Série de la semaine

La ville qui ne sombre pas

13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur
Sur Netflix
1 saison, 3 épisodes

En cet âge d’or des séries, La Presse+ décortique une série qui vaut le coup d’œil.

Deux frères, deux attentats

En 2001, les documentaristes Jules et Gédéon Naudet tournaient un documentaire sur les jeunes pompiers recrues de New York. Ils ne se doutaient pas qu’ils allaient filmer ce qu’on peut probablement considérer comme les images d’archives les plus saisissantes des attentats du 11 septembre. Alors que l’un des frères est sur les lieux d’une fuite de gaz, sa caméra filmera la seule image du premier avion qui a percuté l’une des tours du World Trade Center (WTC). Mieux (ou pire) encore, pendant que Gédéon restera au poste, Jules suivra les pompiers au WTC et captera les moindres minutes de ce qui se passait à l’intérieur, échappant miraculeusement aux effondrements. Cette journée terrible a donné le documentaire New York : 11 septembre, qui a été diffusé en 2002 à CBS. On devine que les deux frères, témoins de cet acte terroriste d’une ampleur jamais vue sur le sol américain, ont eu envie d’apporter leur talent à un autre drame, lui aussi de grande ampleur, soit les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. D’ailleurs, leurs contacts avec les pompiers les ont aidés pour leurs interviews avec les premiers intervenants de ce soir funeste pour ce film de trois heures, offert en trois parties sur Netflix, qu’est 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur.

La devise de Paris

Mais que veut dire ce « Fluctuat Nec Mergitur » qui coiffe le titre du documentaire ? Il s’agit de la devise de la ville de Paris, en latin, qui signifie « il est battu par les flots, mais ne sombre pas », et que l’on retrouve d’ailleurs sur les casques des pompiers. On a vu cette devise sur des banderoles un peu partout à Paris dans les semaines qui ont suivi les attentats. Et c’est à cet esprit que les frères Naudet ont voulu rendre hommage dans leur film, pas du tout racoleur, qui donne essentiellement la parole à une quarantaine de personnes, survivants, premiers répondants et quelques politiciens (notamment l’ex-président François Hollande et la maire Anne Hidalgo), avec très peu d’images du carnage. Nous vivons donc minute par minute, uniquement par leurs mots, ce qui s’est passé ce soir-là, qui ne semblait pas avoir de limite dans la violence et l’horreur. Les frères Naudet ont expliqué avoir créé une espèce de cocon pour chaque personne interviewée, qui se livrent avec beaucoup de liberté et d’émotions à la caméra. Le montage fait que l’on suit le fil des événements au plus près de ce que les survivants ont vécu personnellement. Le résultat est plus que bouleversant.

C’est l’amour qui triomphe

Des kamikazes qui se sont fait sauter au Stade de France aux terrasses qui ont été mitraillées en passant par le Bataclan, les survivants racontent la sidération, la peur, la douleur, mais aussi la solidarité et le courage. Le récit de la prise d’otages au Bataclan est à glacer le sang. Il contient même quelques traits d’humour, qui soulignent le sentiment d’absurdité absolue vécue par moments dans cette situation atroce – et on découvre en entendant certains détails le vide et la stupidité de ces jeunes terroristes qui n’ont pas d’autre but que de tuer. On sent que chez certains survivants, les plaies sont toujours vives, qu’ils luttent encore pour s’en sortir, tandis que d’autres ont trouvé dans ce traumatisme une raison de vivre encore plus intensément, parfois en mémoire de ceux qui n’ont pas, comme eux, été épargnés. On sent un certain mépris envers les assaillants, mais peu de haine, car les gens sont tournés vers ce qui les maintient debout malgré tout. Comme le dit avec conviction l’une des survivantes du Bataclan, qui s’en est sortie avec son mari : « À la fin, c’est toujours l’amour qui triomphe. » Le documentaire 13 novembre : Fluctuat Nec Mergitur est à voir – et surtout à écouter – pour bien saisir la dimension cruelle de ces attentats, mais aussi pour comprendre à quel point l’humanité peut se révéler malgré l’horreur.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.