Concours du meilleur sommelier du monde

Comme des Jeux olympiques

La 16e édition du Concours du meilleur sommelier du monde s’est déroulée cette semaine à Anvers, en Belgique. Deux Québécois ont participé à l’événement, et Pier-Alexis Soulière s’est même hissé parmi les 19 demi-finalistes. Notre collaboratrice Véronique Rivest, deuxième à ce prestigieux concours en 2013, nous parle de ces « Jeux olympiques » de la sommellerie.

Anvers, — Belgique — Le Concours du meilleur sommelier du monde, c’est un peu nos Jeux olympiques à nous, sommeliers. Moins physique, bien sûr, mais l’investissement, en temps, en énergie et en argent, est comparable. Et il s’y accomplit de véritables prouesses. Ce concours est organisé tous les trois ans depuis 1969 par l’Association de la sommellerie internationale (ASI). 

N’y participe pas qui veut. Tout comme pour les Jeux olympiques, il faut d’abord se qualifier dans son pays. Au Canada, un sommelier doit d’abord gagner le concours du meilleur sommelier de sa province. Ensuite, il peut participer au Concours du meilleur sommelier du Canada. Et celui ou celle qui remporte ce concours peut alors participer au Concours du meilleur sommelier du monde. 

Si on se rend à ce niveau, c’est qu’on a passé des années à s’y préparer. Et contrairement à un athlète olympique dont la discipline ne change pas beaucoup d’une année à l’autre, un sommelier fait face à des changements perpétuels.

Le monde du vin est en constante évolution et les connaissances d’un sommelier se doivent d’être de plus en plus vastes.

Ningxia, ça vous dit quelque chose ? C’est une région viticole de Chine. Et ses cinq sous-régions, vous pouvez les nommer ? La tâche des sommeliers qui se préparent à ce concours est colossale. Car les connaissances ne se limitent pas au vin. On peut tester les candidats sur tout ce qui est servi au restaurant : spiritueux, liqueurs, bières, sakés… toutes les boissons alcoolisées, en fait. En plus des alcools, nos connaissances doivent s’étendre à tout ce que l’on sert dans un restaurant. Et ce n’est là que la théorie. Les candidats sont aussi soumis à des épreuves de dégustation, ainsi que de service. Pour se démarquer, ils doivent aussi faire preuve de tact et de diplomatie. Et tout ça devant jury et public. 

Pour évoluer à un si haut niveau, la gestion du stress devient donc un facteur primordial. On nous demande souvent pourquoi on se soumet à une telle épreuve. Bien sûr, chaque candidat a ses raisons. Pour presque tous, il est bien sûr question de perfectionnement. Participer à des concours nous force à replonger dans les livres, à suivre de près l’actualité, afin de nous assurer d’être toujours à jour, de mieux maîtriser notre métier, bref, de devenir de meilleurs professionnels. Et la notoriété qu’apporte un titre mondial ouvre bien des portes. Elle permet à un sommelier d’exercer son métier dans les établissements les plus prestigieux ainsi que dans d’autres sphères du monde du vin, où une telle expertise est convoitée. 

Tisser des liens

Mais on le fait aussi pour les liens extraordinaires que ça nous permet de développer. Se retrouver avec des dizaines de personnes qui partagent le même métier et la même passion, en provenance d’un peu partout dans le monde, c’est une occasion extraordinaire d’échange et d’apprentissage. Ça nous permet de tisser des liens avec des sommeliers du monde entier. Lorsqu’on partage une expérience aussi intense, des amitiés profondes se développent. J’imagine que ce doit être la même chose au village olympique.

Certains de mes meilleurs amis aujourd’hui sont des sommeliers que j’ai rencontrés lors des concours.

J’ai participé à trois concours mondiaux, en 2007, 2010 et 2013, et j’ai assisté à ceux de 2016 et 2019. J’ai bien l’intention de ne pas rater les prochains ! 

La sommellerie internationale, c’est ma grande famille. Nous travaillons tous très fort, chacun dans nos pays, nos régions, et les rares occasions que nous avons de nous retrouver tous ensemble deviennent un privilège extrêmement précieux. J’encourage toujours les jeunes sommeliers à prendre part aux concours. Pour devenir meilleurs, pour aider à développer et faire rayonner notre profession, mais aussi, et surtout, pour avoir la chance exceptionnelle de créer des liens précieux qui, durant toute la vie, nous nourriront et nous feront grandir.

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