DÉSORDRES D'HABITUDE

Le désordre d’habitude ?

Une manie devient un désordre d’habitude lorsqu’elle dérange celui qui en souffre. Ce comportement survient souvent au début de l’adolescence et touche n’importe qui. Il accompagne souvent l’autisme, le trouble obsessionnel compulsif et le TDA/H.

DÉSORDRES D'HABITUDE

Le TOC ?

« Certains comportements de troubles obsessionnels compulsifs (TOC) peuvent ressembler à des tics ou des manies. La principale distinction, c’est qu’on rattache le TOC à une obsession. "Si je ne le fais pas, il va arriver quelque chose de négatif" », illustre Julie Leclerc.

DÉSORDRES D'HABITUDE

Le syndrome de Gilles de la Tourette (SGT) ?

Ce trouble est marqué par la présence d’un tic « vocal » et de plusieurs tics « moteurs ». Il est très souvent accompagné d’un trouble comme le TDAH, le TOC ou des problèmes tout à fait involontaires de comportement. Le SGT touche 1 % de la population.

DÉSORDRES D'HABITUDE

Le tic ?

Le tic survient généralement de façon subite, comme un clignement exagéré des yeux, un bruit de bouche ou une séquence de gestes involontaires. Il ne dure souvent que quelques secondes. Il touche environ 8 % de la population.

DÉSORDRES D’HABITUDE

Quand la manie devient un problème

« Ça a commencé quand j’avais 9 ou 10 ans. J’ai arraché tous mes cils, puis tous mes sourcils. C’est la zone sur laquelle je me concentrais. J’ai continué jusqu’à l’âge adulte, avec des périodes plus intenses que d’autres. »

De son domicile, à Los Angeles, Jennifer Raikes raconte son adolescence passée à vivre avec la trichotillomanie, une pulsion qui pousse ceux qui en souffrent à s’arracher des poils ou des cheveux. Cette habitude fait partie d’une grande famille dans laquelle on trouve aussi des manies assez répandues, comme l’onychophagie (ronger ses ongles) et la dermatillomanie (pincer sa peau ou gratter des plaies).

« Non seulement j’étais mortifiée par ce que j’avais fait – on a une apparence qu’on ne souhaite absolument pas ! –, mais par-dessus tout, j’avais honte parce que je me disais : "Hey, tu es capable d’arrêter ça !" Mais non, je n’y arrivais pas », raconte la mère de famille.

Quand les manies s’installent au point de nuire au quotidien de ceux qui en souffrent, elles sont définies par les spécialistes en santé mentale comme des désordres d’habitude, ou encore, des comportements répétitifs centrés sur le corps. Environ 20 % de la population vit avec cette condition, à des degrés différents.

« Il y a un aspect de perte de contrôle dans le degré de manifestation de ces comportements.»

— Julie Leclerc, docteure en psychologie et chercheuse à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal

« Une personne qui souffre d’un désordre de l’habitude peut retenir momentanément une manie, mais il y a de fortes chances qu’elle y succombe plus tard, sans même s’en rendre compte », ajoute la Dre Leclerc

ORIGINE NEUROLOGIQUE

Mais qu’est-ce qui fait qu’une personne plutôt qu’une autre va se ronger les ongles, mordre ses joues ou arracher ses poils ? Les chercheurs ne le savent pas encore avec certitude, mais les études laissent entrevoir une origine neurologique. C’est le cerveau, donc, qui jouerait les trouble-fête…

« On en sait encore très peu sur le sujet, confirme Sarah Roberts, docteure en psychologie, qui a publié une étude sur la question en 2013. L’hypothèse, c’est que ces habitudes servent à atténuer des émotions. »

L’ennui, la frustration et le stress semblent en effet accentuer ces comportements, a-t-elle mis en lumière. Ainsi, on se ronge plus fréquemment les ongles lorsqu’on attend dans la voiture, ou encore lorsqu’on a un travail à remettre. « On pense que parce que ces parties du corps sont tout simplement libres au moment où l’émotion est ressentie, c’est ce qui fait qu’on développe ces habitudes… », expose la psychologue.

Même si on appelle souvent ces manies des « tics nerveux », ils ne seraient pas déclenchés, au départ, par le stress, nuance Marc Lavoie, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. « Le stress peut exacerber le comportement, mais ce n’est pas ce qui le cause », explique-t-il.

Même chez les enfants ? « Ce n’est pas lié à une interaction que le parent a avec son enfant, ajoute-t-il. On peut enlever la dimension culpabilité à tout ça. »

« Ça peut être notre plus grand secret... Certains n’en parlent même pas aux membres de leur famille. »

— Jennifer

Une détresse que perçoit la psychologue Julie Leclerc : « La stratégie que ces gens ont développée pour se calmer est inappropriée, mais ils sont pris avec. »

Parce qu’elles sont d’abord perçues comme un problème plutôt banal, les manies qui se transforment en désordre d’habitude touchent le quotidien de nombreuses personnes. Doigts soigneusement cachés dans les poches, maladies inventées pour éviter une poignée de main, chapeaux et maquillage pour camoufler un manque de cheveux ou de pilosité, manches longues pour cacher une plaie trop souvent grattée… « La honte s’installe, parce qu’on pense qu’on est seul à vivre avec ces comportements », poursuit Jennifer.

Elle a trouvé de l’aide auprès de l’organisme TLC Foundation for Body-Focused Repetitive Behaviors, qui met en lien les personnes aux prises avec ces habitudes et les experts américains de la question. Elle a ainsi réussi à se défaire de la trichotillomanie au début de la vingtaine. « J’étais sidérée de constater combien de personnes avaient ce problème ! Ça m’enlevait beaucoup de culpabilité. » Transformée, elle est devenue bénévole au sein du groupe par la suite, jusqu’à être élue directrice, il y a sept ans.

C’est l’une des rares organisations à se concentrer uniquement sur les désordres d’habitude. Sa directrice précise d’ailleurs qu’une section entière du site a été traduite en français, pour répondre aux questions du public francophone d’ailleurs dans le monde. Chaque mois, plus de 100 000 internautes y cherchent des informations. «  Sur le web, on peut trouver vraiment n’importe quoi comme solutions à ces problèmes ! On préfère la voie scientifique », précise la directrice.

SENSIBILISATION

L’organisme tente de sensibiliser le public à l’existence des désordres d’habitude, pour mettre un frein à la banalisation de ces comportements. Il a d’ailleurs récemment lancé la campagne de sensibilisation This is me (#thisisme), sur les médias sociaux.

Une diffusion d’information nécessaire, croient tous les experts interrogés. « Ça nous a frappés : il y a beaucoup moins de recherches faites sur les troubles d’habitude que sur les tics », explique Marc Lavoie.

« Il y a une méconnaissance dans la population en général, mais une méconnaissance aussi chez les médecins généralistes, ajoute le chercheur. On a un bon coffre d’outils pharmacologiques pour traiter les tics, mais pour les désordres d’habitude, on fonctionne encore à tâtons. »

À l’automne, le chercheur et ses collègues publieront d’ailleurs un livre en anglais sur le traitement des désordres d’habitude et des tics. L’ouvrage s’adressera surtout aux cliniciens pour les aiguiller dans l’accompagnement de leurs patients.

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