Lucian Matis

L’effet Sophie Grégoire Trudeau

Lucian Matis est un designer canadien qui a vécu son moment de gloire le 10 mars 2016, lorsque Sophie Grégoire a porté deux de ses créations lors d’une rencontre entre son mari, le premier ministre canadien Justin Trudeau, et Barack Obama, alors président des États-Unis.

Une journée qu’il n’oubliera jamais puisque quelques heures plus tôt, elle portait également une autre de ses robes. « C’était complètement fou, je ne pouvais pas y croire ! Les deux robes ! Mon téléphone vibrait de toutes parts, tout le monde m’appelait, mon nom circulait partout sur les réseaux sociaux, j’ai donné de multiples entrevues, c’était tellement excitant », se souvient Lucian Matis, qui était de passage à Montréal, à la boutique Ariane Carle, pour présenter ses plus récentes créations.

Il a vécu, dit-il, un véritable effet Sophie Grégoire Trudeau. « J’ai eu une renommée internationale instantanée et des millions de visiteurs sur mon site internet. Tout le monde voulait les deux robes qui se sont d’ailleurs toutes envolées, ainsi que le reste de ma collection », raconte Lucian Matis.

« J’avais des commandes de clientes et de magasins du monde entier. »

— Lucian Matis

Il savait que la première dame allait porter une de ses créations puisque sa styliste, Jessica Mulroney, l’avait contacté et c’est elle qui a choisi les deux robes. « Ç’a été très simple et très rapide, on a fait quelques ajustements et c’est tout », dit-il.

La mode est un art

Il estime que Sophie Grégoire Trudeau est une vraie ambassadrice pour les designers canadiens. « Elle a du style et c’est une belle vitrine pour la mode d’ici. Elle nous soutient, ce que nos grandes vedettes canadiennes ne font pas toujours suffisamment », déplore M. Matis.

« Regardez Céline Dion, elle porte surtout de grands designers et maisons de couture d’Europe, c’est magnifique, mais elle pourrait nous encourager. » Il cite aussi l’actrice canadienne Rachel McAdams, qui porte rarement des créateurs d’ici.

Lucian Matis pense que la mode a besoin d’être davantage mise en valeur et soutenue par nos instances publiques et qu’il est temps de considérer les créateurs de mode comme de vrais artistes. « La mode a désormais sa place dans les musées avec des expositions comme celles de Jean Paul Gaultier, Yves Saint Laurent, Rei Kawakubo et Comme des Garçons, puis Christian Dior, c’est un art », plaide-t-il.

« Les écoles de mode créent beaucoup de designers, mais finalement, combien d’entre eux le deviennent vraiment ? Pas beaucoup, car il est extrêmement difficile de survivre. C’est pour ça qu’il faut les soutenir, car il y a du talent. »

— Lucian Matis

Lucian Matis est né en Roumanie, il est arrivé au Canada en 1999 et a étudié à l’Université Ryerson de Toronto en design de mode. Il a lancé sa première collection en 2007. Il a été inspiré par sa mère qui créait des robes faites à la main.

Il se souvient des broderies soignées et des somptueuses robes de mariée qu’elle fabriquait sous le régime communiste. « J’ai beaucoup appris en la regardant. Pour moi, l’élégance est intemporelle. Et c’est pour cette raison que mes collections sont très classiques. J’aime habiller les femmes, j’aime créer de belles robes sophistiquées et j’espère toujours que les femmes se sentent uniques et rayonnantes lorsqu’elles les portent. » Il confie qu’il rêve d’habiller Cate Blanchett et Monica Bellucci.

Ses inspirations sont très florales. « J’habite à la campagne, au nord de Toronto, et j’aime les jardins, les textures organiques, le contact avec la nature. »

Lucian Matis a comme projet de créer des collections plus accessibles, à petits prix. « Peut-être d’ici deux à trois ans avec une grande marque canadienne qui fait des collaborations. »

Il aime beaucoup Montréal où il séjourne quelques fois par année. « Vous avez du style, vous êtes originaux, vous prenez des risques, vous portez des couleurs vives. La mode doit être joyeuse, amusante et, surtout, il ne faut pas se prendre trop au sérieux. »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.