivre avec notre enfant, de la grossesse à 2 ans, véritable bible du tout-petit remise à la naissance (et aussi accessible pour un téléchargement sur le web).

Un dernier conseil : soyez patient. Les goûts ne sont pas innés, ils se développent avec le temps. Amusez-vous !

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