Tino Lettieri

Le dernier Québécois à la Coupe du monde

En 1986, le Canada participe à sa seule et unique Coupe du monde de soccer. Dans les buts, c’est un petit gars de Rosemont qui a la tâche de résister aux assauts des Soviétiques et des Hongrois. Du Minnesota où il vit maintenant, Tino Lettieri nous accorde l’une de ses rares entrevues.

La Coupe du monde de 1986 se déroule au Mexique. Tino Lettieri se rappelle l’atmosphère électrisante qui régnait dans le stade de la capitale lors de son premier match.

« En tant que joueur, on est concentré sur ce qui se passe sur le terrain et on n’entend pas vraiment le bruit. Mais à un certain moment, j’ai voulu m’imprégner de l’ambiance et j’ai pris quelques secondes pour écouter la foule. C’était tellement bruyant. C’était surréel », raconte-t-il, au bout du fil.

Lors du tournoi, le Canada n’arrive à marquer aucun but et est défait par la France (1-0), la Hongrie (2-0) et l’Union soviétique (2-0).

« Quand on regarde froidement les adversaires qu’on a affrontés, on se dit que le Canada n’était pas dans la même ligue. Pourtant, on a offert un bon spectacle, on ne s’est jamais fait écraser ou dominer. On a toujours été dans la partie », se rappelle Tino Lettieri, qui a joué deux des trois parties de l’équipe canadienne.

On a beau fouiller partout sur l’internet, l’histoire du seul Québécois qui a fait partie de la formation canadienne ayant pris part à la Coupe du monde de 1986 n’est publiée que par bribes. En fait, Tino Lettieri est né dans la région des Pouilles, en Italie. À 9 mois, il émigre au Canada pour suivre son père qui trouve un emploi comme boulanger.

Tino arrive donc dans le quartier Rosemont, à Montréal. C’est là, dans des clubs locaux, qu’il apprend à dribbler avec un ballon. Grâce à son talent, il est sélectionné dans les Équipes du Québec à l’adolescence.

En 1975, à la veille des Jeux olympiques de Montréal, Tino rejoint enfin l’équipe canadienne. « Quand on reçoit l’appel pour représenter son pays, c’est tout un honneur. C’est quelque chose de très spécial, surtout quand on pense aux sacrifices qu’on a dû faire pour se rendre là », dit l’ancien joueur, qui répond en anglais, malgré le fait qu’il maîtrise toujours le français.

Tino Lettieri représente le Canada aux Jeux olympiques de 1976 et à ceux de 1984, à Los Angeles (le Canada boycotte les Jeux de Moscou, en 1980). Puis, en 1985, l’équipe canadienne de soccer, avec Tino dans les filets, passe à l’histoire : elle réussit à se qualifier pour la toute première fois à la Coupe du monde qui se déroulera l’année suivante, au Mexique.

Tino et son perroquet

Durant sa carrière dans l’uniforme des Kicks du Minnesota, une équipe professionnelle de l’ancienne Ligue nord-américaine de soccer, Tino Lettieri se fait connaître grâce à un perroquet en peluche qu’il place dans son but. Dès la première apparition d’Ozzie dans le filet, des fans se mettent à lui demander où ils peuvent se procurer l’oiseau. Tino profite de cet engouement pour faire fabriquer 15 000 toutous qu’il vend ou lance aux spectateurs à la fin de ses parties.

« Les gardiens de but ont normalement un petit sac dans lequel ils mettent une paire de gants supplémentaire et un porte-bonheur comme une photo de famille. À un certain moment, je suis tombé sur un oiseau coloré et je me suis dit que ça me représentait bien parce que je vole dans les buts. C’est devenu mon porte-bonheur à moi. »

Un jour, Tino emmène un vrai perroquet à un match. « La Ligue a décidé que ce n’était pas une bonne idée. Pendant la partie, l’oiseau a eu peur et il s’est envolé dans le plafond du stade. C’était le chaos », raconte-t-il, un sourire dans la voix.

Peu de temps après cet épisode, les arbitres ont décrété que le gardien devait aussi arrêter d’apporter Ozzie aux matchs, car il déconcentrait les équipes adverses.

Même si la petite mascotte a cessé d’assister aux matchs, Tino Lettieri l’a toujours gardée à ses côtés. Quelque 40 années plus tard, Ozzie a toujours une place de choix aux côtés des trophées et des médailles de l’athlète.

Flirter avec le hockey

Lettieri est l’un des meilleurs joueurs de soccer de l’histoire du pays. Il a d’ailleurs été intronisé au Temple de la renommée en 2001. Mais dans son entourage, plusieurs proches affectionnent… le hockey !

Tino Lettieri est marié avec la fille de Lou Nanne, ancien joueur et directeur général des anciens North Stars du Minnesota. Le fils du couple, Vinni Lettieri, a aussi enfilé l’uniforme des Rangers de New York pour sa première saison dans la Ligue nationale de hockey, en 2017-2018. Il a obtenu 1 but et 4 aides en 19 matchs.

« Mon garçon pratiquait plusieurs sports quand il était petit. Il était un très bon joueur de soccer. Mais un jour, il est venu me voir et il a laissé tomber : “Papa, je veux jouer au hockey.” J’ai eu le cœur brisé, mais je voulais qu’il suive sa voie ! »

— Tino Lettieri

Tino Lettieri ne joue plus au soccer depuis que son fils a décidé de se concentrer sur le hockey. En fait, il a troqué un uniforme d’entraîneur de soccer contre celui de coach de hockey afin de suivre son garçon dans le sport. Puis, en 2005, il a ouvert un casse-croûte italien et, depuis l’an dernier, il se concentre uniquement à son entreprise qui prépare des sandwichs et des calzones pour les dépanneurs.

Mais Tino voue toujours un amour fou au soccer. Tous les ans, il prend des nouvelles de ses coéquipiers Branko Segota et Bob Lenarduzzi, qui jouaient avec lui dans l’équipe nationale, en 1986. Évidemment, il suit assidûment la Coupe du monde qui se déroule en Russie.

« Quand je regarde les matchs aujourd’hui, je réalise à quel point c’était un honneur de participer à une compétition de si haut niveau. C’est le rêve de tous les joueurs de soccer et j’ai pu réaliser le mien. »

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