EXPLOSION À NEW YORK

Un deuxième engin explosif

Le chef de police James O’Neill a souligné qu’« aucun individu ni groupe n’avait revendiqué » l’attaque pour l’instant. Les autorités sont en train de passer en revue les images de vidéosurveillance et ont lancé des appels à témoins. La déflagration a fait beaucoup de dégâts qui étaient encore très visibles hier matin, avec de nombreux débris et éclats de verre dans la 23e Rue. Le gouverneur Cuomo a par ailleurs confirmé qu’un autre engin explosif – une cocotte-minute à laquelle avaient été attachés des fils électriques et un téléphone portable, selon les médias – avait été retrouvé quelques pâtés de maisons plus loin, dans la 27e Rue. Cet engin n’a pas explosé, et la police était en train de l’analyser.

Mesures de sécurité

Le dispositif de sécurité dans la mégalopole américaine, déjà renforcé à l’approche de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies, qui s’ouvre ce matin, a encore été augmenté, avec le déploiement de quelque 1000 policiers et agents supplémentaires. « La présence policière a été renforcée dans les cinq arrondissements » de la ville de New York, a indiqué le chef de la police. Le gouverneur Andrew Cuomo a cependant souligné que cette mesure était prise par « précaution ». « Nous n’avons aucune raison de penser qu’il y a d’autres menaces immédiates », a-t-il souligné. M. Cuomo a par ailleurs indiqué que ses services collaboraient avec ceux de l’État voisin du New Jersey, où un autre engin a explosé samedi sur le parcours d’une course à pied, sans faire de victime, tout en soulignant que les autorités ne voyaient pour le moment pas de lien entre les deux incidents.

Pas de lien avec l’EI

Le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, a qualifié hier d’« acte terroriste » l’explosion survenue samedi vers 20 h 30 dans le quartier de Chelsea. « Une bombe qui explose à New York est assurément un acte de terrorisme, mais elle n’est pas liée au terrorisme international. Autrement dit, nous n’avons trouvé aucun lien avec le groupe État islamique ou autre. » Le maire de New York, Bill de Blasio, et le chef de la police municipale, James O’Neill, ont été plus prudents et n’ont pas utilisé le terme « acte terroriste ». « On sait qu’il y a eu une bombe, ça, c’est évident. Mais il va falloir travailler encore beaucoup pour savoir quelle motivation était derrière : s’agissait il d’une motivation personnelle, d’une motivation politique, on ne sait pas encore », a déclaré le maire.

Campagne présidentielle

Les incidents de samedi à New York et au New Jersey ont ravivé les craintes d’attentats islamistes, une semaine après que le pays eut marqué le 15e anniversaire des attaques du 11 septembre 2001. Ils pourraient aussi peser sur la campagne très serrée qui se joue pour la présidentielle du 8 novembre, opposant la démocrate et ex-secrétaire d’État Hillary Clinton au candidat républicain Donald Trump. Ce dernier avait déclaré avant la police, dès samedi soir, qu’une bombe avait explosé à Chelsea : « Il va falloir qu’on soit sévères, les amis, très, très sévères ». Dans un tweet hier matin, il est même allé jusqu’à présenter ses « condoléances » aux familles des victimes… même s’il n’y a pas eu de morts. « Je pense qu’il est toujours plus sage d’attendre d’avoir l’information avant de tirer des conclusions », a répliqué Mme Clinton.

Après la panique, l'agacement

« C'est dommage, mais c'est plus un inconvénient qu'autre chose », s'entendent pour dire des résidants de Chelsea.

NEW YORK — Comme son grand frère situé dans Greenwich Village, le restaurant végétalien By Chloe, logé dans la 22e Rue, connaît un grand succès depuis son ouverture, en juin. Aussi était-il bondé, samedi soir, lorsqu’une bombe a explosé à un pâté de maisons de là. Et les caméras de surveillance de l’établissement ont capté sur le vif la réaction des clients.

« On voit la secousse et la peur des gens au moment de l’explosion », a raconté Erik Diamond, directeur régional de la jeune chaîne de restaurants, après avoir visionné les enregistrements des caméras de surveillance. « Certains se précipitent à l’extérieur pour voir ce qui se passe. D’autres sont cloués sur place. C’était un moment de panique. Je pense que les New-Yorkais ne sont pas prêts à un autre événement comme celui d’il y a 15 ans. »

M. Diamond se tenait au milieu d’une 6e Avenue fermée à la circulation lorsqu’il a tenu ces propos, hier matin. Au-delà des barricades policières, des enquêteurs locaux et fédéraux s’affairaient dans la 23e Rue, entre les 6e et 7e Avenues, autour de la poubelle déchiquetée par l’explosion qui a fait 29 blessés (tous avaient quitté l’hôpital en fin de matinée hier).

Et malgré le bouclage d’une partie de Chelsea, le moment de panique capté par les caméras du restaurant By Chloe avait été remplacé par une réaction où se mêlaient chez plusieurs habitants du quartier le fatalisme et le stoïcisme.

« C’est dommage, mais c’est plus un inconvénient qu’autre chose », a déclaré Debra Noll, avocate qui vit dans un immeuble situé en face de l’endroit où l’explosion est survenue. « Personne n’a été tué, c’est tout ce qui compte. »

« Je ne me sens pas moins en sécurité aujourd’hui qu’hier », a ajouté cette New-Yorkaise, qui n’était pas chez elle au moment de la déflagration.

« J’ai l’impression de vivre dans une ville très sûre. Parfois, de telles choses arrivent, et cette fois-ci, l’efficacité n’était pas au rendez-vous. »

— Debra Noll

Contrairement à Debra Noll, Grace Smith était dans son appartement de la 23e Rue, vers 20 h 30 samedi, lorsque « le plus gros bang [qu’elle a] jamais entendu dans [sa] vie » a retenti.

« J’ai tout de suite focalisé sur mon fils de 24 ans qui est atteint d’autisme », a-t-elle raconté en se tenant devant une barrière où elle attendait qu’un policier lui permette de retourner chez elle après des courses. « Il n’a pas paniqué. Il n’a pas été effrayé, et je ne l’ai pas été non plus. Tout ce qui est arrivé dans notre appartement, c’est qu’une photo encadrée est tombée sur le plancher. »

Et se sentait-elle plus craintive au lendemain d’un acte qualifié d’« intentionnel » par le maire de New York Bill de Blasio et de « terroriste » par le gouverneur de l’État, Andrew Cuomo ?

« Non, je suis seulement irritée d’avoir à attendre ici pour rentrer à la maison. »

— Grace Smith

Jennene, propriétaire de deux immeubles dans Chelsea, était également irritée. Cette femme dans la soixantaine qui préférait taire son nom de famille en avait long à dire contre les médias. Selon elle, ceux-ci ont exagéré l’importance de l’explosion survenue samedi soir pendant qu’elle regardait le film Sully dans un multiplexe cinématographique de la 23e Rue.

« Quand je suis rentrée à la maison, j’ai entendu dire à la télévision que le multiplexe de la 23e Rue avait été évacué, ce qui est complètement faux. J’en suis sortie à 21 h et les gens continuaient à y rentrer. La façon dont les médias dramatisent les choses me rend folle », a-t-elle dit.

Quand on lui a rappelé que l’explosion était peut-être un acte terroriste commis par un individu ou un groupe qui aurait peut-être également laissé un autre engin explosif dans le quartier, Jennene n’a pas bronché.

« Vous savez quoi, il y a 9 millions de personnes qui vivent dans cette ville, a-t-elle dit. Je suis surprise que ce genre de frousse n’arrive pas une fois par mois. Je ne sais pas si c’est une attaque terroriste. Mais je sais que nous avons plusieurs dingues nous aussi. C’est New York. »

En quittant son appartement de la 23e Rue, Michael Miceli, propriétaire d’une entreprise d’outillage mécanique, a articulé à sa façon le même fatalisme. « C’est arrivé, il n’y a rien que nous puissions y faire. Ça s’appelle la vie, V-I-E », a-t-il épelé avant de poursuivre son chemin.

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