Diversité culturelle – Kharoll-Ann Souffrant

Persister, même si on doute de soi

Kharoll-Ann Souffrant est une « super-bénévole ». À 25 ans, cette étudiante à la maîtrise en travail social, qui a eu un parcours semé d’embûches, est engagée dans de multiples causes et organismes, et a reçu plusieurs distinctions pour sa contribution à la communauté.

Mais la jeune femme, dont les parents sont d’origine haïtienne, trouve qu’il manque parfois de diversité lorsqu’elle participe à des tables rondes ou à des événements. « Je fais souvent des blagues en faisant remarquer que je suis la seule non-Blanche, note-t-elle. Juste pour que les gens s’en rendent compte, en espérant les sensibiliser un peu au fait que les minorités ne sont pas assez représentées dans la société. »

Les femmes issues de minorités visibles ne sont pas moins engagées dans la communauté, mais elles sont moins vues et écoutées, selon Kharoll-Ann Souffrant, parce que des inégalités persistent encore.

« Et si on voit moins de femmes qui nous ressemblent, on se reconnaît moins, et on est moins incitées à prendre notre place, souligne-t-elle. Dans le mouvement féministe, par exemple, on voit souvent les mêmes femmes, et celles qui ont des parcours différents sont parfois laissées de côté. »

Les communautés culturelles ont souvent l’impression d’être dans un « angle mort » dans certains milieux trop homogènes, notamment dans les médias, déplore-t-elle.

Bien des femmes, surtout quand elles sont issues de communautés culturelles, peuvent aussi être paralysées par le sentiment qu’elles doivent en faire encore plus que les autres pour être respectées et laisser leur marque, fait remarquer Kharoll-Ann.

« J’ai toujours l’impression que je dois être deux fois meilleure que les autres, travailler vraiment fort, pour me faire entendre, et plusieurs femmes racisées disent la même chose. On ne se sent jamais assez compétentes, on souffre du syndrome de l’imposteur. On s’excuse presque d’exister ! Et j’essaie de combattre ça. »

Il faut du courage pour persister quand on doute constamment de soi. La dynamique étudiante souligne que le soutien de ses parents, de ses amis et de certains enseignants lui permet de rester motivée dans ses engagements.

Sauvée par le bénévolat

Kharoll-Ann Souffrant est tombée dans la marmite du bénévolat à 12 ans. Dans le cadre du programme international de l’école secondaire Jean-XXIII, à Dorval, elle devait faire du bénévolat. Elle y a pris goût, a multiplié les engagements et n’a jamais arrêté.

« En fait, c’est ce qui m’a sauvée ! », lance-t-elle.

Victime d’intimidation à l’école, Kharoll-Ann souffre aussi de dépression et de trouble anxieux. Elle aurait eu une adolescence beaucoup plus difficile si elle n’avait pas décidé d’aller vers les autres, de rencontrer des gens d’autres milieux, des adultes inspirants qui l’ont encouragée dans les moments sombres, dit-elle.

« Le bénévolat a donné un sens à ma vie. Ça me motive d’aider les autres, de voir que je peux contribuer à la société. »

— Kharoll-Ann Souffrant

Au fil des années, elle a contribué à Amnistie internationale, à la Fondation de l’Hôpital général du Lakeshore, au Chaînon (maison d’hébergement pour femmes en difficulté), à Tel-Écoute et Tel-Aînés (services d’écoute pour personnes en difficulté), aux CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) et à bien d’autres causes.

Elle donne aussi des conférences pour témoigner de ses problèmes de santé mentale, pour sensibiliser différents groupes à la réalité des personnes aux prises avec de tels problèmes. En 2017, elle fut l’un des cinq visages d’une campagne de sensibilisation de l’Alliance canadienne pour la maladie mentale et la santé mentale.

Elle a été ambassadrice du 375e anniversaire de Montréal l’année dernière, pour l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro, en plus d’être lauréate du prix Jeune femme de mérite de la Fondation Y des femmes de Montréal, du prix Paul-Frappier pour le leadership jeunesse de la Fondation Montréal à cœur et du Prix humanitaire Terry-Fox.

Tout un parcours pour une jeune femme qui dit douter constamment d’elle-même !

Pas étonnant qu’elle ait été choisie parmi les huit têtes d’affiche du documentaire IntersectionnELLES, réalisé par le groupe Force des filles, force du monde, présenté ce soir au Y des femmes de Montréal, à l’occasion de la Journée internationale de la femme.

Le documentaire présente le parcours de femmes inspirantes de diverses origines culturelles et religieuses, qui parlent notamment de leur vision du féminisme.

L’importance d’être valorisées

Les minorités déplorent un manque de reconnaissance de la société ? Agissons pour nous reconnaître nous-mêmes, suggère Kharoll-Ann. « La deuxième édition du Gala Dynastie, qui honore des personnes issues de la communauté noire, a eu lieu cette année, dit-elle en guise d’exemple. Des gens ont décidé de créer leur propre événement pour valoriser ce qui se fait de bien dans la communauté. Ce n’est pas du repli sur soi, comme certains l’ont laissé entendre. C’est juste de ne pas attendre que la reconnaissance vienne de l’extérieur. »

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