ÉDITORIAL PAUL JOURNET

POSTES DANS LA HAUTE FONCTION PUBLIQUE Retour au bon sens

Finalement, la fonction publique est moins partisane que ne le laissait entendre la Coalition avenir Québec (CAQ).

En campagne électorale, la CAQ promettait de passer au tamis la haute fonction publique. Son chef François Legault voulait que la vérificatrice générale réévalue certains postes stratégiques, comme les sous-ministres et les directeurs d’« organismes publics d’importance ».

Cet engagement posait problème pour deux raisons. D’abord, la vérificatrice générale est une comptable – l’évaluation qualitative des hauts fonctionnaires ne relève pas de son expertise et encore moins de son mandat. Ensuite, M. Legault laissait planer un certain discrédit sur la fonction publique.

Hier en conférence de presse, la CAQ a heureusement ajusté le tir avec une proposition pleine de bon sens.

Pour se pencher sur les hauts fonctionnaires, M. Legault fera plutôt appel à leur patron, le nouveau secrétaire général. Et son mandat sera ciblé.

On lui demandera de penser d’abord à l’avenir, en revoyant le mode de nomination pour le rendre plus indépendant et transparent.

Bien sûr, le secrétaire général pourra aussi s’assurer que les hauts fonctionnaires en place sont compétents et à l’aise avec les orientations du nouveau gouvernement. Mais cela ne fait pas partie du mandat de son rapport. On évite l’impression du grand ménage.

Autre décision sage, la CAQ renonce à « réévaluer » les chefs de la Sûreté du Québec (SQ) et du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Le mois dernier, le chef caquiste ouvrait la porte à un possible changement à la tête de ces corps policiers. Or, dégommer un chef de police n’est pas un geste anodin. Il faut des motifs sérieux pour éviter toute perception d’ingérence. Autre source d’irritation : c’est d’abord la Ville de Montréal qui devrait décider du sort du SPVM. La CAQ renonce maintenant à s’ingérer dans ce dossier de la mairesse Plante, et elle ne met pas les autres patrons de police sur un siège éjectable.

La CAQ s’appliquera plutôt à changer le mode de nomination des chefs de police (UPAC et SQ). Comme prévu, elle veut que le choix soit entériné par les deux tiers de l’Assemblée nationale.

Nous avons déjà exprimé nos réserves relativement à à ce procédé, qui incite au marchandage en coulisses, où la compétence n’est pas le seul critère évalué. Reste que ce risque sera atténué si le gouvernement caquiste maintient les comités d’experts indépendants, et si les élus font ensuite leur choix à partir de la courte liste dressée par ces comités.

Le premier test viendra d’ailleurs bientôt – le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, quittera son poste dans un mois.

Le gouvernement Legault rassure en changeant de ton et en ajustant ses promesses pour les rendre applicables. Cela renforcera nos institutions. Mais il aurait été préférable de moins les affaiblir en campagne électorale en laissant planer les soupçons.

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Le rapport oublié

Au lieu de commander un nouveau rapport, le gouvernement caquiste aurait pu s’inspirer du rapport Perrault sur les nominations partisanes, déposé en 2013. Plusieurs de ses recommandations restent pertinentes.

Parmi elles : 

 – Changer la Loi sur la fonction publique pour clarifier les critères d’embauche aux emplois supérieurs ;

 – Exiger une évaluation indépendante pour chaque candidat ;

 – Attendre qu’un haut fonctionnaire soit en poste depuis une « durée significative » avant de bétonner sa sécurité d’emploi ;

 – Mettre fin aux indemnités de départ ou de transition pour les hauts fonctionnaires qui démissionnent avant la fin de leur mandat ou qui acceptent un autre poste dans le secteur public ;

 – Ne pas renouveler un mandat à moins de trois mois des élections.

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