Martin Chalifour

De Rosemont au Los Angeles Philharmonic

Violon solo du Los Angeles Philharmonic que dirige le célébrissime maestro latino-américain Gustavo Dudamel, le Québécois Martin Chalifour est l’un de nos plus illustres musiciens classiques. Aux côtés de l’Orchestre symphonique de Laval sous la direction d’Alain Trudel, il s’illustrera ce soir sur une œuvre de Leonard Bernstein (1918-1990). En quatre mouvements, voici sa trajectoire, un rappel qui s’impose après plusieurs années d’absence dans la région montréalaise.

Montréal, Philadelphie, Atlanta, Cleveland, Los Angeles

Né en 1961, Martin Chalifour a grandi dans le quartier Rosemont, plus précisément sur la 27e Avenue près de Bellechasse. Le violoniste a fait son Conservatoire à Montréal, puis a déménagé ses pénates à Philadelphie, soit au Curtis Institute où il a mené des études brillantes.

« Plusieurs Québécois y étaient alors inscrits – Emmanuelle Boisvert, Violaine Melançon, André Roy, Caroline Doucet, Pascal Beaudry, Julie Triquet… », se souvient le musicien, joint la semaine dernière à son domicile californien.

Véritable rampe de lancement pour la carrière internationale, le Curtis Institute avait préparé Martin Chalifour à une carrière de violon solo et de concertiste.

« J’ai été violon solo associé à l’Orchestre de Cleveland où j’ai passé cinq ans. J’avais auparavant été six ans à l’Atlanta Symphony, mon premier orchestre. Je suis arrivé au Los Angeles Philharmonic en septembre 1995, le chef finlandais Esa-Pekka Salonen m’avait embauché en tant que violon solo. J’ai travaillé sous sa direction jusqu’à son départ en 2009. »

Avec Gustavo Dudamel

Depuis 2009, Martin Chalifour travaille sous la direction du Vénézuélien Gustavo Dudamel, superstar de la direction orchestrale et fleuron du fameux programme d’éducation musicale El Sistema. Avec le flamboyant maestro latino-américain que l’on a pu voir à l’œuvre à la Maison symphonique en 2014, Martin Chalifour dit entretenir des liens très étroits. « Il est un musicien qui me fait confiance et à qui je fais confiance. J’ai une excellente communication avec lui sur scène. Je sais ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas… chaque demi-seconde ! »

Pour le violoniste québécois, travailler avec Dudamel a été une « grande révélation ».

« J’avais alors changé de cap. Esa-Pekka était plus intellectuel alors que Gustavo présentait une autre approche : il tient à laisser la musique respirer. À l’écoute de l’orchestre en même temps qu’il le dirige, il insiste pour que nous prenions le temps d’exécuter les phrases et de nous écouter les uns les autres. De plus, il a une connaissance profonde du style orchestral pour le répertoire européen classique et romantique. Il a étudié la question avec les grands maestros Claudio Abbado et Simon Rattle. »

« Il [Gustavo Dudamel] sait transmettre aux musiciens les couleurs, articulations et subtilités qu’il souhaite donner à l’exécution des œuvres. Son langage corporel est très clair, il est vraiment exceptionnel. »

— Martin Chalifour

Le soliste et le pédagogue

Hormis ses activités d’interprète, Martin Chalifour enseigne aux universités californiennes USC (University of Southern California) et Cal Tech, ce qui lui permet de transmettre sa propre vision du jeu. En plus d’être violon solo, Martin Chalifour est aussi concertiste. 

« Je donne beaucoup de récitals, je me produis également avec des orchestres de musique de chambre. Deux fois l’an, je joue des concertos avec le LA Philharmonic, ça me garde en forme et aux aguets. Nous avons d’ailleurs inauguré notre 100e saison avec le Triple concerto de Beethoven. »

Pour ce qui est du Québec, la présence régulière de Martin Chalifour remonte au tournant de l’an 2000. « Dans les années 90, j’ai joué avec l’Orchestre Métropolitain sous la direction d’Agnès Grossmann. Je venais alors régulièrement au Domaine Forget, mais j’avais pris congé parce que j’avais trop d’engagements. Je n’y suis retourné que l’été dernier, pour une semaine d’enseignement. J’ai adoré mon séjour ! Comme partout ailleurs, le niveau y est plus élevé qu’avant. C’est beau de voir ça ! »

Leonard Bernstein à Laval

Le plat de résistance de la programmation automnale que suggère l’Orchestre symphonique de Laval est constitué exclusivement d’œuvres nord-américaines : Billy the Kid d’Aaron Copland, deux préludes de notre François Dompierre et surtout des musiques de Leonard Bernstein, dont l’orchestre sous la direction d’Alain Trudel jouera des extraits des comédies musicales On the Town et West Side Story (arrangement de Jack Mason), mais surtout Sérénade, d’après Le banquet de Platon, œuvre concertante pour violon solo, orchestre à cordes, harpe et percussion.

Sous la direction d’Alain Trudel, Martin Chalifour attaquera ce soir la Sérénade de Bernstein, qu’il a déjà jouée en tant que soliste avec le LA Philharmonic, mais aussi avec d’autres orchestres.

« Cette œuvre, souligne-t-il, exige une grande rigueur et une grande précision dans l’exécution, notamment sur le plan rythmique. C’est très délicat ! C’est de la musique contemporaine, mais cela n’exclut pas l’émotion de Leonard Bernstein, avec qui j’ai déjà travaillé à Curtis en tant qu’étudiant. Il était charmant, il communiquait très bien avec les musiciens. Il n’y avait rien d’artificiel dans sa manière de travailler avec nous, c’était du vécu. Nous avions joué notamment The Age of Anxiety. »

Œuvre prémonitoire, est-on tenté d’ajouter…

Ce soir à la salle André-Mathieu de Laval, 19 h 30

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