« C’est le plus gros tournoi au monde »

L’équipe féminine québécoise affrontera les meilleures équipes de la planète aux Championnats du monde d’ultimate

Malgré une fébrilité palpable, l’ambiance était détendue, bon enfant, vendredi matin sur le terrain du parc Père-Marquette, à Montréal.

Les joueuses de l’équipe provinciale d’Ultimate Frisbee, l’IRIS, mettaient la dernière touche aux préparatifs avant leur départ pour Cincinnati, où se déroulent les Championnats du monde par clubs du 14 au 21 juillet. Elles sont prêtes à y affronter les meilleures équipes de la planète.

« Ce sera mes premiers Mondiaux, je suis vraiment excitée ! On dirait que je ne réalise pas qu’on est à l’aube de ce rendez-vous », dit Marie-André Pambrun. À 34 ans, elle est une des doyennes de l’IRIS.

« Je ne sais pas à quoi m’attendre. On jouera deux matchs par jour pendant six jours. Ça risque d’être dur et long. Il faudra faire attention à notre corps, bien récupérer. Mais on a tous les outils, on est prêtes. »

— Marie-André Pambrun

Avec quelques coéquipières, elle se rendra à ce grand rendez-vous en voiture et roulera sur 1300 km jusqu’à destination. C’est plus de 12 heures de route sur 2 jours. « La plupart des filles iront en avion, mais j’aime voyager en voiture. Nous pourrons jaser, lire, écouter de la musique et visualiser, c’est très important. » Le départ est prévu mercredi. « J’adore le fait de partir en gang. Ces filles sont comme ma famille », dit-elle.

Le tournoi international, présenté tous les quatre ans, regroupe les meilleurs clubs de tous les pays. Autour de 150 équipes de 40 pays y sont invitées dans les catégories mixte, hommes et femmes. « C’est le plus gros tournoi d’ultimate au monde en termes de participants et d’ampleur », précise Guillaume Proulx Goulet, directeur général de la Fédération québécoise d’ultimate (FQU).

Si le réseau féminin en est un de clubs, la FQU a opté pour une équipe féminine provinciale. Les 26 athlètes sélectionnées viennent de Montréal, Québec, Sherbrooke, Trois-Rivières et Gaspé. Elles ont de 19 à 35 ans. Une fois par mois, elles se réunissent pour un entraînement de groupe. Et chacune s’entraîne quasi quotidiennement de son côté.

Des adversaires de taille

« Notre équipe est classée dixième au monde. Nous aurons des adversaires de taille, note l’entraîneuse Alison Fischer. Le club Fury de San Francisco est actuellement premier au classement mondial. Les Américaines sont très fortes. » Les 6ixers de Toronto et le Traffic de Vancouver sont en tête du classement canadien, tout juste devant l’IRIS. « Les Australiennes, grandes et rapides, font beaucoup de lancers, elles sont à surveiller. Les Japonaises aussi », ajoute la coach, qui serait heureuse d’un top 10.

Les Québécoises peuvent compter sur un effectif jeune et énergique. « L’équipe est rajeunie cette année. On a plusieurs recrues, âgées de 20 ans, qui ont débuté très jeunes. On a aussi des joueuses d’expérience qui pourront les guider. Toutes les joueuses sont impliquées à fond, on a une belle chimie », dit l’entraîneuse.

« On mise beaucoup sur le positif, on a beaucoup travaillé en préparation mentale pour les Mondiaux. Plusieurs filles manquent de confiance, craignent de faire des erreurs, mais toutes en feront. Et oui, on perdra. Elles doivent l’accepter et ne pas s’en faire. Il faut s’amuser. »

— Alison Fischer, entraîneuse de l’IRIS

Au sein de l’IRIS, l’esprit d’équipe dépasse la norme. Des joueuses s’occupent de concocter des salades le vendredi soir, la veille des week-ends de tournois. « On a un comité bouffe pour s’assurer que toutes les filles mangent à leur faim les journées de match », explique l’athlète Marikha Nguyen, 24 ans.

Chacune met la main à la pâte lors des nombreuses activités de collecte de fonds, comme le bazar annoncé la semaine dernière. Une saison coûte au bas mot 2000 $, une somme qui peut grimper à 5000 $ en année de championnats. « Depuis le début de l’année, on multiplie les activités de financement, on n’a pas arrêté, dit Marie-André Pambrun. Ça fait partie de l’engagement, du temps à consacrer à l’équipe. Certaines joueuses sont encore étudiantes, elles ont besoin d’un coup de main en parallèle au soutien de la fédération. »

Avec les sommes amassées, l’équipe peut se permettre d’être suivie par des physiothérapeutes, une consultante en préparation mentale et des nutritionnistes. Elle peut s’entraîner été comme hiver.

« Certains croient à tort que l’ultimate, c’est simplement se lancer un frisbee sur une plage. C’est bien plus que ça, souligne Guillaume Proulx Goulet. C’est un sport physique exigeant et spectaculaire. » Le sport est d’ailleurs souvent choisi comme deuxième carrière sportive par des athlètes du collégial ou de l’université issus du basketball, du soccer ou du football.

« Pour être une bonne joueuse, ça prend des qualités athlétiques et une ouverture d’esprit pour apprendre. On sait kicker le ballon très jeune, mais lancer un frisbee n’est pas naturel. Il faut de la persévérance. Et il faut aimer bouger, parce que c’est sans arrêt », souligne Marikha Nguyen.

L’esprit du jeu

« La particularité du sport réside dans les valeurs qui y sont associées, ce qu’on appelle l’esprit du jeu, ajoute le DG de la FQU. On développe des athlètes et de bons citoyens. » L’ultimate prône notamment le respect de l’autre, l’honnêteté, la bonne communication et l’auto-arbitrage. « Si tu n’adhères pas à ces valeurs, tu seras vite exclu du sport. »

L’esprit du jeu est à ce point sérieux que chaque équipe nomme un capitaine de l’esprit du jeu et que des points sont accordés sur cette base. Marikha Nguyen est la capitaine de l’esprit du jeu pour l’IRIS. « L’esprit du jeu, c’est l’esprit d’équipe poussé plus loin. J’ai un rôle de médiation sur le terrain, je dois discuter avec l’adversaire afin que tout se passe bien. » Saura-t-elle bien remplir son rôle à Cincinnati, malgré la barrière de la langue ? « J’ai hâte de voir la dynamique avec les Japonaises ou les Colombiennes, par exemple. On trouvera sûrement une façon de nous comprendre. »

L’esprit du jeu, ça signifie aussi un débriefing après les matchs. « Pour éviter la rancune et les mauvais sentiments, les deux équipes forment un cercle après chaque match et reviennent sur les bons coups, les déceptions. Comme ça, on quitte le cœur léger », dit la capitaine.

Elle se doit aussi d’être à l’écoute de ses coéquipières. « Si certaines ont des difficultés, elles peuvent venir se confier à moi, et je tenterai de trouver une solution. Toutes doivent bien se sentir ici comme ailleurs. » À Montréal comme à Cincinnati.

EN BREF

La FQU est active depuis 2009.

Qu’est-ce que l’ultimate ?

C’est un sport collectif inventé dans les années 60. Le sport oppose deux équipes de sept joueurs. L’équipe offensive marque un point chaque fois qu’elle attrape le disque dans la zone de but de l’équipe défensive. Les matchs, de deux périodes, sont de 15 points (ou 17 points aux Mondiaux) et d’une durée de 90 à 120 minutes. Reconnu par le Comité international olympique, l’ultimate pourrait être présenté comme sport de démonstration à Paris en 2024 ou à Los Angeles en 2028.

7500

L’ultimate compte plus de 7500 adeptes au Québec.

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