Infrastructures collectives

« Le monde bouge trop vite » pour les États, selon Sabia

Le président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, qui prenait la parole publiquement une dernière fois avant son départ, a fait un constat inquiétant pour ceux qui déplorent l’érosion de la souveraineté des États. 

Jeudi midi, dans un discours qui faisait office de bilan de ses années à la tête du bas de laine des Québécois, le président et chef de la direction a parlé de la guerre larvée entre les États-Unis et la Chine, du virage vert de la Caisse et de la fierté retrouvée au sein de l’institution, devenue véritablement mondiale. Mais, c’est à un autre élément de son discours que l’on fait écho aujourd’hui.

Les fonds souverains, les caisses de retraite et autres investisseurs institutionnels comme la Caisse sont appelés à prendre la relève des gouvernements, devenus incapables de livrer les infrastructures dont leur population a besoin.

« Chaque époque doit faire face à ses propres défis », a dit M. Sabia devant le Cercle canadien, réuni au Palais des congrès de Montréal. Mais cette fois-ci, il y a une différence cruciale. Par le passé, les gouvernements représentaient souvent la réponse collective à ces défis. Aujourd’hui, seuls ou même ensemble, les gouvernements sont de moins en moins capables d’agir efficacement sur plusieurs questions urgentes. Le monde bouge trop vite. Plusieurs gouvernements n’arrivent pas à répondre aux besoins assez rapidement. 

« Voilà la dure réalité de notre époque. Les problèmes d’aujourd’hui sont les problèmes de tout le monde. On doit tous contribuer à leur résolution, y compris les investisseurs. Pas par noblesse, mais parce que c’est dans notre intérêt à tous. »

— Michael Sabia, président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec

« Le monde a besoin des investisseurs qui pensent au-delà du prochain trimestre. Les caisses de retraite, les compagnies d’assurances, les fonds souverains possèdent des capitaux en croissance qui visent le long terme. Ensemble, les investisseurs institutionnels de par le monde ont plus de 80 000 milliards d’actif sous gestion. Ils peuvent changer la donne. Mais nous devons faire plus qu’investir, faire mieux. Nous devons investir avec conviction de façon constructive », a insisté M. Sabia.

Dommages collatéraux

M. Sabia n’a toutefois pas abordé les enjeux que pose cette perte de souveraineté des États quand le pouvoir décisionnel entourant la construction des infrastructures collectives échappe aux élus.

Par exemple, la Caisse construit le Réseau express métropolitain, train léger sur rail automatisé de 67 kilomètres de long dans la région de Montréal.

Comme on a pu le lire dans des articles parus dans La Presse depuis octobre, l’investisseur institutionnel responsable de la construction de cette infrastructure collective ne semble guère se soucier des dommages collatéraux causés par ses actions sur les citoyens, que ce soit à Mont-Royal, dans la couronne nord de Montréal ou dans les villes de l’Ouest-de-l’Île.

Selon le grand patron de la Caisse de dépôt, ces récriminations qui se font entendre aujourd’hui ne sont ni plus ni moins que des œufs que l’on doit casser lorsqu’on cuisine une omelette.

Dans une mêlée de presse après son discours, M. Sabia est resté impassible quand La Presse l’a questionné sur les doléances des maires qui se plaignent que son institution fait semblant de les écouter pour ensuite agir à sa guise. « Étant donné l’ampleur du projet, il y aura toujours des choses à discuter, a-t-il répondu. Il y aura toujours un certain débat, c’est normal. On est toujours à l’écoute. Nous avons une équipe qui travaille presque quotidiennement avec la Ville de Montréal et avec d’autres municipalités. »

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