PIERRE-OLIVIER PINEAU

Uber, l’allié des taxis

Il y avait, en 1981 sur l’île de Montréal, 5222 voitures de taxis, alors que la population était sous les 1,3 million d’habitants. À la fin 2015, il n’y avait plus que 4438 taxis, alors que la population dépassait les 1,9 million de personnes.

C’est tout de même étrange qu’une industrie décroisse quand la population grandit, tout comme l’économie, et très certainement le désir de mobilité. Une chose cependant est restée semblable au cours de ces 35 dernières années : la taille de l’île de Montréal. Mais son parc automobile a augmenté : de 565 000 véhicules privés, nous sommes passés à 737 000, et les allers-retours avec les banlieues sont aussi devenus plus fréquents. La congestion routière liée à cette circulation est devenue telle qu’elle fait l’objet de chroniques radiophoniques, même le dimanche.

L’industrie du taxi a souvent connu des crises. Dans les années 80, on a réduit le nombre de permis de taxi de 20 % pour augmenter la rentabilité de la profession. Lorsque les BIXI sont arrivés, ils ont été mal perçus par les chauffeurs. Même chose avec la ligne 747 de la STM vers l’aéroport P.-E.-Trudeau. L’arrivée des voitures en libre-service de Communauto et Car2go est temporairement devenue le sujet de plainte de l’industrie, jusqu’à ce qu’Uber accapare toute la colère de l’industrie.

Dans tous ces boucs émissaires, étrangement, jamais la voiture individuelle personnelle n’est mentionnée. Pourtant, c’est elle qui se développe le plus. Ce sont les automobilistes qui ralentissent les taxis et qui, surtout, ne les prennent pas. S’il y a une cause majeure dans le déclin de l’industrie du taxi, c’est la croissance du parc automobile et le renforcement du paradigme du véhicule individuel privé.

À force de compter sur notre propre voiture, évidemment, on ne recherche plus les taxis.

La clé de la croissance pour l’industrie du taxi, ce n’est pas le combat contre l’initiative et l’innovation. Au contraire c’est la compréhension que tous les efforts qui contribuent à enrichir le « cocktail de transports » (cette combinaison de transports en commun, transports actifs, autopartage et covoiturage sous toutes ses formes) permettent de réduire la propriété et l’usage de véhicules individuels. Dès lors, la clientèle potentielle du taxi grandit – en même temps que le nombre de cyclistes, d’usagers d’autobus et de métros et de covoitureurs.

Uber, avec ses multiples déclinaisons (X, Pop, Pool, Hop…), représente autant d’améliorations de l’offre du cocktail de transports. Plus celui-ci sera attrayant, plus grand sera le nombre de clients potentiels, plus facile l’industrie du taxi trouvera le créneau dans lequel elle prospérera.

S’il est étonnant que les taxis ne comprennent pas quelle est la source de leur principal problème, et qui sont leurs alliés, il est consternant que les gouvernements fassent la même erreur. Les dommages, malheureusement, ne se limitent pas à eux-mêmes comme pour les taxis, mais pénalisent toute la société.

Ainsi, quand les gouvernements cherchent à lutter contre les changements climatiques et à réduire la dépendance aux énergies fossiles, ils devraient identifier les causes de nos émissions et sauter sur les solutions. Le transport des personnes dans des véhicules privés, c’est 21 % des émissions québécoises, en croissance de 13 % depuis 1990. La solution passe inévitablement par moins de ces véhicules, notamment grâce à un cocktail de transports amélioré.

Lorsque des compagnies privées comme Communauto, Car2go, Uber et d’autres développent des solutions – qui ne coûtent rien aux finances publiques – ce n’est pas les freins qu’il faut appliquer, mais l’accélérateur.

Plus de cocktail de transports, c’est non seulement moins de GES, mais moins de dépenses pour les ménages, moins de congestion routière, une meilleure qualité de l’air et… plus de clients potentiels pour les taxis.

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