OPINION POLITIQUE ÉNERGÉTIQUE QUÉBÉCOISE

L’importance des produits pétroliers

Plusieurs gains en matière de réduction des gaz à effet de serre proviendront d’innovations aux moteurs à combustion et d’avancées technologiques dans les domaines de l’extraction et du raffinage

Attendue depuis plusieurs mois et annoncée en grande pompe, la Politique énergétique 2016-2030 du gouvernement du Québec parle abondamment de substitution ou de remplacement des produits pétroliers au profit des énergies plus vertes.

L’objectif recherché est d’aligner la réduction de l’utilisation des produits pétroliers à celle des gaz à effet de serre (GES) annoncée en septembre dernier et réitérée lors de la COP 21, en décembre dernier, à Paris. Malheureusement, cette nouvelle politique énergétique, si audacieuse soit-elle, est confrontée comme les précédentes à une réalité incontournable. La consommation de produits pétroliers n’a pas cessé de croître depuis les 20 dernières années.

Prenons l’exemple de la substitution des produits pétroliers en sol québécois. À première vue, l’approche semble gagnante puisqu’elle améliore le bilan québécois des émissions de GES. Malheureusement, la réalité est tout autre quand nous analysons l’impact global d’une telle mesure. Un baril de pétrole typique contient une quantité déterminée de mazout et de diesel. Dans le cas de ce dernier, à peu près à parts égales avec l’essence. En d’autres mots, raffiner un baril de pétrole produit nécessairement l’ensemble de tous les produits.

La substitution d’un produit raffiné en sol québécois amènera nécessairement l’exportation de celui-ci vers d’autres marchés non réglementés ; rien pour améliorer le bilan global en matière de lutte contre les changements climatiques.

L’exemple de la substitution du diesel par le gaz naturel est également probant. Personne ne remet en question une combustion réduite en GES des véhicules. Par contre, étant par définition un gaz volatil, une partie non négligeable de ce gaz naturel est émis dans l’atmosphère au cours de son extraction, son transport à sa distribution. De plus, le gaz naturel est principalement composé de méthane, un gaz 23 fois plus puissant que le CO2 en matière de réchauffement global.

Ainsi et sur la base du cycle de vie, les modèles mathématiques parlent plutôt d’une réduction de 10 à 25 % des GES. En fait, dans le cas d’automobiles ou de camions neufs possédant les plus récentes technologies, l’avantage du gaz naturel est essentiellement nul. Au cours des prochaines années, le gaz naturel est appelé à jouer un rôle très important, en particulier dans la substitution du charbon pour la production d’électricité, mais les bénéfices globaux en matière de GES côté transport demeureront marginaux.

Avec une cible de 1 million de véhicules électriques sur nos routes en 2030, la filière de l’électrification des transports obtient également une place de choix dans la nouvelle politique énergétique. Toutefois, et même à coup de huit, dix, voire quatorze mille dollars (dans le cas de l’Ontario) par véhicule en subventions gouvernementales, le taux de pénétration de cette nouvelle technologie demeure marginal.

Rappelons qu’à travers l’Amérique du Nord, exception faite de quelques États, dont la province de Québec, l’auto électrique est une auto à 50 % fossile puisque la production d’électricité dépend du charbon ou du gaz naturel. Nul doute que des avancées technologiques permettront un jour de rendre ces véhicules 100 % électriques plus attrayants pour les consommateurs.

Toutefois, des objectifs gouvernementaux trop ambitieux sans solutions viables auront plutôt pour effet de décourager les automobilistes et de dilapider les fonds publics.

Notre économie continuera à se décarboniser durant la période visée par la nouvelle politique énergétique québécoise. Par contre, la route pour y arriver sera beaucoup plus longue et les gains plus modestes que ceux anticipés par le gouvernement. Lors du lancement de la Politique énergétique, le gouvernement a reconnu l’importance des produits pétroliers pour l’économie du Québec à l’horizon 2030.

En fait, plusieurs gains en matière de réduction des GES proviendront d’innovations importantes aux moteurs à combustion et d’avancées technologiques dans les domaines de l’extraction et du raffinage pétrolier incluant le captage du CO2. Ces initiatives produiront des gains réels et globaux en matière de lutte contre les changements climatiques.

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