Pétrole

Le Qatar quitte l’OPEP

Le Qatar quittera le mois prochain l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) afin de se concentrer sur sa production de gaz, dont il est un des principaux exportateurs au monde. Le petit émirat est membre depuis 1961 de l’OPEP, organisation fondée un an plus tôt notamment sous l’impulsion de l’Arabie saoudite, qui domine ce cartel de 15 membres à ce jour. L’émirat continuera à produire du pétrole et à nouer des partenariats avec notamment le Brésil – premier producteur de pétrole en Amérique du Sud – mais se focalisera sur le gaz. Des analystes ont décrit une décision éminemment « politique » dans le contexte régional. — Agence France-Presse

Pétrole albertain

Aux grands maux les grands remèdes

La décision audacieuse du gouvernement de l’Alberta d’obliger les producteurs de pétrole de la province à réduire leur production a déjà eu pour effet de raffermir le prix du brut canadien, même si elle sera en vigueur en janvier seulement.

L’écart de prix entre le Western Canada Select et le WTI, le brut de référence en Amérique du Nord, est passé de 28,75 $US vendredi à 19,50 $US hier.

« C’est une réaction marquée », a commenté hier Mathieu d’Anjou, économiste en chef adjoint chez Desjardins.

Selon lui, il est difficile de dire si cette décision aura aussi un impact sur le prix du pétrole sur le marché mondial, qui a augmenté hier de 4 %. « En théorie, ça devrait avoir un impact parce que le Canada est un important producteur de pétrole, mais en réalité, on peut en douter parce que c’est du pétrole qui ne se rendait pas au marché de toute façon », a-t-il expliqué.

C’est justement pour réduire les surplus de pétrole qui s’accumulent que la première ministre albertaine Rachel Notley a pris la décision sans précédent d’imposer aux entreprises pétrolières une réduction de 8,7 % de leur production. L’objectif est de faire remonter le prix du Western Canada Select, dont la valeur s’est écroulée parce qu’il n’y a pas assez de pipelines pour l’acheminer vers les marchés.

Le pétrole canadien se vend toujours moins cher que le Brent ou le WTI, parce qu’il est plus lourd et de moindre qualité. Mais récemment, l’écart de prix a atteint des niveaux sans précédent sous l’effet conjugué du manque de pipelines et de fermetures temporaires dans les raffineries américaines qui achètent le pétrole canadien.

Bloqués et contestés devant les tribunaux, les projets de construction de pipelines qui pourraient régler le problème de l’Alberta pourraient mettre plusieurs années à se concrétiser.

La production de pétrole au Canada 

Actuelle 4 millions de barils par jour

Réduction prévue 325 000 barils par jour, qui pourraient être ramenés à 95 000 barils par jour après les trois premiers mois

Surplus actuels 35 millions de barils dans les réservoirs et 190 000 barils s’ajoutent chaque jour

Réactions mitigées

À Ottawa, le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a parlé de « crise économique nationale ». « Un grave manque de pipelines – un résultat direct des échecs de Justin Trudeau sur plusieurs projets de pipeline majeurs – entraîne une grave baisse de valeur des ressources de l’Alberta, ce qui menace des dizaines de milliers d’emplois », a-t-il dit.

Le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, assure de son côté que son gouvernement soutient l’Alberta.

« Nous explorons avec l’Alberta des options depuis quelques semaines qui pourraient nous permettre d’augmenter les capacités de transport. »

— Le ministre Amarjeet Sohi

Du côté de l’industrie, la réaction est mitigée. Certains producteurs, comme Cenovus, souhaitaient l’imposition d’une réduction de la production, d’autres auraient préféré laisser le marché régler le problème. C’est le cas de Suncor qui, parce qu’il est un producteur intégré, souffre du prix très bas du pétrole canadien, mais en profite aussi parce que ses raffineries ont accès à une matière première pas chère.

« Suncor croit que le marché est le moyen le plus efficace pour équilibrer l’offre et la demande et pour normaliser les différences de prix », a indiqué hier l’entreprise dans un communiqué.

Pour le gouvernement albertain, qui dit perdre 80 millions par jour en raison du prix trop bas de son pétrole, la situation actuelle le force à prendre des décisions difficiles.

La première ministre Notley a ainsi fait savoir récemment que son gouvernement investirait dans l’achat de 80 locomotives et 7000 wagons pour transporter plus de pétrole albertain vers les États-Unis, son principal client.

Le pétrole canadien voyage de plus en plus par train et par camion. La quantité de pétrole qui est acheminé par train a atteint un niveau record en septembre.

Selon Mme Notley, l’opposition généralisée aux projets de pipeline a comme conséquence d’augmenter le nombre de trains et de camions qui transportent du pétrole, ce qui est plus coûteux et, surtout, plus dangereux, a-t-elle dit au Globe and Mail. « Pensez-y la prochaine fois que vous serez arrêtés à une traverse de chemin de fer. »

— Avec Joël-Denis Bellavance, La Presse

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