Cinéma d’animation

Cinq minutes dans Le mal du siècle

Les Sommets du cinéma d’animation s’ouvrent mardi à la Cinémathèque. Parmi les films à l’affiche, La Presse a visionné le premier court métrage de Catherine Léger, Le mal du siècle, qui traite de manière ludique du mal-être et de la dépression.

Le film d’animation de cinq minutes s’ouvre avec le dessin d’une jeune femme debout sur un tremplin, qui s’apprête à plonger. Une voix hors champ commence la narration : « Bon, je me lance… Jeune femme de belle apparence, épanouie, passionnée… »

Pendant qu’elle se décrit sous son meilleur jour – pour ce qu’on devine être un portrait de célibataire –, les images défilent. Une rose, une allumette, un camion 18 roues, un cheval à bascule… Plus elle se décrit, moins les images correspondent aux mots.

Quand elle dit : « je suis forte », on voit apparaître une brebis ; « sûre de moi », un poisson pris dans une bouée ; quand elle lance : « je me sens à ma place », on voit un porc-épic entouré de ballons gonflés à l’hélium qui fait des pas hésitants…

C’est par ce procédé astucieux que Catherine Léger a voulu aborder le thème du mal-être en général, et de la dépression en particulier. Un sujet qu’elle connaît bien, pour l’avoir vécu et illustré dans trois recueils : 12 mois sans intérêt, Fines tranches d’angoisse et Zoothérapie.

sans filtre

La plupart des images que l’on peut voir dans Le mal du siècle proviennent d’ailleurs de ces ouvrages publiés au cours des 12 dernières années. Des images animées grâce à la « magie » du cinéma.

« Je voulais faire un premier film sur un sujet que je connais bien », nous dit l’illustratrice, qui parle sans filtre de son épuisement professionnel, et de la dépression qui a suivi. Je me suis rendu compte avec mes livres illustrés que plus j’abordais ce sujet de manière personnelle, plus je rejoignais des gens. C’est ce que j’ai essayé de faire avec le film.

« Le mal du siècle, en somme, fait référence à notre mode de vie accéléré, à la pression de performance, à notre course au bonheur », résume Catherine Lepage, qui a choisi d’animer les métaphores visuelles les plus fortes.

« Je voulais parler de ce qui précède une dépression, du terreau fertile qui mène à l’anxiété. De tout ce qui se passe en amont. »

— Catherine Lepage

En faisant des recherches sur « le mal du siècle », elle a appris que l’expression remontait aux années 1850 et qu’elle était employée par une génération de poètes « désenchantés par la fin du siècle et par l’impression d’être face à un non-futur et une absence de possibilités ». « Ça décrivait un état de mélancolie et de désenchantement qu’on vit aujourd’hui ! », constate-t-elle.

Sombre conclusion

Au milieu du film, un filet de lumière apparaît, la tension diminue, les images défilent dans une sorte d’accalmie, puis tout d’un coup, tout s’effondre sur une note dramatique. Pourquoi avoir conclu le film sur une forme de désespoir ?

« Pour moi, c’était essentiel de montrer qu’il ne fallait pas prendre les signes du mal-être à la légère, répond Catherine Lepage. La séquence positive, c’est du wishful thinking. C’est lorsqu’on se dit que tout va bien et qu’on continue à tout mettre sous le tapis. Ça marche un bout, mais après, ça nous rattrape. Ça me fait penser aux couples qui se séparent et qui reprennent, il y a parfois de l’acharnement à vouloir continuer quelque chose qui ne marche pas. »

Pas question toutefois pour Catherine Lepage de faire un film noir.

« C’était essentiel pour moi d’avoir une touche d’humour pour dédramatiser. C’est essentiel pour s’en sortir. »

— Catherine Lepage

« Quand on rit, on baisse sa garde, on est plus ouvert après à recevoir un autre type d’émotion. La courbe que j’espère voir chez le spectateur, c’est qu’il rie et qu’il trouve ça amusant, qu’il se laisse embarquer, mais qu’après coup il rie jaune aussi. »

Catherine Lepage travaille maintenant sur un roman graphique qu’elle compte publier à La Pastèque à la fin de 2020. Bouée abordera le thème de la quête identitaire d’une adolescente. « Je reviens sur mon adolescence, ma jeunesse, mes expériences, confie-t-elle. C’est une période où on fait des choix qui nous amènent ailleurs, mais qui ne sont pas nécessairement les bons. Des choix qu’on fait souvent pour ne pas déplaire. »

Les Sommets du cinéma d’animation se tiennent du 3 au 8 décembre, à la Cinémathèque. Le mal du siècle sera présenté les 5 et 8 décembre.

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