Policier

Le meilleur du polar

Chaque mois, notre collaborateur vous propose une sélection des meilleurs romans policiers.

Critique

Meurtres et complots dans les brumes d’Écosse

Macbeth
Jo Nesbø
Gallimard (Série noire)
618 pages
En librairie le 17 octobre
5 étoiles

En 2015, les éditions anglo-saxonnes Hogarth ont lancé le Howard Shakespeare Project en proposant des variations littéraires modernes des principales pièces de Shakespeare. C’est ainsi que Jo Nesbø a adapté Macbeth pour en faire un formidable roman noir. Alors que la pièce originale se déroule dans l’Écosse médiévale (Macbeth a régné de 1040 à 1057), l’intrigue du récit moderne se déroule dans les années 70, dans une petite ville non nommée, une localité écossaise sur le déclin (usines fermées, bâtiments en ruine, délinquance généralisée, etc.), à l’ambiance crépusculaire. Duncan, le nouveau chef de police, a écarté tous les flics véreux et déclaré la guerre à Hecate, un baron de la drogue qui inonde la ville avec « le bouillon », une came de synthèse extrêmement nocive. Mais Macbeth, son directeur de la Garde, a d’autres plans. Manipulé par Lady, son ambitieuse maîtresse, il décide d’éliminer son chef pour prendre sa place, ce qui provoque une série d’événements tragiques. Les cadavres s’accumulent… Nesbø a parfaitement transposé une des pièces les plus sanglantes du Barde pour en faire un extraordinaire thriller noir plein de bruit et de fureur avec des personnages possédés, plus grands que nature !

Extrait

Macbeth

« De l’obscurité de l’un des deux escaliers étroits déboucha sans bruit et à une vitesse fulgurante l’assaillant, qui atteignit Macbeth à la poitrine et le fit tomber à la renverse. Macbeth sentit un souffle chaud contre sa gorge, mais parvint à interposer le canon de son arme et à taper le museau, qui partit sur le côté, si bien que les grands crocs s’enfoncèrent dans son épaule à la place. Macbeth essaya de le frapper, mais sa main libre s’était empêtrée dans la sangle de sa carabine. “Banquo !” Cawdor n’était pas censé avoir un chien. Ils vérifiaient toujours ce genre de détails avant une intervention. Mais il y en avait un, et il était fort. »

Critique

La chasse aux migrants

Là où vivent les loups
Laurent Guillaume
Denoël
300 pages
4 étoiles

Dans Là où vivent les loups, son huitième polar, Laurent Guillaume délaisse son personnage de Mako pour commencer une série mettant en scène Priam Monet, un flic misanthrope, mal embouché et aux répliques assassines, un colosse qui mesure presque deux mètres. Muté à l’IGPN (la police des polices), il a pour mission d’inspecter un petit poste de la police aux frontières, situé à Thyane, une petite ville des Alpes, où arrivent de nombreux migrants. Peu enchanté de ce boulot ingrat qu’il prend comme une pénitence et qu’il juge indigne de ses qualités de fin limier, il n’a qu’une idée : se tirer de là au plus vite. Mais le destin veille… Dans les bois environnants, on découvre le cadavre d’un migrant tombé d’une falaise. Chargé de l’enquête par le procureur local qui connaît sa réputation de flic d’élite, Monet penche pour la thèse de l’homicide et part en chasse avec l’aide de Claire Mougel, sous-brigadière de la police locale. S’ensuit une enquête passionnante et semée d’obstacles, dans une vallée où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. On souhaite retrouver au plus vite ce Priam Monet, protagoniste atypique de cet excellent thriller très habilement ficelé.

Extrait

Là où vivent les loups

« Lorsque Monet reprit ses esprits, son corps éléphantesque gisait dans l’eau glacée et grise comme un ciel parisien. Il était allongé dans un réservoir naturel formé par un bras placide de la Flèche. Il prit appui sur un coude en grognant, puis se traîna en dehors de l’eau. Il avait mal partout et sa tête tournait comme un satellite en perdition. Il se retint de vomir et fit un rapide tour d’horizon. Il était sur une petite berge caillouteuse, jonchée de troncs d’arbres nacrés aux racines enchevêtrées. Il se demanda combien de temps il était resté là, inconscient. Il regarda sa montre qui avait survécu à l’accident. Le verre était cassé, mais les aiguilles tournaient toujours. »

Critique

Il était une fois deux petits minables…

Ils étaient deux
Éric Chassé
Guy Saint-Jean Éditeur
396 pages
3 étoiles et demie

À la fin de l’année scolaire, David et Léonard ont pour projet de se venger de leur professeur de mathématiques. Mais la petite farce se transforme en tragédie quand, par maladresse, ils mettent le feu à la maison en faisant deux victimes. David prend la fuite, mais Léonard, affolé et paralysé par l’effroi, demeure sur place. Condamné à 10 ans de prison, il refuse d’impliquer son complice. Alors que Léonard purge sa peine, son ami mène une vie paisible avec sa femme Amélie et leur fille Eva sans jamais communiquer avec lui. Quand Léonard est libéré, il n’a qu’une idée en tête : se venger de celui qui l’a abandonné. Avec l’aide d’un complice, il va tenter de le piéger. Yann Lord, un policier de la Sûreté, narcissique et jaloux, qui a toujours soupçonné l’implication de son beau-frère David, va contrecarrer leur funeste projet d’une manière totalement imprévue. Le dénouement sera brutal et tout à fait inattendu. Habile suspense teinté d’humour noir, Ils étaient deux, d’Éric Chassé, mérite d’être découvert malgré des personnages plutôt antipathiques, mais fascinants dans leur côté obscur.

Extrait

Ils étaient deux

« Cela n’avait duré que quelques minutes. Les enquêteurs n’avaient rien trouvé qui aurait pu lier David de près ou de loin à l’incendie criminel. Heureusement pour lui, ils n’avaient pas repéré les vêtements qu’il avait portés la veille. Par chance, ceux-ci étaient dissimulés en boule, au fond de son garde-robe. Une boîte d’articles de sport les dérobait aux regards. Sans quoi les policiers auraient pu mettre la main sur le paquet d’allumettes dans les poches de son pantalon. Il aurait été difficile pour David de justifier qu’il avait cela en sa possession, alors qu’il ne fumait pas. Si les policiers les avaient trouvées, peut-être les auraient-ils envoyées pour analyse. Qui sait ce qu’ils auraient pu découvrir ? »

Critique

Du rififi chez les bouseux

Hunter
Roy Braverman
Hugo Thriller
354 pages
3 étoiles et demie

L’action de Hunter, de Roy Braverman, se déroule à Pilgrim’s Rest, un bled paumé des Appalaches où personne ne s’arrête jamais, et pour cause. Un tueur en série y a assassiné cinq hommes et fait disparaître leurs femmes. Hunter, un demi-sang indien, condamné pour ces crimes 12 ans plus tôt, s’est évadé du couloir de la mort et revient dans la vallée. Il est pourchassé par Freeman, un ex-flic noir, qui est obsédé par l’idée de retrouver sa fille Louise disparue avec les autres victimes, et qui rumine sa vengeance. Il espère bien faire avouer Hunter. Mais il se passe de drôles de choses dans ce patelin où sévissent le shérif Hackman, son frère simplet et un tueur mystérieux qui cloue ses victimes aux arbres avec son arbalète. Sous le nom d’emprunt de Roy Braverman, plus connu sous le pseudo de Ian Manook, l’auteur a dû bien rigoler en écrivant ce premier volet d’une trilogie ahurissante, véritable parodie sanglante de roman noir dans laquelle « un serial killer peut en cacher un autre. Ou deux ». Cette histoire est tellement échevelée, tellement peu vraisemblable que ça en devient jouissif, avec, en prime, un nombre de cadavres digne des pires excès de Tarantino ! 

Extrait

Hunter

« Il se jette de côté par réflexe et sort le colt de sa poche. Trois balles pour forcer l’homme à rester dans l’axe du tronc qui le protège, le temps de courir sur la droite pour le prendre de côté. Il devine le mouvement plus qu’il n’aperçoit la silhouette et fait feu encore deux fois dans sa direction. À travers la tourmente, il pense l’avoir touché au bras ou à l’épaule. Il garde les quatre dernières balles du chargeur pour une progression agressive, mais quand il atteint l’arbre qu’il garde en ligne de mire, des traces indiquent que l’homme a fui. Et c’est maintenant que les choses deviennent dangereuses pour lui. »

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