OPINION

Le Canada, défenseur de la paix… vraiment ?

Cette année, la Journée internationale de la paix coïncide avec l’annonce par le gouvernement Trudeau du retour du Canada au sein des opérations onusiennes de maintien de la paix. Promesse électorale oblige avec un budget de 450 millions sur trois ans et une contribution en effectifs de 600 soldats et de 150 policiers !

Pourtant, le monde a bien changé et s’est dangereusement militarisé depuis Lester B. Pearson, diplomate canadien à l’origine de la Force de maintien de la paix sous l’égide des Nations unies.

Aujourd’hui, le commerce des armes supplante les missions de paix. Les dépenses militaires mondiales atteignant la somme colossale de 1676 milliards en 2015, alors que les opérations de maintien de la paix coûtent annuellement 8 milliards.

Aujourd’hui au 67e rang des pays contributeurs de Casques bleus et au 2e rang des exportateurs d’armes au Moyen-Orient, le Canada n’a pas à pavoiser ni sur son engagement dans les missions de paix ni sur leur efficacité pour résoudre les conflits.

Le gouvernement Trudeau a plutôt choisi, malgré une vive opposition citoyenne, de maintenir le contrat de vente de « véhicules blindés légers » pour plus de 15 milliards à l’Arabie saoudite, un des grands violateurs des droits de la personne. Ce pays se retrouve à la tête d’une coalition qui bombarde le Yémen depuis des mois.

Résultat : plus de trois millions de personnes déplacées, majoritairement à l’intérieur des frontières du pays, 7000 personnes tuées et 30 000 autres blessées. En janvier 2016, l’ONU confirmait que l’Arabie saoudite était la principale destination des exportations militaires canadiennes. Ce faisant, le Canada alimente honteusement la guerre au Yémen et se fait complice de l’une des pires crises humanitaires qui sévissent actuellement dans le monde.

VERS UNE NOUVELLE POLITIQUE CANADIENNE DE DÉFENSE

En avril dernier, le gouvernement Trudeau a lancé une consultation publique en vue d’élaborer une nouvelle politique de « défense ». Se déroulant en bonne partie pendant la pause estivale, cette consultation, qui s’adressait avant tout aux soi-disant « experts » en matière de défense, n’était pas publique. La participation citoyenne était envisagée strictement sur une base individuelle et aucune organisation de la société civile n’a été formellement consultée.

Plusieurs aspects du document de consultation sur la politique canadienne de défense contrastent étrangement avec l’annonce récente des engagements du Canada en faveur des opérations onusiennes de paix. Le document soulève la possibilité d’un réexamen de la décision prise par le Canada en 2005 de ne pas participer au bouclier antimissile des États-Unis et envisage de doter les forces canadiennes de drones armés pour des missions offensives.

De plus, ce document de consultation ne remet nullement en question l’implication canadienne dans la guerre d’agression menée en Afghanistan pendant 13 ans ni dans les déploiements militaires en Ukraine, en Libye ou ailleurs.

Au contraire, ces interventions sont présentées comme des contributions « à la paix et à la sécurité internationales » qui protègent les Canadiens et qui défendent les intérêts nationaux sans plus de précision.

APPEL À NOS CONCITOYENS

Il est illusoire de faire la promotion de missions de paix sans s’opposer aux missions offensives menées au sein de l’OTAN. Il est tout aussi vain de prôner la paix sans dénoncer la participation du Canada au commerce mondial de l’armement et sans exiger maintenant un débat public sur sa nouvelle politique de défense.

Jusqu’au jour du Souvenir, pour signifier l’opposition citoyenne aux visées militaristes du gouvernement Trudeau, nous porterons le coquelicot blanc. Nous invitons chaleureusement ceux qui aspirent à un monde sans guerre à le porter en mémoire de toutes les victimes, majoritairement civiles, des conflits armés.

Paul Ahmarani, acteur ; Omar Aktouf, professeur titulaire à HEC Montréal ; François Avard, auteur ; Luc Benoit, chargé de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières ; Serge Bruneau, écrivain ; Raphaël Canet, professeur à l’École de développement international et mondialisation de l’Université d’Ottawa ;  Donald Cuccioletta, historien, spécialiste de la politique américaine ; Françoise David, députée de Gouin, Québec solidaire ; Ferdinand Djayerombe Vaweka, président d’Antennes de paix ; domlebo, artiste ; Martin Duckworth, cinéaste ; Ariane Émond, journaliste indépendante et animatrice ; Andrés Fontecilla, président de Québec solidaire ; Lorraine Guay, citoyenne ; André Jacob, professeur associé à l’Université du Québec à Montréal ; Robert Jasmin, juriste et écrivain ; Molly Kane, coordonnatrice de L’Entraide missionnaire ; Jooneed Khan, journaliste, écrivain et militant pour les droits de la personne ; Kelly Krauter, membre du C.A. de Conscience Canada ;  Danièle Lacourse, réalisatrice ; Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec−FIQ ;  Abby Lippman, professeure émérite à l’Université McGill ;  Suzanne Loiselle, répondante chez Sœurs Auxiliatrices ;  Alain Long, président du Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (SPECA) ; Alain Marois, vice-président à la vie politique à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ; Gilles Marsolais, homme de théâtre ; Serge Mongeau, écrivain et éditeur ;  Christian Nadeau, président de la Ligue des droits et libertés ; Ed Napier, Project Ploughshares Montréal ; Maude Prud’homme, présidente du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE) ; Louis Rousseau, professeur associé au département des sciences des religions de l’UQAM ; Isabelle Samson, coordonnatrice de Solidarité Nord-Sud des Bois-Francs ; Mélanie Sarazin, présidente de la Fédération des femmes du Québec (également au nom de la Marche mondiale des femmes au Québec) ; Caroline Toupin, coordonnatrice du Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MEPACQ) ;  Carmina Tremblay, la collective des femmes féministes et chrétiennes L’autre Parole.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.