TURQUIE

La rentrée scolaire marquée par le putsch raté et les purges

Plus de 18 millions d’élèves turcs ont eu hier une rentrée scolaire marquée par le coup d’État avorté de juillet et les purges qui ont suivi, avec un hommage aux « martyrs » et en l’absence de dizaines de milliers d’enseignants limogés.

Un total de « 27 715 enseignants ont été licenciés, 9465 enseignants ont été relevés de leurs fonctions temporairement » dans le cadre de ces purges, tandis que « 455 autres ont été réaffectés à leurs postes », a annoncé le vice-premier ministre Nurettin Canikli hier soir, à Ankara.

Ils sont soupçonnés par le gouvernement de complicité avec les auteurs du putsch manqué, où une partie de l’armée a tenté de renverser le pouvoir, faisant 270 morts et 2000 blessés.

Comme souhaité par les autorités, les élèves se sont vu remettre une brochure sur « le triomphe de la démocratie le 15 juillet et en mémoire des martyrs », un document préparé par le ministère de l’Éducation, a constaté un photographe de l’AFP.

À leur arrivée, les élèves ont d’abord observé « une minute de silence en mémoire des martyrs » et « prié » pour eux, conformément aux instructions du Ministère.

Puis deux clips ont été diffusés. Filmés sur le pont du Bosphore, ils montrent deux personnes qui « meurent en martyrs » au cours de violences entre militaires putschistes et citoyens turcs descendus dans la rue pour s’opposer à la tentative de coup d’État.

Un autre montre des manifestations de soutien au régime avec en fond sonore la voix du président turc Recep Tayyip Erdogan déclamant l’hymne national.

« CHAOS GÉNÉRAL »

Cette vague de purges dans l’administration (magistrats, enseignants, professeurs d’université, journalistes, etc.) est destinée à écarter toute influence de la confrérie de l’ex-prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux États-Unis depuis 1999 et considéré par Ankara comme l’instigateur du putsch avorté. Des accusations que l’intéressé rejette.

S’adressant au corps enseignant, le premier ministre turc Binali Yildirim, en visite dans un établissement scolaire d’Erzincan, les a priés de « ne pas tolérer » dans leurs rangs ceux qui servent « des organisations terroristes », en référence aux membres de la confrérie guléniste ou « aux séparatistes » kurdes. « Ne les laissez surtout pas vivre parmi vous », a-t-il ajouté au cours de cette visite retransmise à la télévision turque.

« Inquiet », Hüseyin Özev, président du syndicat des enseignants à Istanbul, a dit redouter « un chaos général » en l’absence d’anticipation « du côté du ministère de l’Éducation ».

Les professeurs recrutés à la hâte n’ont ni « préparation » ni « expérience », a dénoncé auprès de l’AFP le syndicaliste.

En réponse, le vice-premier ministre Nurettin Canikli a rétorqué que « 20 000 enseignants » allaient être recrutés d’ici au 10 octobre, date à laquelle les concours seront clos.

Outre les enseignants présumés avoir des liens avec la confrérie guléniste, les autorités ont suspendu il y a deux semaines au moins 11 500 enseignants soupçonnés, eux, de soutenir les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par Ankara.

Les écoles concernées se situent majoritairement dans le sud-est du pays, une région pauvre vivant aux rythmes des combats entre l’armée turque et les rebelles depuis la rupture d’un fragile cessez-le-feu il y a un an.

Opposés aux limogeages, une centaine d’élèves ont fait un sit-in non autorisé à Diyarbakir (ville à majorité kurde) en demandant « le retour de [leurs] professeurs ». La police a interpellé une trentaine d’entre eux et dispersé par la force le rassemblement, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Cigdem, enseignante à Istanbul et mobilisée contre les purges dans le corps enseignant, a affirmé que les professeurs ne sont « ni putschistes ni terroristes » : « Nous sommes enseignants. »

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