Le carnet de l’architecte

Ode au chalet

Une fois par mois, l’architecte Pierre Thibault fait partager ses réflexions sur nos lieux de vie.

Nous avons tous des souvenirs inoubliables de moments vécus dans un chalet, que ce soit le chalet familial, celui d’un proche ou d’un ami, ou encore un chalet loué pour un simple séjour.

Qu’il soit situé près d’un lac, d’une rivière ou dans les bois, qu’il s’agisse d’une cabine rustique ou d’une résidence secondaire, la principale qualité d’un chalet est d’abord de nous faire basculer dans un autre espace-temps. Il y a plusieurs déclencheurs qui nous amènent à percevoir le temps différemment. Pour moi, c’est l’odeur du cèdre qui m’accueille dès que j’ouvre la porte du chalet. Tout à coup, mon corps se déprogramme et j’adopte automatiquement un autre état d’esprit.

Chaque saison au chalet offre un rituel particulier. L’hiver, par exemple, en y entrant, le réflexe est inévitablement de préparer un feu pour se réchauffer. On reste immobile de longues minutes en attendant que la chaleur se fasse sentir sur la paume de nos mains. Tout s’arrête, on contemple la flamme qui prend tranquillement de l’ampleur. Le crépitement, l’odeur du feu, les couleurs orangées nous absorbent complètement. Le temps semble ralentir.

Cette routine m’enchante et me remémore des souvenirs d’enfance. Lorsqu’on arrivait au chalet, on se blottissait emmitouflés dans de lourdes couvertures de feutre, tout près du feu jusqu’à ce que le givre sur les fenêtres disparaisse.

Le chalet nous rend disponibles à savourer chaque moment. C’est étonnant de voir qu’on ne pense plus aux mêmes choses. Notre esprit vogue en d’autres lieux. Les activités et les temps de repos se succèdent simplement. La corvée du cordage de bois devient tout à coup instinctive et relaxante.

On s’offre le temps de marcher dans les bois et d’examiner les traces des chevreuils entrevus la veille à la tombée du jour, le temps de contempler le paysage ou de reprendre la lecture d’un des nombreux livres inachevés, le temps d’un deuxième café au lait en se demandant si on va aller skier ou plutôt marcher le long de la rivière.

Rien ne presse. Les préoccupations et les obligations de notre routine hebdomadaire semblent bien loin quand on n’a qu’à remettre du bois dans la cheminée en écoutant Gilberto Gil sur un air de samba.

Construire son chalet

Il a fallu du temps pour imaginer et concevoir notre chalet. L’objectif était de créer une symbiose entre ce dernier et son environnement. Quand le dialogue entre l’architecture et le paysage est réussi, il y a une mise en valeur mutuelle. Nous avions acheté le site quelques années auparavant et nous y venions régulièrement, notamment pour d’agréables pique-niques et pour évaluer la provenance des vents dominants et les périodes d’ensoleillement. En hiver, nous tracions en famille différents plans pour le futur chalet à l’aide de nos raquettes. Cela a permis de valider nos choix, dont l’emplacement des pièces.

Le site, qui est situé à l’orée d’un boisé dans un champ légèrement en pente, offre, au sud, une vue splendide sur le fleuve et la pointe de l’île d’Orléans. Il était clair que la façade sud du chalet devait être maximisée et presque entièrement fenestrée, afin de profiter des attributs du site. En hiver, c’est un véritable bain de lumière qui nous attend pour déjeuner. À ce temps de l’année, le soleil est beaucoup plus bas, ce qui fait que ses rayons traversent littéralement le chalet. Un petit fauteuil près des grandes fenêtres permet de s’exposer directement au soleil comme si on était à la plage. Ce sentiment est inestimable en pleine période hivernale.

Le chalet est le lieu idéal pour les rassemblements, entre autres, pendant la période des Fêtes. Cet aspect n’est pas à négliger lors de la conception d’un chalet. Je ne cesse de le répéter à mes clients. C’est par une approche minimaliste et bienveillante qu’un chalet optimise l’ensemble des expériences heureuses qui s’y vivent. Le chalet agit comme un facilitateur d’échanges et de rencontres. Un savant dosage de nature, d’architecture, de feu et d’odeurs appétissantes fait le reste.

La cuisine est le cœur de notre chalet. Un grand îlot devient le lieu de rassemblement et permet à tous de participer à la préparation des repas. Une quinzaine de personnes peuvent ainsi s’animer dans la joie et dans un esprit collaboratif.

Les fins de semaine au chalet semblent plus longues. Chaque journée est différente. Tout nous semble meilleur, comme un grilled-cheese après une longue marche au froid ou encore un verre de vin près du feu. La vie a une autre consistance, ce qui permet de se changer les idées et d’avoir l’énergie pour affronter le lundi avec le sourire.

Bon chalet !

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