Derrière la porte

Les multiples orgasmes de Caroline

Pause vous propose chaque samedi un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.

CETTE SEMAINE : CAROLINE*, 55 ANS

Caroline* a hésité longtemps avant de nous contacter. C’est que le sujet n’est pas évident à aborder. Ne se discute pas avec n’importe qui. N’importe comment.

« J’ai découvert que j’étais multiorgasmique », nous a-t-elle finalement écrit. Multi, comme dans multiple. Vraiment multiple. Du genre tellement multiple qu’elle a arrêté de compter.

Un petit jeudi soir, la secrétaire d’une cinquantaine d’années nous a donc donné rendez-vous dans un restaurant pour nous raconter son histoire. « Même si je voulais m’en vanter, personne ne voudrait me croire ! »

Une fois, une seule, elle a tenté de se confier. À une collègue. Mais quand elle a abordé ses « 12 à 20 orgasmes, en moyenne, chaque fois », elle a reçu un dubitatif : « Sais-tu au moins c’est quoi, un orgasme ? »

« J’ai 55 ans. Je pense que je sais c’est quoi, un orgasme. »

— Caroline

Fin de la (brève) discussion.

À savoir : non, il n’en a pas toujours été ainsi. Même si, d’aussi loin qu’elle s’en souvienne, Caroline a toujours aimé « ça ». Sauf qu’avec le père de ses enfants, elle a mis entre parenthèses sa vie (ou du moins son plaisir) sexuelle. « C’était plutôt plate, résume-t-elle. Genre comme dans les films. Je regardais le plafond parce que j’avais hâte que ça finisse. […] Mais c’était un moment de ma vie. Je voulais des enfants et lui aussi. »

L’homme de sa vie

Trois enfants et des années de mariage plus tard, ils ont divorcé pour différentes raisons, dont celle-là.

Et puis rapidement, Caroline a eu une aventure « très » satisfaisante, avant de rencontrer celui qui allait devenir son deuxième mari : « l’homme de [sa] vie ». Précision : l’homme de sa vie, mais pas encore celui des orgasmes multiples. Nous y viendrons.

Toujours est-il que cette fois-ci, « c’était vraiment extraordinaire ». Ils faisaient l’amour tous les jours, ou presque. S’entendaient à merveille, sur tout. Et ses orgasmes (comme c’est le sujet du jour) ? « De plus en plus forts. Mais je n’en avais pas nécessairement plus d’un », précise-t-elle.

« Après un, j’arrêtais. Je ne sais pas pourquoi. Comme si je n’étais pas capable d’en prendre plus. »

— Caroline

Ils ont été mariés et follement amoureux 12 ans. « Et puis il est tombé malade… » Un cancer du poumon. Trois mois après le diagnostic, elle l’enterrait.

Son visage s’assombrit. « La tête me tourne encore… Ça m’a pris plus de quatre ans avant d’enlever mon alliance… »

Le « match »

Au bout de six ans de « désert » amoureux et sexuel, à la suite des conseils insistants de ses amies, Caroline a fini par se laisser convaincre : elle s’est inscrite sur un site de rencontre. Mais comme elle ne voulait rien de sérieux, c’est sur Tinder qu’elle a abouti. « Je ne voulais pas m’investir. J’ai eu tellement de peine longtemps… »

Si elle avait su. Plus d’un an plus tard, elle fréquente encore son premier « match ». Comment elle l’a choisi ? C’est le premier qui lui a écrit. Deux jours après, ils se sont rencontrés dans un café. Et le week-end qui a suivi, il l’a invitée dans un chalet.

Pour organiser le séjour, ils se sont textés beaucoup, se souvient-elle. De texto en texto, « plus ça allait, plus c’était hot » : « C’est quoi tes zones les plus érogènes ? », « Qu’est-ce que tu aimes le mieux ? », « Est-ce que tu viens facilement ? » De toute évidence, l’homme voulait être informé.

Le week-end en question, après une baignade et un repas aux chandelles, son Tindate l’a finalement embrassée. Tout délicatement. Pas n’importe où : dans le cou. « Ça m’a fait fondre, drette là », rougit-elle.

« Et puis, il a pris tellement de temps pour me déshabiller, j’ai failli pogner les nerfs ! »

Elle s’en souvient encore. « Mon corps réagissait au quart de tour. »

« Les orgasmes se sont empilés : sept, huit ! Comme si, après un, il ne se laissait pas décourager. Et moi, ça a l’air que je n’en avais pas eu assez, parce que je ne le repoussais pas. »

— Caroline

Non, ça ne lui était jamais arrivé. « Jamais, même proche, répète-t-elle. Huit ! Écoute, j’ai tellement dormi ensuite ! », rit la femme ménopausée, qui connaît aujourd’hui le meilleur sexe de sa vie.

À noter : ce premier soir-là, il n’y a pas eu pénétration. Caroline était trop stressée, croit-elle, et du coup, trop serrée. Le lendemain ? « C’est reparti, rit-elle, la gêne visiblement tombée. Je suis partie de là, j’étais sur un nuage… » Douze orgasmes plus tard…

« Je ne sais pas si ce sont ses qualités à lui. Ou le fait que je me sois laissée aller, dit-elle. Je ne sais pas : est-ce que ce sont les positions, la longueur, la forme, où ça accote ? J’ai arrêté de me poser des questions : qu’est-ce qu’il fait de différent ? »

De découverte en découverte

Depuis, ça ne dérougit pas. Elle arrive désormais à jouir durant la pénétration (une première), à répétition, et même sans stimulation génitale, en se faisant simplement caresser les seins. « On a découvert ça de façon fortuite », rit-elle, en comparant ses orgasmes à tantôt des « vagues », tantôt des « raz-de-marée ».

« En tout cas, je dors super bien, ça, je peux te le dire. Je m’endors assommée toutes les fois ! »

— Caroline

Aujourd’hui, Caroline se questionne. C’est que depuis toujours, elle se voit comme une fille plutôt « sage » : elle ne boit pas, ne fume pas, ne joue pas. Et là, pour la première fois de sa vie, elle a l’impression de toucher à une « drogue ». Et oui, ça lui fait un peu peur. « Si un jour je ne suis plus avec lui, est-ce que je vais encore trouver ça intéressant […], est-ce que je vais être capable de me passer de lui ? […] Est-ce que je vais réagir en nounoune et courir après lui, est-ce que je vais m’accrocher à ses baskets ? »

* Pour des raisons de confidentialité, Caroline est un nom fictif.

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