SCIENCES

Que savez-vous de votre corps ? De la façon dont votre cerveau est fait ; de ce que l’eau que vous ingérez lui apporte ; de la manière dont le cancer peut être combattu ; du contenu de votre ADN ; de vos cellules ? Personnellement, on n’en savait rien. Pourtant, ce tout petit, cet invisible, il est au coeur de notre vie. Il est essentiel à notre équilibre. Voici donc cinq scientifiques qui le traquent au nom de notre survie.

Justin Lessard-Wajcer

son regard traverse votre cerveau

Avant même de terminer son cégep, Justin Lessard-Wajcer avait une réputation de scientifique à surveiller de près. Pour cause : il avait déjà amélioré de façon révolutionnaire l’imagerie médicale du cerveau en élaborant un appareil qui le rend transparent (permettant ainsi de mieux y traquer les maladies neurodégénératives). Aujourd’hui âgé de 20 ans, il ne trahit aucun espoir : tout en poursuivant ses études, il a créé le média Neuropresse pour démystifier la santé mentale et vient de fonder sa propre entreprise pour rendre son service de clarification de tissus cérébraux plus accessible. Ah oui ! Il est aussi responsable de l’innovation en imagerie au prestigieux laboratoire Dr. Kieffer de l’Institut Douglas de santé mentale de McGill. Et tout ça avant d’avoir l’âge légal de boire de l’alcool aux États-Unis.

« De nombreuses personnes souffrent et hésitent à chercher de l’aide parce que leur maladie est mal vue par notre société. Il faut qu’on réalise que les troubles de la santé mentale ont des origines biologiques, tout comme le cancer. Et c’est correct de parler de son cancer ! »

Satinder Kaur Brar

Celle qui chasse les antibiotiques de nos verres d’eau

Cette prodigieuse professeure a fait le voyage depuis l’Inde pour poursuivre son doctorat à l’INRS, et notre eau lui en est reconnaissante. Son travail (qui lui a récemment valu le Grand Prix de recherche universitaire de l’American Academy of Environmental Engineers and Scientists) porte sur le développement de meilleurs systèmes de traitement des eaux usées. Pourquoi ? Pour nous empêcher d’ingérer les résidus de produits chimiques qui coulent dans nos robinets. Pour Satinder Kaur Brar, pas question de jeter les antibiotiques avec l’eau du bain.

« Les médicaments qu’on rejette dans les eaux usées ont des effets réels sur l’environnement, comme la féminisation des poissons. Puisqu’on mange les poissons affectés, les contaminants émergents ont aussi une influence sur notre santé. »

Sylvain Martel

Voyage au centre d’une tumeur

Le cancer tue à toutes les quatre secondes et son meilleur traitement demeure la chimiothérapie, une technique très invasive qui doit être administrée de façon massive pour parvenir aux cellules cancéreuses. Devant ce constat, Sylvain Martel a une idée : « Si l’on injectait aux patients des bactéries-robots chargées de médicament capables de se concentrer sur les cellules auxquelles elles doivent s’attaquer ? » On pourrait penser que l’ingénieur écrit un scénario de science-fiction, mais avec son projet, c’est plutôt l’avenir de la médecine qu’il compose.

« Travailler avec une bactérie, ça fait peur aux institutions médicales. Puisqu’il n’y a pas d’antécédent, il nous faut prouver que cette pratique est sanitaire et sécuritaire. C’est fou comment, aujourd’hui, tout est aseptisé, au point de nous rendre frileux des bactéries qui nous entourent et nous constituent à 55 % ! »

Sarah Jenna

Données aux suivants

Avec ses partenaires d’affaires, la professeure en génomique Sarah Jenna a fondé My Intelligent Machines (MIMS), une entreprise dont le nom manque cruellement de superlatifs. Car MIMS, c’est une plateforme d’intelligence artificielle super puissante qui va révolutionner le monde des scientifiques de la vie en analysant et en interprétant très rapidement l’immense masse de données contenue dans notre ADN. Données qui nous permettront éventuellement d’accéder à des soins de médecine personnalisés… Bref, dans notre livre à nous, on appelle ça des Machines Foutument Intelligentes.

« J’aime croire que nous démontrons que l’utilisation de l’intelligence artificielle peut avoir des impacts très positifs sur notre société. »

WhiteFeather Hunter

La sorcière en sarrau

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le bio-art (à priori, pas mal de monde), précisons qu’on parle ici d’utiliser du matériel vivant (cellules, bactéries, tissus) comme médium artistique. Figure importante de ce courant, Whitefeather Hunter mélange technologie de pointe et savoir-faire ancestral. Dans son laboratoire comme en galerie, elle crée des oeuvres à partir de cultures bactériologiques, suscitant des réflexions passionnantes sur notre rapport à la technologie, à la vie et à l’Autre. Elle ramène le vivant là où la science a tendance à l’occulter.

« Les scientifiques et l’industrie pharmaceutique ont travaillé fort pour éradiquer les micro-organismes. Ils sont vus comme des nuisances, mais on se rend compte qu’en fait, on ne pourrait pas vivre sans eux. Nous devons repenser notre rapport à ceux-ci et le faire avec beaucoup d’empathie. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.