Musique

Les heureux hasards de Shay Lia

Elle a charmé l’Europe et les États-Unis, mais c’est à Montréal qu’elle poursuit sa vie d’auteure et d’interprète. De parfaite inconnue à invitée des prestigieux festivals Coachella et Afropunk, la chanteuse franco-djiboutienne Shay Lia tisse la toile de son succès, lentement mais sûrement.

Shay Lia a tout d’une future star : simplicité, charisme, look unique rehaussé par une chevelure à la Diana Ross. Elle accueille La Presse dans son appartement de Côte-des-Neiges. Il est à son image, authentique et coquet, rempli de souvenirs qui témoignent de son itinéraire atypique : statuettes de musiciens africains, illustrations dessinées par sa petite sœur, qui vit en Côte d’Ivoire.

Son mini-album Dangerous, sorti le 23 mai, lui a valu récemment d’être nommée nouvelle artiste de la semaine par Apple Music, une vitrine de choix qui l’expose à des millions d’auditeurs. Ce projet intime et envoûtant nous plonge dans son univers sensuel et nostalgique.

Difficile de croire qu’elle est tombée dans la musique presque par hasard : « Pour moi, c’était un milieu opaque. Je chantais un peu, je dansais surtout et je publiais des reprises sur YouTube, rien de sérieux. »

Le moment décisif, c’est sa rencontre en 2012 avec Kaytranada, le populaire DJ et beatmaker montréalais, quand il n’était pas encore connu du grand public. En prêtant sa voix aux titres Leave Me Alone (2014) et Chances (2019) de celui-ci, Shay Lia s’est fait un nom sur la scène internationale.

« On se croisait souvent dans des évènements musicaux. En tombant sur mes covers, il m’a contactée pour savoir si j’écrivais et m’a envoyé des morceaux. À l’époque, je n’écrivais pas vraiment, mais j’ai quand même dit oui ! »

— Shay Lia, à propos de Kaytranada

Signe de l’essor rapide de la chanteuse, elle a donné sa première prestation… à Coachella, l’un des plus grands festivals du monde. Comment se sent-on quand on fait son baptême sur une scène immense, devant un public habitué à plus grand que nature ? « Coachella, c’était intimidant ! J’ai adoré, car les gens connaissaient la chanson que j’avais écrite pour Kaytra, Leave Me Alone. Quand toute la foule connaît les paroles de ta chanson alors que c’est ta première prestation, ça te donne de l’énergie. »

Montréal comme inspiration

Si elle n’a pas grandi à Montréal, Shay Lia dit y être née en tant qu’artiste. Selon elle, la métropole est un des meilleurs endroits pour se faire connaître. « Le côté bohème et artistique de la ville attire les talents, même si, en matière de visibilité, c’est plus difficile qu’à Los Angeles ou à Londres. »

Elle représente une catégorie d’artistes venus de l’étranger, établis à Montréal.

« Puisque je vis dans une ville plus tranquille, je me permets d’être honnête et maladroite dans mon écriture. Je touche à des thèmes qui me parlent, sans la pression de regarder les autres. »

— Shay Lia

Effectivement, c’est chez elle qu’elle a écrit et enregistré la majeure partie de Dangerous.

« J’ai grandi à Djibouti, un petit pays africain éloigné de tout. J’étais très timide. Je n’étais pas celle qui chantait et dansait, je n’avais pas le profil typique de la chanteuse vouée au succès », raconte Shay Lia, en français, tandis que son chat s’installe calmement sur ses genoux. Dans la cuisine, un immense drapeau de son pays rappelle les origines de Shanice – son vrai nom, choisi en l’honneur de la chanteuse américaine Shanice Wilson.

Les sonorités soul, pop et R & B de sa musique, sa voix harmonieuse et séductrice et les histoires qu’elle raconte dans ses chansons forcent l’empathie. « Je suis très intuitive dans mon processus d’écriture et je n’ai pas peur de me montrer vulnérable. Je n’ai pas d’alter ego ; mon écriture, c’est moi. Ça donne des chansons chargées en émotions et le public répond bien à ça. »

Et comment ! Les prochains mois seront chargés pour Shay Lia, qui se produit de façon indépendante : Paris, Londres et ensuite Berlin figurent à son itinéraire. « Je ne me mets aucune barrière, mais je reste sélective. Je veux travailler avec des gens authentiques qui font de la musique pour les bonnes raisons. Je n’ai pas peur d’être différente et de cultiver ma propre signature. »

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