PME innovation  Certimail

À travers les dédales de la loi antipourriel

Derrière chaque changement se cache une occasion, dit-on. C’est un peu ce qui a mené à la naissance de Certimail, qui tente d’aider les petites et moyennes entreprises à se conformer le plus simplement possible à la nouvelle législation canadienne antipourriel, entrée en vigueur le 1er juillet dernier.

Philippe Le Roux en est à sa quatrième nouvelle entreprise. Chaque fois, son offre était tournée vers les services. « Cette fois, j’avais le goût de faire un produit. »

Après qu’il eut vendu ses parts de l’agence Web Phéromone et pris quelques semaines de repos, c’est en assistant à un séminaire sur la future loi antipourriel que l’idée lui est venue.

« Ç’a toujours été une frustration quand j’étais chez Phéromone de voir de petites entreprises qui avaient clairement besoin d’aide avec internet mais qui n’avaient pas les moyens de se payer nos services. »

— Philippe Le Roux, fondateur et PDG de Certimail

« En assistant à cette conférence, je suis tombé de ma chaise. J’ai vu comment la loi était compliquée, sévère et ne couvrait pas que les courriels. J’étais content qu’on ait une loi comme celle-là au Canada, mais je me demandais comment allaient faire les PME. »

L’idée est donc née de créer un questionnaire permettant aux chefs d’entreprise de savoir s’ils respectent toutes les exigences de la loi. On leur fournirait ensuite des suggestions pour régler leurs carences, des outils de suivi et même une assurance pouvant aller jusqu’à 1 million de dollars en cas d’amende après avoir utilisé le logiciel.

PREMIER ESSAI RATÉ

De la rédaction du plan d’affaires, en septembre 2013, à l’incorporation, le 29 novembre suivant, jusqu’au lancement d’une première version du produit, en juin dernier, le temps pressait. Il fallait arriver à profiter de l’échéance du 1er juillet, date d’entrée en vigueur de la loi.

Sauf qu’il y a eu un pépin.

« Quand on a fait les tests avec un bassin de petites entreprises, on a vu que ça ne passait pas », admet M. Le Roux.

D’abord, le processus n’était pas assez simplifié. Mais, surtout, le modèle d’affaires a dû être revu.

« Mon idée était d’offrir le questionnaire gratuitement, puis de demander un paiement pour les suggestions et le suivi. Mais les gens ne connaissaient tellement pas la loi qu’ils étaient surpris de voir leur nombre d’infractions. Leur première réaction était le déni, puis la colère. Ils voulaient prendre l’ordinateur, le gouvernement, la loi, nous et tout lancer ça par la fenêtre. Ce n’était pas l’idéal au moment où on voulait leur demander un numéro de carte de crédit… »

Le questionnaire a donc été simplifié, et un nouveau modèle, qui demande le paiement complet – environ 850 $ – avant d’accéder à l’ensemble, a été mis sur pied. L’ennui, c’est que l’échéance du 1er juillet a ainsi été ratée.

Il faut donc maintenant se débattre pour faire connaître l’existence de cette solution. Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) n’a pas encore distribué de première vague d’amendes relativement à la nouvelle loi. Quand ça viendra, Certimail s’attend à recevoir des appels.

En attendant, elle a élaboré une autre stratégie de commercialisation, basée sur des ententes de distribution avec des concepteurs de plateformes de courriel, des cabinets d’avocats ou des agences web. Elle a d’ailleurs annoncé hier la conclusion officielle d’un premier partenariat du genre, avec Cyberimpact, spécialisé dans le marketing par courriel pour les PME.

L’entreprise prévoit aussi étendre sa technologie de questionnaires adaptatifs à d’autres champs de conformité.

« Souvent, les PME ne peuvent pas atteindre certains contrats, avec le gouvernement par exemple, parce que les coûts pour atteindre certains standards de conformité sont trop élevés. Si on arrive à réduire ces coûts de 60 ou 80 %, là on les rend accessibles. Ce qui me fait me lever le matin, c’est d’espérer que, dans cinq ans, nous ayons aidé un million de PME dans le monde à accéder ainsi à de nouveaux marchés. »

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